La Direction générale du budget a publié le 27 octobre un rapport qui suggère de rediriger 42 milliards de francs CFA, initialement affectés à l’autoroute Kribi-Lolabé et à quatorze stations de péage automatisées, vers l’entretien du réseau routier camerounais en 2027. Cette proposition intervient alors qu’aucun accord juridique n’a encore réglé les conséquences financières de la rupture du contrat public-privé avec Tollcam, société contrôlée par les groupes français Fayat et Egis.
Le calendrier budgétaire pour 2027 s’inscrit dans un contexte institutionnel où le projet de loi de finances a été présenté le 28 octobre 2026 devant le Premier ministre et les membres du gouvernement. À cette occasion, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a exposé les hypothèses et projections budgétaires pour l’année suivante, tandis que le ministre de l’Économie a détaillé les priorités du budget d’investissement public. Les arbitrages définitifs sur la réaffectation des crédits, notamment les 42 milliards de francs CFA évoqués, n’avaient pas encore reçu de validation à cette date, selon le compte rendu du ministère de la Communication publié dans Cameroon Tribune.
Le structure réglementaire du budget 2027 a été renforcé par une circulaire présidentielle du 12 octobre 2026, qui fixe un seuil minimal de 30 % du budget général à consacrer aux investissements publics. Cette cible reste en deçà de l’objectif de 40 % inscrit dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030. En 2026, le budget d’investissement public atteignait 2 031,15 milliards de francs CFA sur un budget général de 8 683,9 milliards, soit 23,4 %, selon la Direction générale du budget. L’écart entre les ambitions politiques et les crédits effectivement inscrits concerne l’ensemble de l’investissement public, pas seulement l’entretien routier.
La question du financement dépasse le litige avec Tollcam. Selon le rapport, le ministère des Travaux publics aurait besoin de 96 milliards de francs CFA pour honorer ses engagements sur les projets PPP en 2027, alors que le programme budgétaire n’en prévoit que 42 milliards. Ce déficit de 54 milliards ne couvre que 44 % des besoins. Le document ne précise pas la répartition exacte des 42 milliards entre l’autoroute et les péages, ni si la proposition de réaffectation a été validée lors des arbitrages budgétaires finaux.
La stratégie nationale d’investissement pour 2027 privilégie l’achèvement des projets déjà engagés, en particulier dans le secteur des transports et des corridors reliant les bassins de production aux marchés. Cette orientation structurelle pourrait conduire à réaffecter des crédits initialement prévus pour des projets autoroutiers ou des équipements de péage, mais aucune décision juridique n’a encore confirmé la libération ou la réutilisation de ces fonds.
Le budget général du Cameroun a progressé, passant de 3 746,6 milliards de francs CFA en 2015 à 8 816,4 milliards en 2026, soit une hausse nominale de 5 069,8 milliards sur onze ans. Selon une analyse relayée par Camer.be, environ 15 % des ressources publiques sur la décennie auraient été consacrées à l’ensemble des infrastructures essentielles, incluant routes, hôpitaux, écoles et réseaux électriques. Ce chiffre agrège plusieurs secteurs et ne correspond pas à une part spécifique réservée au réseau routier.
Litige financier et procédures d’arbitrage
Le différend avec Tollcam remonte à la notification du 2 février 2024, date à laquelle le ministère des Travaux publics a mis fin au contrat de partenariat public-privé pour les péages, préférant recourir à un marché public classique. Le gouvernement a estimé à 36 milliards de francs CFA le montant de la compensation due à Tollcam, selon une annexe à la loi de finances 2026. Cette somme, distincte des 42 milliards évoqués pour 2027, n’a pas été provisionnée pour 2025 et fait toujours l’objet de négociations pour un éventuel paiement en 2026.
Le contentieux a aussi donné lieu à des procédures d’arbitrage. Tollcam a déposé une demande de 30 milliards de francs CFA auprès de la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale (CCI), selon le rapport de la Chambre des comptes sur la certification des comptes de l’État pour 2024. Le 16 septembre 2026, Africa Intelligence a rapporté que Tollcam avait également saisi la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA) de l’OHADA à Abidjan, réclamant 35 milliards de francs CFA à l’État camerounais. À ce jour, aucune décision arbitrale publiée par la CCI ne mentionne explicitement Tollcam dans les dossiers consultés.
Le financement des routes au Cameroun s’appuie aussi sur des opérations extérieures. Le 17 octobre 2026, la Banque islamique de développement a approuvé un financement de 139,2 milliards de francs CFA pour la réhabilitation de la route Douala-Bafoussam, illustrant la diversité des sources de financement mobilisées pour les infrastructures routières, entre crédits budgétaires, partenariats public-privé et financements multilatéraux.
Prochaines étapes et incertitudes budgétaires
Le rapport budgétaire recommande la poursuite des discussions entre Tollcam, le ministère des Travaux publics, le ministère des Finances et le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire afin d’obtenir un document juridique formalisant la dette liée aux paiements PPP et d’envisager son règlement hors du budget du ministère des Travaux publics, notamment via la procédure de règlement de la dette publique. Aucune échéance de paiement ni montant définitif n’a été arrêté à ce stade. La réaffectation des 42 milliards reste suspendue à une décision budgétaire finale du gouvernement.
Pour mémoire, la question de la gestion des infrastructures publiques et des partenariats industriels au Cameroun a déjà fait l’objet d’un traitement antérieur sur Afrique Asie.