Le Sénégal vise l'accès universel à l'électricité d'ici 2029 grâce à près de 1 000 milliards de francs CFA, soit environ 1,7 milliard de dollars, réunis auprès de bailleurs publics et privés. Ce financement doit permettre de raccorder les 6 471 localités encore non desservies, conformément aux objectifs du National Energy Compact et du programme Mission 300. Cette démarche s'inscrit dans la stratégie régionale Mission 300, qui prévoit de raccorder 300 millions de personnes supplémentaires en Afrique subsaharienne d'ici 2030, sous l'impulsion de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement.
L'objectif initial d'accès universel à l'électricité au Sénégal était fixé à 2025 dans la stratégie " Gas to Power ", qui prévoyait la conversion des centrales au fioul lourd vers le gaz naturel liquéfié et une part de 40 % d'énergies renouvelables dans le mix électrique à l'horizon 2030. Ce calendrier a glissé à 2029 en raison de contraintes persistantes de production, de transport, d'interconnexion, de préparation des projets et de financement, des obstacles reconnus comme structurels à l'échelle africaine par les autorités et les partenaires techniques. Lors de l'Africa Energy Forum 2026, un ministre de l'Énergie a rappelé que le défi énergétique africain concerne la transmission, l'interconnexion, la préparation des projets et le financement, au-delà de la seule production.
À Dakar, lors d'une table ronde nationale le 6 octobre 2026, les partenaires au développement ont promis 181 milliards de francs CFA pour de nouveaux projets d'électrification, tandis que le secteur privé s'est engagé à hauteur de 817 milliards de francs CFA. Ces annonces dépassent le besoin de financement estimé à 400 milliards de francs CFA pour les localités non encore couvertes par un projet existant, selon le ministre de l'Énergie et du Pétrole, Dr El Hadji Abdourahmane Diouf. Cette différence s'explique par l'intégration d'investissements plus larges dans la production, le transport, les interconnexions et les équipements productifs. Il reste essentiel de distinguer les promesses d'investissement, les financements approuvés et les décaissements effectifs, comme le rappelle la Banque africaine de développement.
La réunion, coprésidée par le ministre de l'Énergie et du Pétrole, Dr El Hadji Abdourahmane Diouf, et le ministre de l'Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a permis de définir cinq priorités pour concrétiser ces engagements : finaliser et mettre en œuvre le Plan intégré d'extension au moindre coût, appliquer la Stratégie nationale pour la cuisson propre 2025-2035, consolider la participation du secteur privé, maintenir les outils de suivi de l'accès à l'électricité et améliorer la coordination des parties prenantes.
Un défi pour l'électrification rurale
En 2023, le taux d'accès à l'électricité au Sénégal atteignait environ 84 %, selon les données nationales relayées par la presse et les institutions internationales. À la fin de 2024, le taux national cité dans le document officiel du Compact énergétique s'élève à 86,2 %, avec un accès de 69,8 % en zone rurale. Sur les 25 725 localités du pays, 12 683 étaient déjà électrifiées et 6 571 bénéficiaient de projets en cours, laissant près d'un million de personnes sans accès à l'électricité. Le portefeuille d'investissements prévoit l'extension des réseaux moyenne et basse tension dans 3 978 localités, l'installation de mini-réseaux solaires dans 844 localités et de systèmes solaires autonomes dans 1 649 autres. Le programme prévoit aussi la mise en place de 27 000 biodigesteurs domestiques et des investissements pour améliorer la performance de Senelec, la société nationale d'électricité.
La stratégie technique combine extension des réseaux, mini-réseaux solaires et systèmes autonomes, le choix dépendant de la densité de population, de la distance au réseau existant, de la demande locale et de la viabilité économique. Le ministre Abdourahmane Diouf précise que les infrastructures devront aussi desservir les écoles, les postes de santé et les activités productives, élargissant ainsi l'objectif au-delà du simple raccordement domestique. L'analyse de la Banque mondiale sur les concessions d'électrification rurale rappelle que la réussite de ces modèles dépend de conditions institutionnelles, financières et réglementaires adaptées à chaque pays.
Le gouvernement et l'unité de mise en œuvre du Compact ont aussi examiné, le 7 octobre, les moyens de consolider le suivi des actions et des engagements, avec l'appui de Sustainable Energy for All et du programme d'assistance technique du secteur de l'énergie de la Banque africaine de développement. Wale Shonibare, directeur des solutions financières pour l'énergie à la Banque africaine de développement, insiste sur l'importance de relier les réformes, la préparation des projets, la mobilisation des ressources et le suivi des résultats pour transformer les engagements en bénéfices concrets pour la population. Ce processus intervient dans un contexte économique marqué par des tensions budgétaires, comme l'a rappelé récemment la presse spécialisée.
La transition énergétique sénégalaise reste étroitement liée à la transformation du parc thermique et à la disponibilité future du gaz naturel domestique. La stratégie " Gas to Power " vise à réduire la dépendance au fioul lourd tout en développant les énergies renouvelables, créant une tension entre la sécurisation rapide de la production grâce au gaz et le développement de solutions décentralisées pour les zones rurales. Les responsables réunis lors de l'Africa Energy Forum 2026 ont souligné la nécessité de planifier les réseaux pour l'industrialisation et pas seulement pour les branchements résidentiels, rappelant que l'accès doit être compris comme un levier de développement économique global.
Le gouvernement sénégalais veut relier l'accès universel à une baisse du coût de l'électricité, mais le ministre Abdourahmane Diouf distingue explicitement ces deux priorités. Il évoque une baisse potentielle d'au moins 30 % lorsque les infrastructures nécessaires seront opérationnelles, sans avancer de calendrier précis. Cette évolution dépendra du coût du gaz, de la disponibilité des centrales, des pertes de réseau, des subventions et de la structure tarifaire appliquée par la Senelec. À court terme, la réalisation progressive des infrastructures d'électrification demeure l'échéance vérifiable, tandis que la baisse tarifaire reste conditionnelle à l'évolution du contexte énergétique et financier.
La réussite du programme dépendra de la capacité à transformer les annonces financières en projets bancables, avec des études préparatoires, des mécanismes de réduction du risque et des responsabilités clairement réparties entre l'État, les bailleurs et les opérateurs privés. Les discussions régionales mettent en avant les interconnexions, notamment dans les bassins du fleuve Sénégal et du fleuve Gambie, comme leviers de sécurisation et d'intégration des systèmes électriques. Les acteurs du secteur appellent aussi à un consolidation du transfert technologique, du contenu local et de la coopération entre gouvernements, investisseurs et institutions financières de développement, comme le souligne la Banque africaine de développement dans ses analyses récentes.