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Le programme JET soutient la montée en puissance des PME sénégalaises

Le programme JET soutient la montée en puissance des PME sénégalaises Afrique-Asie © afrique-asie.com
Le programme JET soutient la montée en puissance des PME sénégalaises © afrique-asie.com
Au Sénégal, le programme JET a permis à des entreprises comme Logidoo d’accroître leur chiffre d’affaires, d’exporter et de créer des emplois grâce à un accompagnement institutionnel et financier structuré.

En 2026, Logidoo, société sénégalaise de logistique, a enregistré une hausse de 21,2 % de son chiffre d’affaires et une progression de 85,97 % de ses revenus à l’export après s’être implantée en Guinée et en Côte d’Ivoire. Cette dynamique s’est traduite par une augmentation de l’effectif permanent, passé de 21 à 57 salariés, dont 19 femmes. Ces résultats reflètent l’influence du programme Jobs, Economic Changement and Recovery Program for Results (JET), déployé au Sénégal depuis 2021 avec un financement de 125 millions de dollars de l’Association internationale de développement.

Logidoo, auparavant 2W Logistics, avait déjà structuré son activité mais rencontrait des obstacles récurrents : manque de visibilité, difficultés organisationnelles et expansion internationale freinée. L’accompagnement de l’Agence de Développement et d’Encadrement des Petites et Moyennes Entreprises (ADEPME), dans le structure du programme JET, a permis à l’entreprise de profiter d’un appui stratégique sur la promotion, la distribution, les certifications, le commerce électronique et l’expansion régionale. Le programme a financé 75 % des coûts de développement technologique et a pris en charge une part équivalente du loyer annuel lors de l’implantation en Côte d’Ivoire, tout en apportant une assistance juridique et fiscale.

Des obstacles structurels pour les PME sénégalaises

Le parcours de Logidoo met en avant les difficultés que rencontrent la plupart des petites entreprises formelles au Sénégal. Selon les données disponibles, seulement 1,3 % des entreprises sénégalaises sont formelles et emploient au moins cinq personnes, alors que plus de 94 % évoluent dans l’informel avec une productivité faible et une capacité limitée à croître ou à exporter. Les principaux freins recensés concernent un environnement réglementaire lourd, un accès restreint au financement, une adoption technologique insuffisante et des défaillances de marché sur les chaînes de valeur stratégiques. D’après l’Enterprise Survey de 2025, 23,7 % des entreprises sénégalaises considèrent la délivrance de licences comme un obstacle majeur, soit près du double de la moyenne mondiale. L’enquête sur l’adoption technologique de la Banque mondiale (2020) indique que seuls 36 % des entreprises utilisent un ordinateur, 30 % un smartphone et 34 % internet à des fins professionnelles.

Un dispositif institutionnel renforcé

Lancé en 2021, le programme JET s’appuie sur le Programme pour l’Accélération de la Compétitivité et de l’Emploi (PACE), coordonné par le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan, et mobilise huit agences pour agir sur la compétitivité sectorielle, l’adoption technologique, l’accès au financement et la mobilisation de l’investissement privé. Parmi les innovations institutionnelles figurent quatre guichets PME à l’ADEPME, une Task Force Compétitivité pour les chaînes de valeur prioritaires, le fonds Oyass dédié à l’investissement dans les PME (lancé par FONSIS en janvier 2024), et un fonds de préparation de projets PPP. Le fonds Oyass, par exemple, avait identifié 49 projets dans 13 secteurs pour un besoin de financement d’environ 38 millions d’euros à la fin 2025, dont 27 % portés par des femmes.

Depuis 2021, l’Agence de développement des petites et moyennes entreprises (ADPME) a accompagné 13 308 entreprises dans les 14 régions du Sénégal et contribué à mobiliser 52,6 milliards de francs CFA, selon Abdoulaye Diallo, responsable de l’agence. Ce bilan, présenté lors d’une rencontre institutionnelle le 22 octobre 2026, met en avant l’ampleur de l’intervention publique en faveur des PME. Dans la région de Diourbel, 456 PME ont bénéficié d’un accompagnement pour un montant total de près de 2,8 milliards de francs CFA, soit un montant moyen mobilisé d’environ 6,14 millions de FCFA par entreprise, contre 3,95 millions de FCFA en moyenne à l’échelle nationale. Diourbel représente ainsi 3,4 % des entreprises accompagnées et 5,3 % des montants nationaux mobilisés, ce qui traduit une hétérogénéité des besoins et des projets selon les territoires.

Le dispositif d’accompagnement ne se limite pas à l’accès au financement. Il combine appui institutionnel, formalisation et consolidation des capacités, conformément à la stratégie défendue par l’ADPME et relayée par Djibril Diop, adjoint au gouverneur de Diourbel chargé du développement, qui souligne que « le développement des PME locales repose sur trois leviers essentiels : la formation, la formalisation et le financement ». Cette approche vise à consolider durablement le tissu entrepreneurial sénégalais et à aider l’émergence d’entreprises capables de croître, d’exporter et de créer des emplois pérennes.

Le programme a permis d’accorder plus de 17,8 millions de dollars de subventions d’appariement pour l’adoption technologique, de mobiliser plus de 26 millions de dollars de garanties de crédit via le FONGIP (dont 3,4 millions pour des PME dirigées par des femmes), et de aider la formalisation aussi de 5 000 entreprises. Selon les rapports gouvernementaux, plus de 71 000 emplois ont été créés ou maintenus grâce à l’appui combiné de l’ADEPME et du FONGIP. Ce dispositif s’inscrit dans une logique d’environnement, où l’accompagnement individuel des entreprises est renforcé par des institutions pérennes et des mécanismes de financement adaptés.

Perspectives et extension du programme

À la fin 2025, une restructuration et un financement additionnel de 65 millions de dollars ont porté le budget total du programme à 195 millions de dollars, prolongeant son action jusqu’en décembre 2027. Cette extension vise à concentrer l’appui sur les secteurs et pôles régionaux à fort potentiel d’emplois et d’exportations, à accélérer les réformes pour simplifier la création et la gestion d’entreprise, et à consolider l’accompagnement des entreprises à fort potentiel, en lien avec l’initiative IFC Local Champions en préparation. L’expérience sénégalaise du programme JET montre que des résultats à grande échelle sont possibles lorsque l’appui aux entreprises s’appuie sur des institutions solides et des financements adaptés. Ce modèle pourrait inspirer d’autres pays confrontés à la faiblesse du secteur formel et à la nécessité de bâtir un vivier d’entreprises de croissance.

Pour une perspective complémentaire sur le consolidation des compétences professionnelles au Sénégal, voir cet article.

Aminata Diop Rédactrice Afrique-Asie
Rédaction Afrique Asie

Aminata Diop

Aminata Diop est rédactrice à Afrique-Asie. Elle couvre principalement les relations internationales, la diplomatie et les questions de sécurité, avec une attention particulière portée aux développements politiques en Afrique.