Au Cameroun, l'approvisionnement en poisson devient un enjeu stratégique alors que les autorités observent une nette sous-utilisation des quotas d'importation prévus pour 2026. Sur les 52 entreprises bénéficiaires, 18 n'ont importé aucun poisson et la majorité des autres n'a fait venir que des volumes restreints, selon les chiffres présentés lors d'une réunion officielle à Yaoundé le 4 novembre 2026, sous la présidence de Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce.
Cette réunion interministérielle a suivi une alerte publique lancée par Congelcam, acteur majeur du secteur dirigé par Sylvestre Ngouchinghe, qui craignait une offre insuffisante de poisson dès la fin novembre et une hausse des prix pendant la période festive. Congelcam avait signalé avoir importé environ 200 000 tonnes en 2025, mais n'avait reçu au départ que 100 000 tonnes de quota pour 2026, avant d'obtenir une rallonge de 30 000 tonnes après une demande supplémentaire déposée en septembre. Cette situation se produit dans un marché structurellement dépendant des importations, la production nationale ne couvrant pas toute la demande, tandis que les importations restent encadrées par des quotas attribués par le ministère de l'Élevage, des Pêches et des Industries animales (MINEPIA).
Réaffectation des quotas et critères de sélection
Pour l'année 2026, le MINEPIA a délivré à 52 opérateurs des autorisations totalisant près de 200 000 tonnes de poisson importé. Congelcam a reçu 130 000 tonnes, soit environ 66 % du volume global, laissant aux 51 autres entreprises les 34 % restants. Lors de la réunion du 4 novembre, seuls Congelcam et Akain Nicolas Luis ont maintenu une activité d'importation notable, la plupart des autres opérateurs étant restés inactifs ou peu présents sur le marché.
Dans ce contexte, le ministre du Commerce a demandé que les quotas soient " redéployés au bénéfice des importateurs qui en ont la capacité ", c'est-à-dire ceux disposant de ressources financières et d'infrastructures de stockage adaptées. Cette mesure vise à éviter une offre insuffisante en décembre et à limiter le risque de flambée des prix pendant les fêtes. Il s'agit d'une réponse administrative à la sous-exécution des quotas, sans augmentation générale du volume autorisé. À ce stade, aucun calendrier précis ni volume exact de quotas à redistribuer n'a été annoncé, et la traduction réglementaire détaillée de cette instruction reste à préciser.
La réunion a aussi souligné la nécessité d'une meilleure coordination entre le MINEPIA et la société SGS, chargée des inspections, pour éviter que des lenteurs administratives ne bloquent l'utilisation de quotas déjà accordés. La disponibilité effective du poisson dépend ainsi de l'attribution administrative, mais aussi de la validation, de l'inspection, de la logistique maritime et des capacités de stockage à l'arrivée.
Production locale, dépendance aux importations et gestion des espèces
Le système de quotas vise à combler l'écart entre la production locale et la demande nationale de poisson. Les autorisations sont réparties entre les opérateurs selon leurs ressources financières et leurs moyens logistiques. Parallèlement, certaines espèces produites localement, comme le tilapia ou la carpe, restent soumises à des restrictions d'importation pour protéger les éleveurs nationaux, comme l'a rappelé le ministre du Commerce lors de la réunion, en cohérence avec la politique de aide à la filière aquacole nationale.
D'après les informations du ministère du Commerce et du MINEPIA, la production nationale ne couvre pas toute la demande, ce qui rend le pays dépendant des importations de poisson congelé. Un rapport de marché attribué à Congelcam indique qu'environ 70 000 tonnes de poisson congelé étaient disponibles début novembre 2026, pour une demande mensuelle estimée à 20 000 tonnes, soit un stock théorique équivalant à environ trois mois et demi de consommation. Congelcam contrôle plus de 80 % du marché camerounais du poisson, ce qui renforce la concentration du secteur et la sensibilité du marché à ses alertes publiques.
La gestion des quotas d'importation et la question de la réaffectation des volumes inutilisés illustrent la complexité des arbitrages entre sécurité alimentaire et protection de la production nationale. Les autorités camerounaises, via le MINEPIA et le ministère du Commerce, cherchent à garantir l'approvisionnement du marché tout en limitant la concurrence directe contre certaines filières locales, dans un contexte de forte demande pendant les fêtes de fin d'année.
Pour étudier davantage la régulation des marchés alimentaires et les arbitrages publics en Afrique centrale, on pourra consulter l'analyse du Monde ou les synthèses économiques publiées par Le Figaro.