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Une souche bactérienne locale améliore la croissance du tilapia en Côte d’Ivoire

Une souche bactérienne locale améliore la croissance du tilapia en Côte d’Ivoire Afrique-Asie © afrique-asie.com
Une souche bactérienne locale améliore la croissance du tilapia en Côte d’Ivoire © afrique-asie.com
Des chercheurs ivoiriens ont démontré qu’une souche de bactérie lactique isolée du tilapia permet d’améliorer la croissance, l’efficacité alimentaire et la qualité de la chair dans des élevages expérimentaux.

En Côte d’Ivoire, des chercheurs de l’Université Nangui Abrogoua ont identifié l’impact d’une souche bactérienne indigène sur l’aquaculture du tilapia. Les résultats publiés dans Discover Bacteria montrent que l’ajout de Pediococcus acidilactici LB 137, isolée de l’intestin du tilapia, à un aliment industriel a permis d’obtenir des gains de poids et une efficacité alimentaire supérieurs à ceux observés avec Pediococcus pentosaceus LB 195, un mélange des deux, ou un aliment témoin non enrichi.

Le tilapia occupe une place centrale dans l’aquaculture africaine, notamment en Côte d’Ivoire, grâce à sa rusticité et sa tolérance aux variations de qualité de l’eau ou de température. Son cycle reproductif rapide et sa large répartition régionale en font la principale espèce élevée dans le pays. L’aquaculture y est considérée comme un moyen stratégique pour la souveraineté alimentaire et la réduction de la dépendance aux importations, selon le ministère des Ressources animales et halieutiques.

Le protocole expérimental a couvert les stades larvaire, pré-croissance et croissance, avec des suivis zootechniques et une analyse détaillée de la composition de la chair. Les poissons nourris avec l’aliment enrichi en LB 137 ont atteint un poids moyen final de 229,99 g à la fin de la phase de croissance, avec un taux de conversion alimentaire de 0,87 et une teneur en protéines de 19,02 %. Les chercheurs précisent que ces valeurs dépassent celles rapportées pour le tilapia dans d’autres pays, ce qu’ils attribuent à la ration quotidienne, à la qualité de l’eau et à la formulation de l’aliment.

Probiotiques indigènes et alternatives aux antibiotiques

La démarche s’inscrit dans un contexte où la production aquacole ivoirienne, dominée par le tilapia, ne couvre qu’une part limitée de la demande nationale. Selon les chiffres officiels relayés par le gouvernement ivoirien, la production aquacole nationale est passée de 6 300 tonnes en 2021 à 12 895 tonnes en 2025, avec un objectif ambitieux de 149 000 tonnes à l’horizon 2030. Malgré cette progression, la production nationale ne couvre actuellement qu’environ 12 % des besoins en poisson, d’après les données rapportées par l’Agence ivoirienne de presse et le portail gouvernemental (gouvernement de Côte d’Ivoire). Le secteur compte 1 076 fermes piscicoles et six écloseries publiques, mais la dépendance aux importations reste forte.

Les aliments utilisés, souvent issus de coproduits agro-industriels, contiennent des substances anti-nutritionnelles qui limitent la croissance. Par ailleurs, l’usage inadapté d’antibiotiques en élevage pose des risques sanitaires ou environnementaux, d’où l’intérêt croissant pour les probiotiques.

Les deux souches testées, Pediococcus acidilactici LB 137 (ON141902) et Pediococcus pentosaceus LB 195 (ON141903), avaient déjà montré leur potentiel probiotique in vitro. Les chercheurs soulignent que les bactéries isolées directement de l’espèce cible colonisent mieux l’intestin que celles issues d’autres hôtes. Les souches ont été cultivées, récoltées puis pulvérisées sur un aliment commercial de marque Koudijs, à une concentration comprise entre 1 × 10^7 et 1 × 10^8 UFC/g, avant séchage à température ambiante.

Résultats zootechniques et économiques

Les essais ont été menés sur des larves de 1,6 mg, élevées d’abord en bacs puis en bassins, avec des contrôles réguliers de la qualité de l’eau et des mesures en triplicat. Les conditions d’élevage sont restées conformes aux recommandations pour les poissons tropicaux. L’aliment commercial analysé contenait 47,82 % de protéines et 7,25 % de matières grasses. Les performances les plus nettes ont été observées avec la souche LB 137, notamment lors des phases larvaire et de croissance, avec des taux d’efficacité protéique et de conversion alimentaire supérieurs. La chair des poissons nourris avec LB 137 présentait également une teneur en lipides de 7,82 % et une valeur énergétique de 150,26 Kcal/100 g de matière sèche.

Sur le plan économique, l’aliment enrichi en LB 137 affichait un coût de revient de 748,2 FCFA/kg, soit une réduction de 13 % par rapport à la référence. Le mélange des deux souches permettait une réduction de 7 %, tandis que l’aliment enrichi en LB 195 seul n’était pas rentable selon les calculs des auteurs.

Limites et perspectives de recherche

Les auteurs signalent plusieurs limites à leur étude : seulement deux répétitions par traitement, absence de vérification de la viabilité des bactéries après pulvérisation et stockage, et absence de mesures immunitaires. La colonisation intestinale par les souches n’a pas été confirmée, et des analyses de microbiome sont recommandées pour de futurs travaux. Les résultats sont présentés comme une étape préliminaire vers le développement d’aliments probiotiques adaptés à l’aquaculture ivoirienne.

Le développement de l’aquaculture s’inscrit dans la Politique nationale de développement de l’élevage, de la pêche et de l’aquaculture (PONADEPA II), couvrant la période 2026-2030. Ce programme vise à faire progresser la couverture des besoins en protéines animales et halieutiques de 36 % à 75 %, à créer 1,5 million d’emplois et à doubler la contribution du secteur au PIB agricole, selon les objectifs fixés par le ministère des Ressources animales et halieutiques. À ce jour, aucune autorisation réglementaire spécifique concernant l’utilisation commerciale des souches bactériennes étudiées n’a été signalée, et aucun structure d’homologation d’un aliment probiotique n’a encore été mis en place dans le pays.

Patrick Mbarga Cofondateur Afrique-Asie
Rédaction Afrique Asie

Patrick Mbarga

Patrick Mbarga est cofondateur d’Afrique-Asie. Il suit principalement l’économie, l’investissement et les infrastructures, avec une attention particulière portée aux entreprises, au commerce et aux transformations industrielles en Afrique.