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Le Cameroun réclame une rémunération équitable pour les producteurs de cacao face à la chute des revenus

Le Cameroun réclame une rémunération équitable pour les producteurs de cacao face à la chute des revenus Afrique-Asie © afrique-asie.com
Le Cameroun réclame une rémunération équitable pour les producteurs de cacao face à la chute des revenus © afrique-asie.com
Alors que les recettes d'exportation du cacao camerounais s'effondrent, le ministre du Commerce insiste sur la nécessité d'un prix juste pour les producteurs afin de garantir la durabilité et le respect des droits humains dans la filière.

La chute brutale des recettes d'exportation du cacao au Cameroun ramène la question du revenu des producteurs au cœur des discussions entre institutions et industriels. Les chiffres de l'Office national du cacao et du café (ONCC) montrent que les recettes d'exportation de fèves atteignent 580,43 milliards de francs CFA pour la campagne 2025-2026, contre 1 410,85 milliards la saison précédente, soit une baisse aussi de 58 %. Les volumes commercialisés reculent de 19,9 % à 247 914 tonnes, et les exportations de fèves passent de 192 012 à 125 469 tonnes, soit une diminution de 34,7 %. La transformation locale subit aussi un repli, de 110 388 à 95 946 tonnes sur la même période, selon les données de l'ONCC dans le cadre du programme RACINE.

Les prix versés aux producteurs s'effondrent. L'observatoire quotidien des prix de l'ONCC indique que le prix bord champ chute de 2 850 francs CFA par kilogramme en décembre 2025 à 900 francs CFA en juin 2026. Ce recul s'explique par la demande mondiale en berne, surtout dans les pays occidentaux, et par l'usage accru de matières grasses alternatives au beurre de cacao chez certains industriels du chocolat, ce qui pèse sur la demande de fèves camerounaises.

Un appel à la justice dans la filière cacao

Dans ce contexte, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a profité d'une réunion sectorielle à Yaoundé, organisée en marge de la 54e session du conseil d'administration de l'International Cocoa Initiative (ICI), pour rappeler que la lutte contre le travail des enfants et les abus dans la filière reste indissociable d'une rémunération équitable des producteurs. Un communiqué du ministère précise qu'il a insisté sur le fait que les exigences sociales et environnementales imposées aux planteurs doivent s'accompagner d'un prix qui reflète leur travail.

Le ministre souligne la nécessité d'un équilibre entre les obligations des producteurs et celles des acheteurs, affirmant que la durabilité du cacao responsable dépend d'une juste rémunération. Il déclare : " Let us be clear: Cameroon is not asking for the impossible, but for fairness, if not justice. Responsible cocoa cannot be sustained in the long term on the backs of inadequately paid producers. Producers' remuneration must therefore be considered not as a secondary variable in the value chain, but as one of the foundations of its sustainability. "

Le cacao, pilier économique sous pression

Le cacao a dépassé le pétrole brut comme première source de recettes d'exportation du Cameroun en 2025, générant 810,2 milliards de francs CFA selon l'Institut national de la statistique, contre 705,6 milliards pour le pétrole. Cette évolution intervient alors que d'autres secteurs stratégiques, comme l'industrie ou les infrastructures, font aussi l'objet d'initiatives de diversification, à l'image des partenariats industriels évoqués récemment.

La filière cacao camerounaise se retrouve à la croisée des enjeux économiques, sociaux et environnementaux, alors que la volatilité des prix internationaux et la pression sur les revenus des planteurs fragilisent la durabilité du secteur. Les volumes officiellement commercialisés ne reflètent pas toujours la production nationale totale, estimée à 306 000 tonnes dans les objectifs de long terme du programme RACINE, porté par le Fonds vert pour le climat. Ce programme, doté d'un financement de 87 millions d'euros (dont 90 % sous forme de prêts), vise à consolider la résilience climatique, la productivité et la conformité environnementale de la filière, notamment via des méthodes agroécologiques, la planification de l'usage des terres et la mise en place de systèmes de traçabilité pour répondre aux exigences européennes sur les produits exempts de déforestation.

La traçabilité devient un enjeu commercial central, car elle conditionne l'accès aux marchés européens et internationaux. Le programme RACINE prévoit la distribution d'intrants par bons électroniques et l'accompagnement technique des producteurs pour documenter l'origine des fèves et les pratiques agricoles. Cette évolution transfère une partie des coûts de conformité vers les producteurs et leurs organisations, qui doivent investir dans des outils et des formations pour rester compétitifs à l'export.

Dans ce contexte, Fairtrade International a proposé, lors d'une audience avec le ministre du Commerce le 2 novembre 2026, un dispositif complémentaire basé sur un prix garanti pour les producteurs regroupés en coopératives, assorti d'une prime Fairtrade d'environ 135 francs CFA par kilogramme. Cette initiative vise à améliorer le revenu des planteurs tout en renforçant la conformité aux standards internationaux. Le ministre a demandé à l'ONCC et au Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC) d'engager des séances de travail avec les organisations de producteurs intéressées dès le 3 novembre, afin d'évaluer l'intégration du Cameroun dans ce dispositif, déjà appliqué au secteur bananier.

Le programme RACINE affiche l'ambition d'impacter jusqu'à 2,8 millions de personnes grâce à l'amélioration de la résilience climatique et à la réduction des émissions, avec un objectif de 15,7 millions de tonnes de CO2 évitées ou réduites selon le Fonds vert pour le climat. Toutefois, ces objectifs devront être distingués des résultats effectifs sur le terrain, notamment en ce qui concerne l'amélioration du prix payé aux planteurs et la pérennité de la filière.

Patrick Mbarga Cofondateur Afrique-Asie
Rédaction Afrique Asie

Patrick Mbarga

Patrick Mbarga est cofondateur d’Afrique-Asie. Il suit principalement l’économie, l’investissement et les infrastructures, avec une attention particulière portée aux entreprises, au commerce et aux transformations industrielles en Afrique.