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Contamination élevée par Salmonella dans la viande de brousse au Cameroun

Contamination élevée par Salmonella dans la viande de brousse au Cameroun Afrique-Asie © afrique-asie.com
Contamination élevée par Salmonella dans la viande de brousse au Cameroun © afrique-asie.com
Une étude menée dans cinq localités du Centre Cameroun révèle que près de sept échantillons de viande de brousse sur dix sont porteurs de Salmonella enterica, exposant les consommateurs à des risques sanitaires majeurs.

Une enquête scientifique dans la région du Centre au Cameroun a révélé la présence de Salmonella enterica dans 69,01 % des carcasses de viande de brousse vendues sur les marchés locaux. Sur 142 échantillons prélevés entre mars et octobre 2024 dans les villes d'Akonolinga, Nanga-Eboko, Nkoabang, Yaoundé et Mbalmayo, ce taux met en avant le risque pour la sécurité alimentaire dans les circuits de distribution non réglementés.

Les chercheurs ont examiné dix espèces animales couramment consommées, dont le porc-épic à queue de brosse (Atherurus africanus) et le hérisson à quatre doigts (Atelerix albiventris). Le pangolin à ventre blanc (Phataginus tricuspis), le varan du Nil (Varanus niloticus), le lièvre des savanes africaines (Lepus victoriae), le cerf élaphe (Cervus elaphus), la civette africaine (Civettictis civetta), l'oncilla ou chat-tigre (Leopardus tigrinus), le sanglier (Sus scrofa) et le tope figuraient aussi dans l'étude. Les prélèvements, réalisés sur des tissus internes frais, ont été analysés selon les protocoles de l'Organisation internationale de normalisation au laboratoire du Centre de biotechnologie de l'Université de Yaoundé I.

Prévalence et diversité des souches

Les analyses microbiologiques et moléculaires ont identifié Salmonella dans 117 échantillons sur 142, dont 98 cas confirmés par PCR. Parmi ces derniers, Salmonella Enteritidis domine avec 93 isolats, soit 65,49 % de l'ensemble des carcasses et 94,90 % des souches détectées. Salmonella Typhimurium a été retrouvée dans cinq cas. La distribution des souches ne varie pas de façon significative selon l'espèce animale ou la localité, même si la prévalence la plus forte de Salmonella Enteritidis a été observée à Nanga-Eboko (84 % des échantillons).

Le gène de virulence InvA, clé pour l'invasion des cellules intestinales, a été détecté dans 45,92 % des isolats confirmés. Ce gène apparaissait systématiquement chez les souches issues de lièvres, de cerfs et de chats-tigres, et dans des proportions variables chez les autres espèces. L'analyse génétique a mis en évidence une diversité modérée des souches, avec six lignées distinctes pour Salmonella Enteritidis et plusieurs groupes pour Salmonella Typhimurium, ce qui suggère des sources d'exposition communes et une circulation clonale dans la région.

Risques sanitaires et enjeux de surveillance

La viande de brousse reste largement consommée au Cameroun, souvent vue comme une alternative naturelle à la viande issue de l'élevage industriel. Pourtant, l'absence de contrôle vétérinaire et les conditions d'hygiène précaires lors de la chasse, du transport ou de la vente favorisent la transmission de pathogènes zoonotiques. Selon les auteurs de l'étude publiée dans MicrobiologyOpen, la prévalence observée au Cameroun contraste fortement avec celle relevée dans des pays voisins comme le Gabon, où elle n'atteignait que 0,8 % lors de précédentes enquêtes.

Les résultats soulignent la nécessité de consolider les dispositifs de surveillance sanitaire et de contrôle de la chaîne d'approvisionnement de la viande de brousse pour limiter les risques d'infection, notamment chez les groupes vulnérables comme les enfants, les personnes âgées ou immunodéprimées.

Au Cameroun, la surveillance des agents pathogènes zoonotiques repose sur des institutions telles que le Centre Pasteur du Cameroun et l'Université de Yaoundé I, qui collaborent régulièrement sur des études de santé publique, notamment pour la détection de bactéries ou de virus émergents. Un exemple récent de cette coopération concerne la détection d'ADN de Mycobacterium ulcerans chez des chauves-souris frugivores, publiée dans la revue Emerging Infectious Diseases des CDC. Cette veille scientifique illustre l'engagement des laboratoires camerounais dans la surveillance des risques liés à la faune sauvage.

Un résumé de conférence présenté par des chercheurs de la Faculté de médecine et des sciences biomédicales de l'Université de Yaoundé I, dont Mbole MJM et Ndjoki Patrick J, a porté sur le contrôle qualité des viandes transformées vendues à Yaoundé. Ce travail, qui portait sur des produits comme la saucisse et le saucisson, n'a pas détecté de Salmonella dans les échantillons analysés, mais ne concernait pas la viande de brousse fraîche. Ce résultat ne s'applique donc pas à la situation des marchés de faune sauvage.

À ce jour, aucune donnée officielle n'a été publiée par les autorités sanitaires camerounaises sur le nombre de cas humains de salmonellose liés à la consommation de viande de brousse, ni sur la répartition régionale ou l'antibiorésistance des souches isolées. Les organismes compétents, tels que le ministère de la Santé publique et le ministère de l'Élevage, des Pêches et des Industries animales, n'ont pas émis de rappel de produits ou de recommandations spécifiques concernant la viande de brousse et Salmonella. Les enjeux de santé publique liés à la consommation de ces produits restent donc un sujet de préoccupation pour les experts et les institutions de veille sanitaire.

Pour étudier davantage la question de la sécurité alimentaire et des zoonoses en Afrique centrale, des ressources complémentaires sont disponibles auprès de l'Organisation mondiale de la santé et du Centre International de Recherches Médicales de Franceville.

Patrick Mbarga Cofondateur Afrique-Asie
Rédaction Afrique Asie

Patrick Mbarga

Patrick Mbarga est cofondateur d’Afrique-Asie. Il suit principalement l’économie, l’investissement et les infrastructures, avec une attention particulière portée aux entreprises, au commerce et aux transformations industrielles en Afrique.