Le projet hydroélectrique de Nachtigal au Cameroun place l’État face à une interrogation budgétaire de taille : la projection des factures d’électricité pour 2027 s’élève à 196,16 milliards de francs CFA, d’après les travaux de la Conférence élargie de programmation budgétaire et de performance (CEPB-PA). Pourtant, la part exacte de cette somme qui reviendra au gouvernement n’a pas encore été fixée.
Implantée dans la région du Centre, sur le fleuve Sanaga, la centrale hydroélectrique de Nachtigal développe une capacité installée de 420 MW, répartie sur sept turbines Francis de 60 MW. Sa mise en service progressive prévoit l’entrée en exploitation de la première unité en 2025, selon Global Energy Monitor. Le contrat d’équipements, attribué à GE Renewable Energy, atteint 87 millions de dollars, ce qui souligne l’ampleur industrielle du chantier.
Le financement global de l’infrastructure avoisine 1,4 milliard de dollars, mobilisant des investisseurs publics ou privés, dont EDF, STOA et l’État camerounais. L’Agence multilatérale de garantie des investissements de la Banque mondiale (MIGA) a apporté une couverture de 164,5 millions d’euros (environ 184 millions de dollars) pour sécuriser les participations contre les risques de rupture contractuelle, ce qui met en avant la nécessité de solides engagements de long terme pour la bancabilité du projet.
Le montant de 196,16 milliards de francs CFA découle du contrat « take-or-pay » signé avec Nachtigal Hydro Power Company (NHPC), un mécanisme courant dans l’énergie qui engage l’acheteur à payer une quantité minimale d’énergie, consommée ou non. L’incertitude sur la répartition de la charge financière entre l’État et d’autres entités complique la planification budgétaire des années à venir. Les documents disponibles ne précisent pas le volume annuel d’énergie facturé ni le tarif unitaire appliqué à l’accord d’achat d’électricité.
Exigence de transparence sur les engagements financiers
Lors de l’examen du projet de budget 2027–2029, les responsables réunis du 1er au 14 septembre 2026 ont demandé au ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) de fournir des explications détaillées sur les obligations financières issues de l’accord d’achat d’électricité avec NHPC. Malgré la transmission d’un relevé des factures par le MINEE, les membres de la conférence ont jugé cette documentation insuffisante et ont exigé des précisions sur les modalités du contrat, les montants annuels dus et l’intégration de ces engagements dans le structure budgétaire à moyen terme.
Les procédures de traitement et d’approbation des factures liées au projet Nachtigal ont aussi été signalées comme nécessitant une clarification. Cette exigence de transparence vise à garantir une gestion rigoureuse des engagements de long terme, alors que la distinction entre les sommes dues par l’État et celles éventuellement supportées par d’autres acteurs n’a pas été explicitée dans le rapport. Aucun tableau public détaillé des montants annuels, des échéances de paiement et des crédits budgétaires correspondants n’a été publié à ce jour.
Enjeux pour la gestion publique et le secteur énergétique
L’incertitude sur la part exacte de l’État dans la facture de 196,16 milliards de francs CFA complique l’évaluation de l’impact sur le budget public. Le rapport ne précise pas quels destinataires recevront ces factures ni la ventilation entre les différents acteurs concernés. Cette situation met en avant la nécessité d’une documentation contractuelle précise et d’une interprétation claire des clauses « take-or-pay » dans les accords énergétiques, un point déjà évoqué dans un précédent article.
La centrale de Nachtigal, désormais opérationnelle, représente un actif stratégique pour la sécurité énergétique du Cameroun. Son entrée en production en 2025 intervient alors que les obligations financières pluriannuelles générées par le contrat d’achat d’électricité restent indépendantes de la consommation effective. Pour le secteur énergétique, l’enjeu consiste à sécuriser la rémunération d’un ouvrage majeur et à éviter que l’opacité sur la facturation ne fragilise la prévision budgétaire, comme l’a rappelé le ministère de l’Eau et de l’Énergie lors des travaux de la CEPB-PA.
Les juristes spécialisés recommandent une vigilance accrue lors de la négociation et du suivi de tels contrats afin d’éviter des risques budgétaires imprévus et de garantir la transparence des engagements de l’État. À ce jour, la question de la répartition exacte de la charge financière liée au barrage de Nachtigal reste ouverte, dans l’attente de précisions contractuelles, financières ou procédurales attendues du MINEE avant la finalisation du structure budgétaire 2027–2029.
Pour étudier davantage la compréhension des enjeux liés à la gestion des grands projets d’infrastructures énergétiques, il est possible de consulter l’analyse d’un quotidien de référence sur la transparence budgétaire au Cameroun.