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Moody’s abaisse la note de la dette en devises du Sénégal à Ca

Moody’s abaisse la note de la dette en devises du Sénégal à Ca Afrique-Asie © afrique-asie.com
Moody’s abaisse la note de la dette en devises du Sénégal à Ca © afrique-asie.com
L’agence Moody’s a rétrogradé la note de la dette sénégalaise en devises étrangères à Ca, évoquant des pertes importantes pour les créanciers privés internationaux et maintenant une perspective stable pour la dette en monnaie locale.

Le 29 octobre 2026, Moody’s Ratings a abaissé pour la cinquième fois consécutive la note souveraine du Sénégal en devises étrangères, passant de Caa2 à Ca, tout en modifiant la perspective de négative à stable. Cette décision s’inscrit dans un contexte de pressions budgétaires accrues, après la révélation d’emprunts et de passifs non déclarés qui ont porté la dette publique à environ 97 % du PIB selon Reuters. Moody’s estime que les créanciers privés extérieurs risquent de subir des pertes « larger than previously expected » dans le structure de la restructuration annoncée par les autorités sénégalaises.

La note de la dette sénégalaise en monnaie locale reste fixée à Caa2, avec une perspective désormais stable. Selon Moody’s, les pertes pour les détenteurs privés de dette extérieure pourraient se situer dans une fourchette de 35 % à 65 %. Le gouvernement sénégalais prévoit d’exclure la dette libellée en francs CFA du traitement envisagé dans le structure commun du G20, mais Moody’s considère que ce segment reste exposé à des risques de liquidité, même si sa notation n’a pas été abaissée.

Chronologie et structure institutionnel

La dégradation du 29 octobre fait suite à une série de cinq abaissements de notation souveraine en devises étrangères depuis 2024. La précédente décision de Moody’s, intervenue le 28 août 2026, avait ramené la note de Caa1 à Caa2, motivée par des pressions de refinancement et l’affaiblissement de la capacité de remboursement de l’État. Entre-temps, la découverte d’emprunts mal déclarés par l’administration précédente a aggravé l’évaluation des besoins de financement et de la crédibilité budgétaire du Sénégal. Selon le Fonds monétaire international, la dette publique aurait atteint 132 % du PIB à la fin de 2024, ce qui a rendu indispensable l’ouverture de discussions avec les créanciers et le FMI pour éviter une détérioration supplémentaire de la liquidité extérieure.

En septembre 2026, le gouvernement sénégalais a officiellement annoncé son intention de solliciter un traitement de la dette dans le structure commun du G20, un dispositif destiné à coordonner les restructurations souveraines avec les créanciers officiels et privés. Cette démarche institutionnelle précède l’ouverture de négociations formelles, dont l’issue restait incertaine au moment de la décision de Moody’s. Parallèlement, Dakar mène des discussions avec le FMI pour restaurer la viabilité de la dette et obtenir un structure financier soutenu par le Fonds.

Impact régional et accès au financement

Moody’s souligne que l’appartenance du Sénégal à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) limite les risques de change et de balance des paiements, deux facteurs susceptibles d’accélérer une crise de liquidité extérieure. Ce structure monétaire commun permet au pays de conserver un accès aux marchés de financement régionaux, ce qui réduit la probabilité d’une détérioration brutale de sa liquidité extérieure. En octobre 2026, une adjudication régionale d’environ 94 millions de dollars a encore été réalisée, illustrant la capacité du Sénégal à mobiliser des ressources auprès des investisseurs régionaux malgré la crise de la dette.

La perspective stable attribuée par Moody’s ne traduit pas une progrès de la qualité de crédit, mais reflète un équilibre entre les risques de retard dans le traitement de la dette et certains facteurs de aide régionaux. L’agence considère que les risques sont « balanced between potential delays » dans le processus de restructuration et les bénéfices liés à l’appartenance du Sénégal à l’UEMOA.

Programme du FMI et réactions des marchés

Un accord au niveau des services du FMI d’environ 2,2 milliards de dollars sur 36 mois a été annoncé le 1er septembre 2026, mais devait encore recevoir l’approbation du conseil d’administration du Fonds. Cette distinction entre accord technique et approbation formelle reste importante, car le décaissement effectif dépend de la validation par les instances du FMI et de conditions liées aux assurances de financement. Le même mois, l’agence S&P avait abaissé la note du Sénégal en devises étrangères à CC et celle en monnaie locale à CCC, confirmant la dégradation du profil de crédit du pays auprès de plusieurs agences internationales. Les obligations en dollars arrivant à échéance en juin 2031 ont atteint un point bas de 50,4 cents par dollar autour de l’annonce de l’accord avec le FMI, illustrant la réévaluation rapide du risque par les investisseurs.

Au moment de la dégradation de Moody’s, les négociations avec les créanciers et l’approbation du programme du FMI restaient à finaliser. Le maintien d’un accès au financement régional constitue un amortisseur, mais il ne supprime pas le risque lié à la dette extérieure détenue par des investisseurs privés. La note Ca signale un niveau de risque de crédit extrêmement élevé et confirme que Moody’s anticipe une restructuration entraînant des pertes importantes pour ces créanciers. Le périmètre exact du traitement et ses modalités financières — maturités, décote, coupons ou éventuels échanges de titres — n’étaient pas encore définitivement établis.

Dans un contexte où les choix budgétaires et la gestion de la dette publique font l’objet d’une attention particulière, le report à 2027 des crédits de compensation pour le Grand Transfert d’Eau a été signalé récemment comme un autre indicateur des tensions financières auxquelles le Sénégal est confronté.

Pour plus de détails sur la décision de Moody’s et la situation financière du Sénégal, consulter l’analyse de Reuters.

Patrick Mbarga Cofondateur Afrique-Asie
Rédaction Afrique Asie

Patrick Mbarga

Patrick Mbarga est cofondateur d’Afrique-Asie. Il suit principalement l’économie, l’investissement et les infrastructures, avec une attention particulière portée aux entreprises, au commerce et aux transformations industrielles en Afrique.