Le Cameroun pourrait solliciter jusqu’à 2,5 milliards de dollars sur les marchés internationaux en 2025, selon un responsable du ministère des Finances cité par Reuters. Cette démarche vise à consolider les ressources financières du pays. Le responsable, qui a demandé à rester anonyme, a précisé que les modalités exactes de l’émission, y compris le calendrier, seront détaillées dans la loi de finances 2027. Les analyses économiques nécessaires restent en cours d’après la même source.
Ce projet d’émission obligataire internationale s’inscrit dans la continuité des précédentes opérations du Cameroun. En juin 2021, le pays avait levé 685 millions d’euros (environ 450 milliards de francs CFA) sur les marchés internationaux, avec un coupon annuel de 5,95 %. Cette opération avait pour objectif principal de refinancer l’Eurobond de 2015, dont le coupon atteignait 9,5 %. Selon le ministère des Finances, 205 investisseurs avaient participé à l’opération de 2021, pour un volume d’ordres totalisant 2,258 milliards d’euros, bien supérieur au montant finalement retenu. Ce précédent montre l’intérêt des marchés pour la dette camerounaise, sans garantir pour autant les conditions d’une émission de 2,5 milliards de dollars.
Contexte financier et politique
Le 16 octobre 2026, l’agence de notation Fitch a abaissé la note souveraine du Cameroun de B à B-, avec perspective stable. Cette décision s’accompagne d’une révision à la baisse du plafond pays, passé de B+ à B, et d’une augmentation des besoins bruts de financement de l’État, estimés à 7,3 % du PIB en 2026 contre 5 % en 2025. Fitch a souligné le risque d’« une transition de pouvoir désordonnée » dans un contexte d’incertitude politique autour de la succession du président Paul Biya, âgé de 93 ans, et de l’absence de plan de succession clairement identifié. Le risque politique s’ajoute à la hausse des besoins de financement publics, exposant toute émission internationale à une prime de risque accrue.
La dégradation de la note a eu un effet immédiat sur les marchés : le rendement de l’Eurobond camerounais arrivant à échéance en 2033 a atteint 10,65 %, un niveau record, tandis que le titre 2031 s’est établi à 10 %. Cette évolution renchérit le coût potentiel d’une nouvelle émission et rend particulièrement sensible l’écart entre le montant recherché et le rendement exigé par les investisseurs, comme le relèvent les analyses relayées par KOACI et Sika Finance.
Dans ce contexte, Yaoundé a relancé des non-deal roadshows, c’est-à-dire des rencontres exploratoires avec des investisseurs internationaux sans offre obligataire immédiatement exécutée. Le 26 octobre 2026, le ministre des Finances Louis Paul Motaze a reçu à Yaoundé une délégation d’investisseurs conduite par Bank of America Securities. Cette démarche vise à sonder l’appétit du marché et à recueillir les conditions attendues par les investisseurs, en amont d’une éventuelle opération de grande ampleur.
En parallèle, une opération plus limitée de 300 millions de dollars pourrait consister à rouvrir l’Eurobond 2033, assorti d’un coupon de 8,875 %. Toutefois, le rendement de marché dépassant largement ce coupon, une telle émission devrait probablement être réalisée avec une décote, ce qui augmenterait le coût effectif pour l’État camerounais. Cette mécanique illustre la difficulté d’accéder aux marchés internationaux dans un environnement de taux élevé et de perception souveraine dégradée.
Des documents déposés auprès de la Securities and Exchange Commission américaine montrent que deux fonds liés à Franklin Templeton détenaient au 30 juin 2026 des obligations souveraines camerounaises pour une valeur nominale combinée de 3,11 millions d’euros, issues de l’émission de 2021. Toutefois, la présence de ces titres dans les portefeuilles ne constitue pas une preuve d’engagement à participer à une nouvelle émission.
À ce stade, aucun texte de loi, plafond d’endettement, autorisation parlementaire ou mandat bancaire officiel n’a été publié concernant l’émission envisagée de 2,5 milliards de dollars. La seule échéance réglementaire évoquée est la présentation des modalités dans la loi de finances 2027, ce qui situe le projet à un stade préparatoire. Les autorités camerounaises distinguent ainsi l’intention administrative, l’autorisation budgétaire et la mise en œuvre effective de l’opération, comme l’indique la dépêche Reuters.
Le projet d’émission obligataire intervient alors que le Cameroun poursuit d’autres initiatives économiques, comme l’ont montré des actions récentes en faveur de l’innovation numérique, déjà signalées par la rédaction.