Alioune Badara Coulibaly, porte-parole de l’Alliance pour la République (APR), hausse le ton contre la gestion actuelle du Sénégal. Il cible la gouvernance du duo Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, qu’il accuse de divisions internes et d’inaction face aux urgences économiques et sociales.
Dans une intervention remarquée, Coulibaly reproche au pouvoir de s’enfermer dans des querelles politiques, laissant de côté les attentes de la population. Il décrit un régime scindé en deux blocs, Sonko et Diomaye, engagés dans une confrontation sans issue. « Ce que le peuple gagne-t-il dans ces manœuvres politiques ? Ils veulent du travail, pas du bruit », martèle-t-il, tout en affirmant que les promesses de rupture n’ont, selon lui, débouché que sur des conflits et une pression fiscale accrue.
Ces critiques s’inscrivent dans un contexte de crise budgétaire sans précédent. La Cour des comptes du Sénégal a publié le 12 février 2025 un rapport qui pointe un endettement public dépassant 100 % du PIB, bien au-delà du plafond de 70 % fixé par l’UEMOA. Le Fonds monétaire international estime la dette publique totale à environ 132 % du PIB fin 2024, avec un déficit budgétaire de 13,4 % du PIB. L’audit des finances publiques révèle aussi des emprunts non comptabilisés équivalant à 25,3 points de PIB, et une dette de l’administration centrale évaluée à 105,7 % du PIB à la même période. Ces chiffres illustrent la gravité de la situation financière et expliquent la pression sur le gouvernement pour augmenter les recettes, réduire les dépenses et revoir les subventions, des mesures qui nourrissent la contestation sociale évoquée par l’APR.
Appel au retour de Macky Sall
Le porte-parole de l’APR réclame le retour de l’ancien président Macky Sall sur la scène politique. Il affirme que la population sénégalaise regrette son départ et souhaite son retour, maintenant qu’il n’est plus candidat à un poste à l’ONU. Coulibaly estime que les acquis réalisés depuis l’indépendance sont aujourd’hui menacés par des politiques qu’il juge destructrices, évoquant des contrôles fiscaux visant les entreprises et une baisse du pouvoir d’achat des ménages.
La crise actuelle s’enracine dans des faiblesses structurelles de la gestion budgétaire. Déjà en 2019–2020, l’évaluation PEFA avait attribué des notes D ou D+ à la gestion de la dette et à l’intégrité des données budgétaires. En juin 2023, le Sénégal avait obtenu l’approbation d’un programme de financement de 1,8 milliard de dollars du FMI, avant que l’ampleur des écarts entre les données officielles et la réalité financière ne soit pleinement révélée. Face à la gravité de la situation, le gouvernement a conclu un nouvel accord de financement avec le FMI le 1er septembre, pour un montant de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois, afin de aider l’assainissement des finances publiques. La réussite de ce programme dépend de l’adoption de mesures budgétaires crédibles et du maintien du dialogue avec les créanciers, comme l’a rappelé le Premier ministre Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô.
Critiques contre la gestion parlementaire et gouvernementale
Alioune Badara Coulibaly reproche aussi au gouvernement de privilégier la communication à l’action concrète, citant les tensions autour de la loi de finances rectificative à l’Assemblée nationale. Ce projet, présenté pour adapter la programmation budgétaire aux exigences de soutenabilité de la dette, a été rejeté au stade de la commission des Finances et du Contrôle budgétaire, illustrant le conflit institutionnel qui complique la formalisation des mesures de redressement. Le Premier ministre s’est toutefois déclaré convaincu de la possibilité d’un compromis et a souligné la nécessité de rendre la dette viable en négociant avec les créanciers officiels et privés.
Les efforts de redressement budgétaire ont permis d’estimer une progrès du déficit, passant de 13,4 % du PIB en 2024 à 6,4 % en 2025, principalement grâce à la maîtrise des dépenses. Cependant, la dette publique reste à un niveau exceptionnellement élevé, ce qui oblige le Sénégal à réduire son déficit tout en honorant le service de la dette et en finançant ses politiques publiques. Cette contrainte pèse sur le pouvoir d’achat des ménages, notamment en raison de la réduction envisagée de certaines subventions, comme celles liées aux carburants, et alimente les tensions sociales.
Cette prise de position intervient alors que le pays traverse une période de tensions sociales et politiques, marquée par une mobilisation syndicale majeure, comme l’a rapporté précédemment. Les débats sur la gouvernance et les priorités nationales restent au centre de l’actualité sénégalaise, sur fond de rivalité politique entre l’APR, associée à l’ancien président Macky Sall, et le pouvoir issu de l’élection de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko. Les données budgétaires et les décisions institutionnelles sont désormais scrutées par les bailleurs internationaux et les observateurs, comme le souligne le dossier économique de Jeune Afrique.