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Le Cameroun et ses partenaires africains visent l’interopérabilité des infrastructures numériques publiques

Le Cameroun et ses partenaires africains visent l’interopérabilité des infrastructures numériques publiques Afrique-Asie © afrique-asie.com
Le Cameroun et ses partenaires africains visent l’interopérabilité des infrastructures numériques publiques © afrique-asie.com
La Déclaration de Yaoundé, adoptée lors du sommet eGov’A 2026, appelle à héberger les données publiques critiques en Afrique d’ici 2030 et à investir dans des systèmes d’identité, de paiement et d’échange de données interopérables.

Adoptée lors du sommet eGov’A 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé du 15 au 17 octobre 2026, la Déclaration de Yaoundé fixe une échéance : d’ici 2030, chaque pays africain devra héberger ses données publiques critiques ou souveraines sur son territoire, ou à défaut dans un autre État africain offrant les garanties requises. Ce texte, validé par des représentants gouvernementaux, des institutions de développement, des membres de la société civile et des entreprises technologiques, s’inscrit dans la stratégie de souveraineté numérique du continent. Minette Libom Li Likeng, ministre camerounaise des Postes et Télécommunications, a présidé la cérémonie d’ouverture, accompagnée de Joseph Lé, ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative. Digital Business Africa et Smart Click Africa figurent parmi les organisateurs.

Le thème officiel, « E-Gov et Intelligence artificielle en Afrique : bâtir des services publics efficaces dans une Afrique sans cash et sans papier », a orienté les débats vers la dématérialisation, l’interopérabilité des systèmes, l’identité numérique, la cybersécurité, la gouvernance des données et les paiements électroniques. L’interopérabilité apparaît comme un moyen pour rendre possible aux administrations d’échanger via des standards ouverts et des interfaces sécurisées, tout en appliquant le principe « Once Only » : éviter de solliciter plusieurs fois la même information à un citoyen déjà enregistré.

Le Cameroun a mis en avant ses avancées, annonçant que 37 administrations sur les 40 du paysage institutionnel central avaient adopté la signature électronique sécurisée, soit un taux de déploiement de 92,5 % selon Joseph Lé. Ce dispositif vise à garantir l’authenticité et la valeur juridique des actes transmis par voie numérique. La plateforme COLEPS, dédiée à la dématérialisation des marchés publics, a aussi été citée comme exemple d’innovation nationale déjà opérationnelle ou en cours de déploiement.

Investissements et alignement continental

La déclaration encourage à accélérer les investissements publics et privés dans la connectivité, les centres de données, les clouds gouvernementaux, le calcul haute performance, les points d’échange Internet, les réseaux à haut débit et les dispositifs de reprise après sinistre. Elle privilégie une logique « Local First, African First » pour l’hébergement des données, en recommandant de s’appuyer sur des infrastructures africaines si la capacité nationale fait défaut. Les stratégies DPI (Digital Public Infrastructure) doivent s’aligner sur la stratégie de changement numérique de l’Union africaine, le Protocole sur le commerce numérique de la ZLECAf, le Pacte numérique mondial de l’ONU et le structure Smart Africa.

L’Union africaine considère l’infrastructure numérique publique, l’identité numérique et la connectivité comme des bases pour des services accessibles et un marché numérique africain intégré. Cette vision s’inscrit dans l’Agenda 2063, qui vise à changer l’Afrique en « e-society » grâce à des infrastructures terrestres à haut débit, des politiques de cybersécurité et des applications électroniques. Le Structure de politique des données et les « African Guidelines on Integrating Data Provisions in Digital Trade Protocols », publiées le 22 mai 2025, cherchent à harmoniser la gouvernance des données pour aider un commerce numérique sécurisé, inclusif et bénéfique à tous les États africains.

Le sommet a aussi mis en avant la nécessité de reconnaître et d’interconnecter au-delà des frontières les systèmes d’identité numérique, de signature électronique, de certificats, de facturation électronique et de paiement. Cette dimension régionale suppose une compatibilité entre normes techniques, régimes de protection des données et règles de preuve électronique. Un projet pilote Smart Africa impliquant le Bénin, le Ghana et le Rwanda illustre la progression vers la vérification d’identité numérique transfrontalière.

Gouvernance, confiance et suivi

La confiance dans les plateformes numériques publiques a été identifiée comme un enjeu central. Tahiry Rakotoheriniaina, représentante régionale de l’Union internationale des télécommunications pour l’Afrique centrale et Madagascar, a souligné que la changement numérique des services publics ne sera acceptée que si les citoyens font confiance aux plateformes, aux algorithmes et à la gestion des données. Selon elle, la gouvernance collaborative, impliquant régulateurs, entreprises privées et société civile, doit s’appuyer sur des expérimentations contrôlées comme les « regulatory sandboxes ».

La Déclaration de Yaoundé prévoit la création de l’Observatoire africain de l’e-gouvernement et de l’IA, chargé de suivre la changement numérique, de mesurer les progrès, de documenter les bonnes pratiques et de aider l’apprentissage entre administrations. Cette orientation s’inscrit dans une dynamique déjà observée au Cameroun, où la question de l’interopérabilité des services publics numériques avait été discutée lors du Forum sur la gouvernance de l’Internet en août, et où l’environnement numérique local avait été mis en avant lors du CITS 2026.

Les activités du sommet ont inclus des conférences, des démonstrations technologiques, des ateliers de cybersécurité, des masterclasses et un hackathon destiné à la jeunesse innovante. Les participants ont insisté sur la nécessité d’infrastructures fiables, de garanties de protection des données et de mécanismes d’inclusion numérique, comme le rappellent les organisateurs Digital Business Africa et Smart Click Africa. L’ensemble de ces initiatives vise à réduire la dépendance à des infrastructures extérieures et à consolider la souveraineté numérique africaine, conformément aux orientations de la Commission de l’Union africaine et à la dynamique continentale de changement numérique.

Patrick Mbarga Cofondateur Afrique-Asie
Rédaction Afrique Asie

Patrick Mbarga

Patrick Mbarga est cofondateur d’Afrique-Asie. Il suit principalement l’économie, l’investissement et les infrastructures, avec une attention particulière portée aux entreprises, au commerce et aux transformations industrielles en Afrique.