Un nouveau aide financier international vient consolider la gestion durable des forêts permanentes du Cameroun. Le Fonds vert pour le climat (GCF) a validé, le 27 octobre 2026, une subvention de 29 740 699 dollars pour le projet « Securing Permanent Forests to Combat Climate Change and Enhance Sustainable National and Local Economies in Cameroon » (SPEFOCE), référencé FP312. Selon la fiche institutionnelle du GCF, la valeur totale du projet atteint 46 millions de dollars, avec un cofinancement de 16 304 936 dollars partagé entre le gouvernement camerounais et l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). L’UICN porte le projet en tant qu’entité accréditée, tandis que le ministère camerounais des Forêts et de la Faune (MINFOF) et le bureau pays de l’UICN assurent sa mise en œuvre.
Le SPEFOCE entend modifier les pratiques de gestion forestière sur trois grands territoires forestiers permanents, couvrant 12,6 millions d’hectares, soit plus du quart du territoire national. Sur sept ans, le projet prévoit de restaurer ou de placer sous gestion durable plus de 60 000 hectares, selon la formulation officielle du GCF. Cela inclut la gestion de 50 000 hectares et la restauration de 10 008 hectares par l’agroforesterie, la reforestation ou la régénération naturelle. Le projet prévoit aussi l’actualisation des plans de gestion, la révision des politiques de gestion durable et l’élaboration de lignes directrices de restauration. Les estimations avancent que ces actions pourraient éviter ou séquestrer environ 2,47 millions de tonnes de CO₂ équivalent sur vingt ans.
Objectifs, mécanismes et bénéficiaires
Les activités annoncées incluent la révision des plans de gestion des aires protégées, notamment ceux du parc national de Waza et de la réserve de biosphère du Dja, l’appui à la planification participative de l’utilisation des terres et le consolidation du système REDD+ national. Le projet cible trois zones agroécologiques majeures : Waza dans le nord, Dja-Lobéké dans le sud forestier humide et Bakossi-Bamboutos dans les Hautes Terres de l’Ouest. Plus de 2,3 millions de personnes vivent dans ou à proximité de ces forêts et dépendent de leurs ressources pour l’alimentation, le bois-énergie ou les revenus.
Le SPEFOCE prévoit aussi de développer des chaînes de valeur liées aux produits forestiers non ligneux, fournir des équipements aux micro et petites entreprises et améliorer leur accès aux services financiers. Le GCF met en avant le consolidation des compétences des communautés, des collectivités locales, des coopératives et des acteurs privés, avec une attention particulière pour les femmes, les jeunes et les peuples autochtones. Ces mesures visent à réduire la dépendance aux pratiques extractives non durables en créant des revenus compatibles avec la conservation, selon la description officielle du portefeuille de projets du GCF. La fiche institutionnelle ne précise pas le nombre d’entreprises bénéficiaires ni les montants unitaires des équipements ou des financements.
Contexte forestier et climatique
Entre 2001 et 2024, le Cameroun a perdu 2,2 millions d’hectares de couverture arborée, chiffre avancé par le Fonds vert pour le climat comme principal indicateur structurel justifiant l’intervention. Cette évolution découle de l’exploitation non durable, de la croissance démographique et de l’évolution du climat, sans événement ponctuel déclencheur. Le projet combine conservation, restauration, planification de l’usage des terres et aide aux activités économiques locales, ce qui montre que le financement ne cible pas uniquement les aires protégées, mais aussi les zones périphériques et les chaînes de valeur dépendantes des ressources forestières.
La gouvernance forestière et la valorisation économique des ressources naturelles structurent la démarche, comme le souligne le GCF, qui insiste sur le lien entre gestion durable, réduction des émissions et création d’possibilités économiques pour les communautés. Le projet doit aussi consolider le système national camerounais de financement du carbone forestier, notamment par la révision du niveau de référence des émissions et l’progrès des dispositifs de mesure, notification et vérification, éléments essentiels pour produire des données crédibles sur les réductions d’émissions et aider de futurs paiements liés aux résultats. L’intervention s’inscrit dans l’architecture nationale REDD+ et prévoit la création de plateformes multipartites réunissant pouvoirs publics, communautés et secteur privé.
Le SPEFOCE s’appuie sur des standards internationaux et prévoit de consolider les capacités locales, tout en ouvrant la voie à des financements climatiques fondés sur les résultats. Ce projet fait partie des deux premiers projets nationaux camerounais approuvés par le GCF, ce qui marque une étape dans l’accès du pays aux financements climatiques multilatéraux. Il s’inscrit aussi dans l’engagement du GCF pris dans le structure du Belém Call to Action for the Congo Basin Forests lors de la COP30, ce qui élargit la portée politique du projet au-delà des seuls territoires camerounais.
Le cycle d’approbation du GCF comprend également le projet RACINE (FP311), consacré à l’agriculture résiliente, au cacao, au café et à la réduction de la déforestation, pour une valeur totale de 242 millions de dollars, dont 97,4 millions de dollars de financement GCF. Cette stratégie montre que la politique climatique camerounaise soutenue par le GCF traite simultanément la gestion forestière et les pressions agricoles sur les forêts, comme l’indique la fiche officielle du projet RACINE.
Sur le plan social, le projet SPEFOCE affiche une attention explicite à l’inclusion des femmes, des jeunes et des peuples autochtones. Toutefois, des débats internationaux sur la gouvernance forestière camerounaise rappellent la nécessité de garantir la participation effective des populations autochtones dans les décisions de gestion, comme l’a évoqué une intervention lors de la 146e session du Comité des droits de l’homme de l’ONU en octobre 2026.
Le statut affiché par le GCF pour le projet SPEFOCE est « Approved », sans indication de démarrage opérationnel ou de décaissement effectif à ce stade. Les échéances opérationnelles, les premiers décaissements et les résultats intermédiaires restent à confirmer dans les rapports ultérieurs du GCF ou de l’entité accréditée. Les chiffres de réduction d’émissions et d’impact social doivent donc être présentés comme des estimations ou des cibles approuvées, non comme des résultats vérifiés, conformément au registre institutionnel du projet FP312 du Fonds vert pour le climat.