Au Cameroun, l’essor des plateformes fintech soulève des inquiétudes croissantes autour de la sécurité des transactions numériques. L’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication (ANTIC) a identifié 3 914 vulnérabilités lors de 108 audits réalisés auprès d’opérateurs du secteur, selon les chiffres transmis par son directeur général, Ebot Ebot Enaw. Le structure légal camerounais oblige les entreprises à signaler les cybercrimes à l’ANTIC, ce qui place l’agence au centre de la gestion des incidents informatiques et de la coordination de la cybersécurité nationale.
En 2025, l’ANTIC a aussi bloqué 33 applications de prêts frauduleuses et fermé 4 110 faux comptes Facebook, ce qui montre que les risques numériques dépassent les plateformes de paiement et que les menaces sur l’environnement financier numérique se diversifient. Ces mesures illustrent la vigilance accrue des autorités face à la hausse des fraudes et à la sophistication des attaques.
Les services de paiement digital ont généré plus de 1 022 milliards de francs CFA de revenus en 2024, soit 3,16 % du PIB, avec plus de 31,5 millions d’abonnements mobiles actifs. Cette dynamique, présentée lors du forum Digitize Cameroon à Mbankomo, près de Yaoundé, fait du secteur un moteur d’inclusion financière et de croissance économique, tout en exposant le pays à des menaces aussi en plus élaborées.
Des risques systémiques identifiés
L’ANTIC estime que l’interconnexion des plateformes financières numériques crée un environnement où une faille chez un acteur peut compromettre l’ensemble de l’environnement. Les principales menaces recensées sont la fraude en ligne, le phishing facilité par l’intelligence artificielle, le blanchiment d’argent, les flux financiers illicites, les atteintes aux données personnelles et financières, ainsi que les interruptions de service liées à des plateformes compromises.
Les audits menés par l’agence ont révélé des politiques de sécurité mal appliquées, un manque de compétences en cybersécurité, des contrôles d’accès insuffisants, une protection des données jugée faible et des plans de continuité d’activité inadaptés. L’ANTIC considère que ces faiblesses, si elles persistent, pourraient devenir des risques systémiques et éroder la confiance du public dans les services financiers numériques.
Le Centre de Réponse aux Incidents de Sécurité Informatique du Cameroun (CIRT-CM) publie régulièrement des alertes techniques sur les vulnérabilités critiques touchant les logiciels utilisés par les organisations. Selon le CIRT-CM, une faille non corrigée sur ces composants peut entraîner la compromission complète du système, ce qui souligne l’importance d’une gestion active des correctifs et d’une surveillance continue des infrastructures numériques alerte technique CIRT-CM.
Un structure réglementaire renforcé
Le secteur des paiements numériques au Cameroun s’inscrit dans la réglementation bancaire régionale de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et sous la supervision de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC). Les établissements de paiement non bancaires peuvent être agréés par le ministre des Finances sur décision de la COBAC, tandis que les banques et établissements de microfinance sont aussi autorisés à fournir des services de paiement dans ce structure réglementaire. L’accès au marché dépend donc d’une procédure régionale et nationale, ce qui garantit un contrôle institutionnel renforcé sur les acteurs du secteur.
La réglementation actuelle ne prévoit pas d’obligation d’interconnexion systématique entre prestataires, ce qui limite le risque de contamination automatique de l’environnement en cas de faille chez un acteur. Cette architecture vise à contenir les risques tout en en encourageant l’innovation et la concurrence entre opérateurs, comme le souligne l’analyse de Data Landscapers évaluation du structure réglementaire.
Le blanchiment d’argent et les flux financiers illicites font l’objet d’une coordination interadministrations, notamment à travers un comité national créé par décret présidentiel du 30 octobre 2023, réunissant 25 membres issus de la Présidence, de la Primature, du ministère des Finances, du ministère de la Justice, du ministère de l’Administration territoriale, de la BEAC, de l’ANIF et de l’ANTIC. Ce comité se réunit au moins deux fois par an et transmet des rapports réguliers au président de la République, ce qui renforce la lutte contre la criminalité financière.
Gestion des incidents et perspectives
À ce jour, aucune interruption majeure de service, perte financière quantifiée ou sanction publique visant une fintech n’a été documentée par les autorités camerounaises. Les menaces systémiques restent donc des risques identifiés ou potentiels, qui exigent une vigilance constante et des mesures préventives adaptées. La gestion du risque repose sur la surveillance des vulnérabilités logicielles, la coordination institutionnelle et l’application de procédures de signalement obligatoires auprès de l’ANTIC.
La question de la sécurité des infrastructures numériques publiques avait déjà été abordée dans un précédent dossier consacré à l’interopérabilité des systèmes au Cameroun et dans la région.