Dans la région de Thiès, un projet d’élevage industriel prévoyant l’installation d’un million de poules pondeuses inquiète les acteurs sénégalais du secteur avicole. Un mémorandum signé par El Hadji Mamadou Diouf, président de l’Interprofession avicole du Sénégal (IPAS), indique qu’une première vague de 100 000 oiseaux serait déjà en production, alors que l’identité de l’investisseur étranger à l’origine de l’initiative reste inconnue du public.
IPAS considère que le marché national ne peut absorber durablement plus de 4 millions de poules pondeuses, alors que la demande intérieure devrait atteindre environ 3,5 millions de têtes en 2026. Les exploitations locales regroupent actuellement près de 2 millions de volailles. Ces chiffres, avancés par l’IPAS, n’ont pas été confirmés par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie ou la Direction des services vétérinaires. L’association craint qu’une croissance rapide de la production, alimentée par des capitaux étrangers, ne provoque une baisse prolongée des prix de l’œuf, mettant en difficulté les petites et moyennes exploitations déjà confrontées à des coûts élevés d’alimentation et d’énergie.
Appel à une évaluation nationale
Dans sa demande, IPAS invite le gouvernement à instaurer un moratoire sur les nouveaux projets de grande capacité et sur les importations massives, le temps de mener une évaluation nationale de l’offre, de la demande et des capacités existantes. L’association souhaite aussi que tout projet dépassant un certain seuil soit soumis à une autorisation préalable, fondée sur des critères économiques, sanitaires, environnementaux ou sociaux. Les risques sanitaires liés à la concentration d’animaux sur un même site sont également mis en avant.
La note d’IPAS précise que la crise potentielle toucherait toute la filière, des couvoirs aux vétérinaires, en passant par les transporteurs ou les institutions financières. L’organisation propose un gel des importations de grande ampleur et une évaluation rapide des capacités de production, suivie d’une étude de marché approfondie dans un délai de 90 jours. Ce débat intervient alors que d’autres secteurs économiques sénégalais connaissent des tensions, comme l’illustre la grève générale récente à Dakar.
Le contexte politique national affiche une volonté de consolider la souveraineté alimentaire et de réduire la dépendance aux importations, comme l’a rappelé le gouvernement lors de la campagne de commercialisation agricole 2026-2027. Les autorités ont annoncé l’ajustement des importations de produits horticoles, tels que l’oignon ou la pomme de terre, en fonction des disponibilités de la production nationale, selon les mesures relayées par AllAfrica. Cette orientation vise à garantir des débouchés durables aux producteurs locaux et à améliorer la disponibilité des denrées alimentaires, comme l’a souligné le ministère de l’Agriculture dans ses communications récentes.
Si la régulation des importations agricoles dépend désormais de la production nationale pour certains produits, aucune décision officielle n’a été publiée concernant un moratoire sur les projets avicoles ou un seuil d’autorisation spécifique pour les élevages de grande capacité. Les mesures gouvernementales en vigueur concernent surtout les filières horticoles ou vivrières, sans mention explicite du secteur des œufs. Le ministère de l’Agriculture a toutefois identifié le stockage, la régulation des marchés vivriers et la contractualisation comme des difficultés majeurs pour la souveraineté alimentaire, selon une déclaration relayée par la presse nationale.
À ce jour, aucune réaction publique des autorités sénégalaises n’a été enregistrée concernant la demande de moratoire formulée par l’IPAS, ni sur le statut administratif du projet d’élevage industriel à Thiès. L’absence de données officielles sur la production d’œufs, les importations et la capacité d’absorption du marché complique l’évaluation précise de l’impact potentiel de nouveaux investissements étrangers dans la filière. Le débat reste ouvert sur la nécessité d’une régulation spécifique du secteur avicole, alors que la souveraineté alimentaire demeure une priorité affichée par le gouvernement.