À Dakar, l’arrivée de près de 3 000 jeunes athlètes issus de 206 pays pour les Jeux olympiques de la jeunesse, prévue le 31 octobre, se prépare dans un climat tendu après l’adoption d’une loi sénégalaise qui prévoit jusqu’à dix ans de prison pour des actes homosexuels consentis et sanctionne la « promotion » ou le aide aux personnes et organisations LGBT. Cette réforme, votée le 11 mars 2026 par 135 voix contre 0 à l’Assemblée nationale, avec trois abstentions, modifie l’article 319 du Code pénal et double la peine maximale auparavant fixée à cinq ans. Elle introduit aussi des peines allant jusqu’à sept ans pour la « promotion », le aide ou le financement d’organisations ou de personnes LGBT. Le texte a été promulgué le 30 mars 2026 par le président Bassirou Diomaye Faye, qui renforce ainsi un arsenal pénal déjà appliqué contre les « actes contre nature ».
Avant cette réforme, le Sénégal figurait déjà parmi les pays africains les plus restrictifs sur les droits LGBT, dans un contexte social et politique conservateur et majoritairement musulman. Les débats parlementaires ont pris un ton ouvertement hostile, une députée du parti au pouvoir ayant déclaré que les homosexuels « ne respireraient plus dans le pays », selon Le Monde. Après la promulgation de la loi, une vague d’arrestations inédite et très médiatisée a suivi.
Entre février et juillet 2026, l’organisation sénégalaise RADDHO a recensé au moins 212 arrestations liées à la répression des personnes LGBT, tandis que le HIV Justice Network en a dénombré plus de 300 sur la même période. Une autre synthèse indique que, depuis la promulgation du 30 mars, au moins 212 hommes et huit femmes ont été détenus, soit 220 personnes au total. Les personnes arrêtées auraient été poursuivies pour « actes contre nature » et transmission volontaire du VIH. Selon Human Rights Watch, des tests VIH auraient été imposés à la plupart des détenus et des résultats positifs auraient servi à ajouter des chefs d’accusation. Les organisations de défense des droits humains dénoncent aussi des obstacles à l’accès à une représentation juridique et des conditions de détention dégradantes, estimant que la criminalisation du aide aux personnes LGBT complique l’assistance juridique et accroît le risque de stigmatisation.
Le président Bassirou Diomaye Faye a déclaré devant l’Assemblée générale des Nations unies que l’accueil des Jeux serait l’occasion de célébrer la diversité et l’humanité commune, affirmant que « nos différences sont une force, notre diversité une richesse et notre humanité commune le fondement de la paix ». Pourtant, selon des défenseurs des droits humains et des avocats, la nouvelle loi a instauré un climat de peur, rendant difficile la représentation légale des personnes accusées et aggravant la stigmatisation. Human Rights Watch a écrit aux autorités sénégalaises le 29 septembre 2026 pour demander la protection de toutes les personnes impliquées dans les Jeux contre la discrimination et les arrestations arbitraires, sans avoir reçu de réponse officielle à ce jour.
Risques pour les Jeux et contradictions avec la Charte olympique
La Charte olympique interdit toute discrimination, y compris fondée sur l’orientation sexuelle. Les pays hôtes s’engagent auprès du Comité international olympique à prévenir, enquêter sur et remédier aux atteintes aux droits humains liées aux Jeux. Or, la loi sénégalaise expose les résidents et les athlètes, membres du staff ou visiteurs étrangers à des risques de poursuites ou de harcèlement lors de l’événement. Human Rights Watch souligne que l’introduction d’infractions liées à la « promotion » ou à la « glorification » de l’homosexualité a renforcé l’anxiété parmi les professionnels du droit et les personnes LGBT. Les défenseurs des droits humains estiment que le texte peut aussi aider le harcèlement, la dénonciation publique et l’autocensure, même sans poursuites contre des délégations étrangères. L’organisation qualifie la situation de « répression brutale » et considère que la législation met le Sénégal en contradiction avec les principes du mouvement olympique et plusieurs conventions internationales relatives aux droits humains.
Larissa Kojoue, chercheuse de Human Rights Watch sur les droits LGBT, a déclaré que la situation soulevait de sérieuses inquiétudes concernant le respect du droit international, de la Charte olympique et des propres lois sénégalaises. Elle a aussi rejeté une conception conditionnelle de l’accueil olympique, selon laquelle certaines personnes seraient les bienvenues à l’exclusion d’autres. À ce jour, le Comité international olympique n’a pas annoncé de mesure disciplinaire ou de sanction spécifique contre le Sénégal.
À l’occasion des Jeux olympiques de Tokyo en 2021, le gouvernement métropolitain avait adopté une ordonnance anti-discrimination, et une loi nationale sur la promotion de la compréhension des personnes LGBT a suivi deux ans plus tard au Japon. Cette comparaison met en lumière une divergence de trajectoire entre les engagements d’inclusion associés à certains événements olympiques et le durcissement pénal sénégalais.
Le gouvernement sénégalais, membre clé du comité d’organisation, s’est engagé auprès du Comité international olympique à prévenir et à remédier à toute violation des droits humains liée aux Jeux. Human Rights Watch appelle à la protection de tous les participants et à la révision de la loi par le Conseil constitutionnel. Pour un aperçu des préparatifs sportifs, voir ce reportage. Un dossier détaillé sur la situation est également disponible dans Le Monde et dans la dépêche AFP.