Le 30 octobre 2026, à la clôture du sommet Russie-Afrique à Moscou, Félix-Antoine Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo, a rencontré Vladimir Poutine pour demander l’engagement de la Russie dans la résolution du conflit qui oppose la RDC au Rwanda. Tshisekedi a sollicité la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, pour qu’elle soutienne la recherche de la paix avec Kigali. Il a insisté sur la nécessité d’une mobilisation internationale face à la persistance des violences dans l’est du pays.
Le conflit qui frappe l’est de la RDC depuis plus de trente ans s’est intensifié depuis la reprise de l’insurrection du M23 en 2021. Les autorités congolaises accusent le Rwanda d’apporter un appui militaire au M23, accusation que Kigali rejette, affirmant que la crise relève d’abord de la RDC. Le différend s’enracine aussi dans la présence des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), groupe armé composé notamment d’anciens responsables hutus impliqués dans le génocide de 1994, toujours actif dans la région.
Lors de son échange avec Vladimir Poutine, Félix Tshisekedi a demandé que la Russie soutienne une action au Conseil de sécurité de l’ONU sur la crise régionale. Il a lié cette demande au renouvellement du mandat de la MONUSCO, la mission de maintien de la paix des Nations unies en RDC, dont l’échéance approchait en décembre. Le président congolais a insisté sur le retrait des militaires rwandais présumés présents dans l’est du pays, la cessation des hostilités, le respect de l’intégrité territoriale et le rétablissement de l’État de droit dans les zones occupées ou disputées, selon le compte rendu officiel du Kremlin.
Les données du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC font état d’environ 6 000 soldats rwandais présents dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu en janvier et février 2025. Ces experts décrivent une implication directe des forces rwandaises dans les opérations du M23, ainsi qu’un rôle de commandement et de contrôle sur le mouvement rebelle. Le Rwanda, de son côté, nie toute implication militaire et affirme agir dans une logique défensive face aux menaces de groupes armés opérant depuis le territoire congolais.
Les Nations unies, la RDC et les États-Unis accusent le Rwanda de fournir au M23 des troupes, des armes, un aide logistique et une formation. Le département du Trésor américain a indiqué que le ministère rwandais de la Défense avait déployé « des milliers de soldats » au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, opérant aux côtés du M23 et leur fournissant du matériel militaire, des approvisionnements et un appui logistique. Le 28 octobre 2026, les États-Unis ont annoncé des sanctions contre le ministère rwandais de la Défense pour ses liens présumés avec le M23, accentuant la pression diplomatique sur Kigali alors que Kinshasa cherche à mobiliser la Russie au Conseil de sécurité.
Le Rwanda, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe, a réaffirmé que la situation politique et sécuritaire en RDC relève principalement de la responsabilité congolaise, rejetant toute accusation de aide au M23. Ce clivage entre les conclusions des experts onusiens et américains, d’une part, et les dénégations rwandaises, d’autre part, reste au centre de l’impasse diplomatique.
Enjeux régionaux et perspectives diplomatiques
La demande d’appui adressée à Moscou intervient alors que les combats persistent dans l’est de la RDC, malgré un accord de paix négocié sous médiation américaine en décembre de l’année précédente. Le M23 contrôle encore de vastes zones, ce qui limite la portée des engagements diplomatiques antérieurs. À ce stade, aucune annonce n’a été faite concernant un traité russo-congolais, un déploiement militaire russe ou une nouvelle résolution du Conseil de sécurité. La démarche de Tshisekedi vise surtout à obtenir un aide politique de la Russie dans les discussions internationales et dans le dossier du renouvellement du mandat de la MONUSCO.
La dynamique régionale demeure complexe, comme l’illustre un précédent épisode impliquant des mouvements rebelles et des alliances changeantes dans la région des Grands Lacs. Les prochaines étapes s’annoncent essentiellement diplomatiques, avec un suivi du mandat de la mission onusienne et la poursuite des efforts de médiation, alors que les positions de Kinshasa et Kigali restent inconciliables sur la question de la responsabilité du conflit.
Pour plus d’informations sur la position officielle du Kremlin, consulter le compte rendu de la rencontre. Les détails sur les sanctions américaines sont disponibles via l’agence Associated Press.