En 2025, Globeleq a inscrit 10,8 millions de dollars (environ 6,3 milliards de FCFA) d’intérêts sur ses créances financières issues des contrats de location des lignes électriques associées aux centrales de Kribi et Dibamba au Cameroun. Ce montant, légèrement supérieur aux 10,7 millions de dollars enregistrés en 2024, ressort des états financiers consolidés de Globeleq Africa Holdings déposés auprès de Companies House au Royaume-Uni le 20 octobre 2026. Le taux d’intérêt effectif implicite appliqué à ces contrats s’est établi à 26,3 % en 2025, un niveau identique à celui de l’année précédente. Ce taux correspond au rendement financier utilisé pour calculer les intérêts sur la durée des accords, sans représenter une pénalité pour retard de paiement.
Les revenus proviennent de contrats de location-financement portant sur les infrastructures de transport d’électricité construites dans le structure de ces deux projets énergétiques. Selon Globeleq Africa Holdings, les montants dus au titre de ces accords relèvent de la responsabilité de l’État camerounais. Au 31 décembre 2025, la valeur nette des créances de location-financement tenait compte d’une provision pour pertes de crédit attendues de 300 000 dollars, contre 700 000 dollars un an plus tôt. Cette réduction de 400 000 dollars ne suffit pas à démontrer que des remboursements ont été effectués par l’État. Les documents disponibles ne permettent pas non plus de connaître le montant total restant dû au titre de ces contrats de location.
Il faut distinguer ces créances financières des factures d’électricité impayées par Eneo, devenue Société camerounaise d’électricité (Socadel) en mai 2026. D’après les états financiers 2025 de Globeleq Africa Holdings, les créances commerciales sur Eneo/Socadel atteignaient 251,6 millions de dollars (environ 146,9 milliards de FCFA) au 31 décembre 2025, contre 182,5 millions de dollars un an plus tôt, soit une hausse de 37,9 %. La centrale de Kribi représentait 201,4 millions de dollars de ces créances, contre 145,8 millions en 2024, tandis que Dibamba atteignait 50,2 millions de dollars, contre 36,7 millions. Ces montants concernent uniquement des factures d’électricité impayées et restent distincts des créances issues des contrats de location des lignes électriques.
Les deux centrales reposent sur des architectures contractuelles différentes : Kribi opère dans le structure d’un Power Purchase Agreement de long terme, tandis que Dibamba fonctionne selon un tolling agreement, qui rémunère la mise à disposition de capacité de production. Les deux dispositifs prévoyaient une facilité de liquidité financée par l’État camerounais pour sécuriser les paiements en cas de défaut de l’acheteur, mais cette facilité demeurait non financée au 31 décembre 2025. Cette absence de financement explique en partie pourquoi les retards de paiement du distributeur se traduisent par une exposition financière directe pour les producteurs.
La pression financière sur Globeleq s’inscrit dans un contexte sectoriel tendu. Les deux centrales ont enregistré ensemble environ 15 milliards de FCFA de bénéfices en 2025, contre 19,8 milliards en 2024, soit une baisse de 24,2 %, alors que leur chiffre d’affaires cumulé progressait de 78 à 82,6 milliards de FCFA (+5,9 %). À Kribi, le chiffre d’affaires a augmenté de 60,2 à 64,1 milliards de FCFA, mais le bénéfice a chuté d’environ 12,8 à 6 milliards de FCFA. À Dibamba, le chiffre d’affaires est passé de 17,8 à 18,5 milliards de FCFA. Cette divergence entre croissance des revenus et recul des bénéfices traduit une pression accrue sur la rentabilité, sans qu’il soit possible d’isoler précisément l’effet des intérêts comptabilisés, des pertes de crédit, des charges financières ou des coûts d’exploitation.
Au 31 décembre 2025, la structure financière de Kribi Power Development Corporation (KPDC) illustre la tension de liquidité : 43,6 milliards de FCFA d’actifs courants contre 163,5 milliards de FCFA de passifs courants, soit un écart de 119,9 milliards de FCFA. Le rapport annuel de Globeleq indique aussi que le groupe avait exercé son droit contractuel de transférer au gouvernement camerounais ses participations dans KPDC et Dibamba Power Development Corporation (DPDC), sans que ce transfert ne soit finalisé à la clôture de l’exercice.
Lors d’une réunion sectorielle tenue à Douala le 8 octobre 2026, le ministère camerounais de l’Eau et de l’Énergie a reconnu que les arriérés dus aux grandes entreprises électriques, dont Globeleq, NHPC et Sonatrel, n’avaient pas encore été intégralement réglés. Ce constat officiel, postérieur à la clôture comptable, confirme que la problématique des impayés dépasse le seul structure des relations entre Globeleq et Eneo/Socadel. Le changement d’appellation d’Eneo en Société camerounaise d’électricité (Socadel) en mai 2026 n’a pas effacé les obligations financières accumulées avant cette date.
La situation des infrastructures énergétiques et des créances au Cameroun s’inscrit dans un contexte de changement du secteur, déjà évoqué dans un article précédent sur les dynamiques d’innovation et d’investissement dans le pays. Les chiffres et constats présentés sont issus des états financiers consolidés de Globeleq Africa Holdings et des communications officielles du ministère camerounais de l’Eau et de l’Énergie.