Le 30 octobre 2026, la Pologne a traversé une crise institutionnelle d’ampleur après la suspension du président du Tribunal constitutionnel, Bogdan Święczkowski. La juge Anna Korwin-Piotrowska a annoncé cette décision, invoquant la nécessité de « rétablir l’État de droit » et s’appuyant sur l’article 130 de la loi polonaise sur le système des juridictions de droit commun. Dans le même temps, la suspension temporaire du vice-président Bartłomiej Sochański a été publiée sur le site du Tribunal.
En déplacement officiel vers Dakar pour une visite prévue du 30 octobre au 1er novembre 2026 à l’occasion des Jeux olympiques de la jeunesse d’été, le président polonais Karol Nawrocki a fait demi-tour au-dessus du sud de l’Espagne. Il a expliqué ce retour précipité par la gravité de la situation, déclarant sur X : « At a moment like this, the President must be in Poland. I am cutting short my flight to Senegal. I am returning. » Son retour était attendu le vendredi soir, alors que la tension montait à Varsovie.
La direction du Tribunal constitutionnel a immédiatement contesté la suspension de Święczkowski, qualifiant la procédure de « coup d’État » sur son compte officiel et affirmant que Święczkowski restait en fonctions. Ce conflit institutionnel s’inscrit dans une lutte de pouvoir entre le gouvernement centriste dirigé par Donald Tusk et le camp national-conservateur, proche du parti Droit et Justice auquel Karol Nawrocki est affilié. Le différend porte sur la composition et la direction du Tribunal, déjà fragilisé par des contestations autour de la nomination et de la prestation de serment de plusieurs juges. Święczkowski était accusé par le gouvernement de bloquer l’entrée en fonctions de juges choisis par le Parlement, tandis que la direction du Tribunal dénonçait une tentative illégale de prise de contrôle.
La validité de la suspension a aussi été remise en cause sur le plan procédural. Selon la position institutionnelle du Tribunal, Anna Korwin-Piotrowska ne pouvait pas exercer la fonction de présidente par intérim, n’ayant pas prêté serment devant le président de la République, condition requise pour garantir la continuité de la direction. Ce point a servi à maintenir que Święczkowski restait président en exercice, accentuant l’incertitude juridique autour de la gouvernance du Tribunal.
Sur le terrain, la situation s’est tendue autour du siège du Tribunal constitutionnel à Varsovie. La police est intervenue dans l’enceinte du bâtiment après que des objets dangereux ont été lancés en direction des forces de l’ordre lors de manifestations. Les autorités ont installé des barrières et retiré la sécurité du site, justifiant ces mesures par la nécessité de rétablir l’ordre public. Des unités antiémeutes ont été déployées alors que les protestations se poursuivaient, transformant le conflit institutionnel en confrontation physique pour le contrôle des locaux. La police métropolitaine de Varsovie a indiqué que ses agents « were carrying out statutory activities at the premises of the Constitutional Tribunal in Warsaw » dans le structure de leurs opérations légales, comme l’a rapporté Reuters.
À la fin de la journée du 30 octobre, la crise restait ouverte. La suspension de Święczkowski figurait sur le site du Tribunal, mais la direction de l’institution la déclarait illégale et affirmait que le président restait en poste. L’Associated Press a signalé que le site du Tribunal était ensuite devenu inaccessible, empêchant toute vérification indépendante des motifs détaillés de la suspension. Aucun règlement judiciaire définitif ni calendrier de résolution n’était confirmé à ce stade, selon les agences de presse internationales.
Cette séquence inédite met en lumière la profondeur des tensions entre les différentes branches du pouvoir en Pologne et la fragilité de l’équilibre institutionnel, sur fond de rivalités politiques exacerbées autour du contrôle de la justice constitutionnelle.