La Commission des finances et du contrôle budgétaire de l'Assemblée nationale du Sénégal a rejeté à deux reprises le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026, la dernière fois lors de la séance du vendredi 30 octobre 2026. Ce double refus fait suite à une première décision défavorable le 23 octobre, puis à une demande de l'Assemblée nationale, le 27 octobre, de renvoyer le texte en commission pour permettre des " discussions complémentaires " avec le gouvernement. Selon le ministère de l'Économie, des Finances et du Plan, trois réunions d'échanges ont eu lieu pour répondre aux interrogations des députés, mais la commission n'a formulé " aucun amendement ni contre-proposition " à l'issue de ces échanges. Le groupe parlementaire PASTEF-Les Patriotes, majoritaire avec 130 sièges sur 165, considère que les réponses du ministre Cheikh Diba étaient " insuffisantes et insatisfaisantes " et reproche à l'exécutif de n'avoir modifié aucun élément du texte initial.
Le calendrier parlementaire indique que le PLFR 2026 n'a pas été soumis à un vote définitif après son rejet en commission. L'Assemblée nationale a d'abord sollicité des informations complémentaires, puis a ordonné un nouvel examen en commission, illustrant une procédure de réexamen parlementaire plutôt qu'un rejet définitif. Le ministère de l'Économie, des Finances et du Plan a mis en garde contre les risques que ce blocage fait peser sur les ajustements budgétaires nécessaires, notamment pour les subventions énergétiques et les paiements sociaux. PASTEF conditionne son aide à des réponses plus substantielles sur la dette, le déficit, les priorités sociales et la transparence documentaire.
Le budget initial 2026, présenté par le ministre de l'Environnement et de la Transition écologique Aliou Gori Diouf, s'élève à environ 7 000 milliards de francs CFA. Selon ses déclarations, les fonds spéciaux ne représenteraient que 0,0013 % de ce montant, soit une part très marginale. Aliou Gori Diouf a souligné que le rejet du PLFR pourrait entraver la réallocation de crédits vers les subventions au gaz butane, à l'électricité, à l'essence et au gasoil, ainsi que le paiement des bourses destinées aux ménages les plus défavorisés. Il a jugé " excessif et non raisonnable de rejeter le projet de loi de finances rectificative ".
PASTEF avance cinq motifs principaux pour refuser le PLFR 2026 dans sa version du 30 octobre : manque de sincérité sur le déficit et la dette, inefficacité des mesures contre la vie chère, incohérence des priorités d'investissement et des politiques sociales, insuffisance de transparence et refus de rationaliser les agences et d'encadrer les fonds spéciaux. Le groupe parlementaire affirme que des documents essentiels n'auraient pas été transmis aux députés, dont un rapport Forvis Mazars, un rapport de l'Inspection générale des finances sur la dette non financière, un rapport d'exécution budgétaire de septembre 2026 et la liste des sociétés nationales bénéficiaires de transferts. Le gouvernement, de son côté, affirme avoir fourni des explications détaillées lors de trois réunions et reproche à la commission de n'avoir proposé aucune modification alternative.
Dialogue institutionnel et risques pour la population
Le débat budgétaire engage la crédibilité des institutions et l'intérêt direct de la population. Le ministère des Finances a appelé les parties prenantes à faire preuve d'un " sens des responsabilités " afin de permettre l'adoption du PLFR 2026, privilégiant une issue parlementaire et politique plutôt qu'une confrontation institutionnelle. Les autorités présentent le texte comme indispensable pour procéder à des ajustements budgétaires, notamment en faveur des subventions énergétiques et des paiements sociaux. Le groupe PASTEF maintient toutefois son refus de voter le texte " en l'état " tant que ses demandes d'information et de modification ne sont pas satisfaites.
La situation budgétaire du Sénégal est également suivie de près par le Fonds monétaire international, dans le cadre d'un programme financier de 2,2 milliards de dollars conditionné au respect des engagements budgétaires du pays. Le FMI a insisté sur la nécessité d'une conformité budgétaire lors des débats parlementaires, ajoutant une contrainte de crédibilité financière au désaccord entre gouvernement et députés.
Chronologie et perspectives institutionnelles
La chronologie des événements est désormais bien établie : premier rejet du PLFR 2026 par la Commission des finances le 23 octobre, mémorandum adressé au ministre de l'Économie le 26 octobre, demande de nouvelles discussions et d'informations complémentaires par l'Assemblée le 27 octobre, second rejet en commission le 30 octobre, puis appel à la responsabilité publié par le ministère le 31 octobre. À ce stade, le texte reste bloqué en commission, sans amendement parlementaire alternatif adopté.
Si le dialogue venait à échouer, la Constitution et la loi organique sur les lois de finances prévoient des mécanismes d'urgence, tels que les décrets d'avance pour les dépenses urgentes ou le recours au vote bloqué. Toutefois, ces solutions exceptionnelles ne doivent pas se substituer à la négociation démocratique. En cas de blocage persistant, la dissolution de l'Assemblée nationale, prévue à l'article 87 de la Constitution, pourrait être envisagée afin de permettre aux électeurs de trancher et de rétablir le fonctionnement des institutions.
Enjeux sociaux et institutionnels
La crise actuelle intervient alors que de nombreux Sénégalais attendent des réponses concrètes sur le versement des aides, la réalisation de projets d'infrastructure et le paiement des créances. Les tensions institutionnelles s'ajoutent à d'autres mouvements sociaux récents, comme la grève générale évoquée dans un article précédent. Face à ces difficultés, la priorité affichée par plusieurs acteurs reste la préservation de la stabilité institutionnelle et la défense de l'intérêt général, avant tout règlement politique ou recours à des mesures d'exception. Pour étudier davantage la compréhension des enjeux budgétaires, il est possible de consulter l'analyse d'un quotidien de référence ou encore le point de vue d'un grand média français sur la transparence budgétaire et les arbitrages institutionnels en cours.