La sélection nationale des projets entrepreneuriaux proposés par des jeunes Camerounais avance, avec 1 300 dossiers totalisant 2,8 milliards de francs CFA actuellement soumis à l’examen pour un financement public. Cette étape suit la mobilisation de 5 269 jeunes, qui ont ensemble sollicité 15,14 milliards de francs CFA dans le structure du Fonds de garantie pour l’entrepreneuriat des jeunes (FOGAJEUNE).
Ce processus s’inscrit dans le Programme spécial triennal jeunes 2026 (PTS-Jeunes), sous la direction du ministère de la Jeunesse et de l’Éducation civique. Selon les informations recueillies, la Commission nationale de crédit et de garantie du FOGAJEUNE s’est réunie le 27 octobre 2026 au Centre multifonctionnel de promotion des jeunes à Yaoundé pour sa quatrième session ordinaire. Elle doit évaluer les candidatures, valider les plans d’affaires et fixer les modalités de financement.
Répartition sectorielle et régionale des demandes
Les demandes initiales venaient de deux groupes : 3 360 jeunes issus de 330 grappes économiques ont demandé 11,44 milliards de francs CFA, et 1 909 candidats des villages pionniers ont sollicité 3,69 milliards. L’agriculture et l’élevage concentrent près de 61 % des montants sollicités, suivis par l’industrie et l’artisanat (26,9 %) puis l’économie numérique (12,3 %). Sur le plan régional, l’Extrême-Nord affiche la demande la plus forte avec 3,39 milliards, devant le Centre (2,40 milliards) et le Nord-Ouest (2,20 milliards). Le Sud-Ouest (632,6 millions) et le Littoral (454,4 millions) ferment la marche.
Les chiffres mettent aussi en lumière un écart de genre : sur les 5 269 jeunes recensés, 3 589 sont des hommes (68,1 %) et 1 680 des femmes (31,9 %). Ces données décrivent le vivier initial de candidats, sans refléter la composition finale des projets en cours d’examen.
Étapes de sélection et profils des candidats
D’après Nina Valérie Gara, responsable des opérations du FOGAJEUNE, les dossiers ont d’abord été filtrés au niveau départemental avant d’être transmis à l’échelon national. À l’issue de cette présélection, 996 projets issus des grappes économiques, 428 des villages pionniers et 34 portés par l’Agence nationale du service civique de participation au développement (ASCNPD) ont été retenus pour la validation nationale, soit 1 458 projets, représentant environ 28 % des candidatures initiales.
Le dispositif accueille aussi des projets soumis par des jeunes déplacés internes, des bénéficiaires de programmes de désarmement, démobilisation et réintégration ou des membres de la diaspora camerounaise. Cette diversité vise à aider l’entrepreneuriat des jeunes de tous possibilités, selon l’objectif du ministère.
Le FOGAJEUNE, issu de la changement de l’ancien Fonds national d’insertion des jeunes, a pour mission d’offrir des services financiers et non financiers aux jeunes Camerounais, y compris ceux de la diaspora, comme l’a rappelé Jean Duplex Dongmo, président de la Commission nationale de crédit et de garantie. À travers le PTS-Jeunes, le ministère cherche à consolider les possibilités économiques et l’accès à l’activité entrepreneuriale pour la jeunesse.
Ce dispositif s’inscrit dans une politique publique plus large de aide à l’insertion professionnelle des jeunes, qui combine financement, formation et accompagnement. Parmi les initiatives majeures, le programme ORFEV-JEUNES, présenté par les autorités camerounaises lors de la Green Jobs Week, prévoit la création ou la changement de 120 000 emplois verts décents d’ici 2029. Ce programme bénéficie d’une enveloppe de 21 milliards de francs CFA (environ 35 millions de dollars) pour onze projets pilotes, avec 25 000 bourses de formation gratuites, dont 5 000 réservées aux métiers verts comme les énergies renouvelables, le recyclage des déchets plastiques, l’agriculture biologique, l’écotourisme et les technologies numériques vertes. La phase pilote 2026-2027 vise la création de 60 000 emplois avant une extension nationale prévue en 2028, selon les objectifs communiqués par Ecofin Agency et les autorités publiques camerounaises.
Le aide public à l’entrepreneuriat des jeunes ne se limite pas aux mécanismes de crédit. Des programmes comme Youth Connekt Cameroun, destiné aux 17-35 ans, visent à connecter la jeunesse aux possibilités économiques, technologiques et citoyennes, en complément des dispositifs de garantie et de financement. Cette méthode d’ensemble favorise l’accès à l’information, aux réseaux et à l’accompagnement, comme le souligne la présentation du programme par Orlus Fosso, ambassadeur Youth Connekt Cameroun.
Parallèlement, les établissements financiers camerounais ont accordé 8,99 milliards de francs CFA de nouveaux financements en crédit-bail au premier semestre 2026, selon les données publiées par Investir au Cameroun. Ce chiffre illustre le dynamisme du marché du financement productif, où les instruments publics de garantie évoluent aux côtés des mécanismes privés et bancaires, sans pour autant se confondre avec les montants alloués au FOGAJEUNE.
Aussi, un autre programme public annoncé pour 2026-2027 prévoit la formation de 12 510 jeunes dans 139 communes, principalement dans l’Adamaoua, le Sud-Ouest, le Nord-Ouest, l’Est, l’Extrême-Nord et le Nord. Ces formations, pilotées par le ministère de la Décentralisation et du Développement local, portent sur la maçonnerie, l’électricité, la plomberie, la menuiserie, la réparation des équipements solaires et l’entretien des ouvrages hydrauliques, illustrant la volonté de doter les collectivités de compétences directement mobilisables.
Des initiatives similaires ont déjà permis à certains jeunes entrepreneurs camerounais d’obtenir un appui financier, comme l’a rapporté récemment Afrique Asie.