Au siège de la Maison de l’Exportateur à Tunis, une réunion de partenariat a mis en lumière le rôle du Sénégal dans les échanges commerciaux tunisiens. Samir Abid, ministre tunisien du Commerce et du Développement des exportations, a précisé que le Sénégal occupe la deuxième place parmi les clients de la Tunisie en Afrique subsaharienne, avec plus de cinquante entreprises tunisiennes présentes sur ce marché.
Le ministre a rappelé que la Tunisie fournit principalement de l’huile d’olive et des dattes au Sénégal, ce qui témoigne de la compétitivité de ces secteurs. Malgré ces performances, Samir Abid considère que le potentiel économique entre les deux pays reste à exploiter davantage. Il a invité à consolider les efforts conjoints pour lancer de nouveaux projets et intensifier les échanges, notamment dans la changement agroalimentaire, le conditionnement, la pharmacie et les services.
Le partenariat commercial tuniso-sénégalais repose sur un structure institutionnel établi depuis plusieurs années. Un protocole de coopération a été signé le 18 décembre 2018 entre le Centre de promotion des exportations de Tunisie (CEPEX) et l’Agence sénégalaise de promotion des exportations (ASEPEX), puis complété par une annexe du 2 juillet 2024. Ce dispositif prévoit l’échange d’informations commerciales et statistiques, la réalisation d’études de marché conjointes, l’organisation de missions d’affaires et de rencontres interentreprises. Il vise à lever les obstacles structurels au commerce bilatéral, notamment sur les procédures douanières, la réglementation, le transport et l’accès à l’information, tout en ouvrant la voie à des actions sur des marchés tiers et au développement du commerce électronique transfrontalier, selon CEPEX et ASEPEX.
Le structure institutionnel renouvelé entre le CEPEX et l’ASEPEX s’étend sur six ans, avec renouvellement tacite. Il permet aux deux organismes de formuler des recommandations à leurs gouvernements pour aider les procédures douanières, réglementaires et de transport. Ce protocole va au-delà de la promotion commerciale en intégrant la production d’études conjointes et la circulation de données économiques et statistiques du commerce extérieur, afin de changer les contacts institutionnels en projets commerciaux, industriels ou technologiques.
Les secteurs visés par cette coopération bilatérale couvrent l’agroalimentaire, les produits de la mer, le textile-habillement, les industries manufacturières et les services. Cette orientation traduit la volonté de dépasser les exportations traditionnelles tunisiennes, en en encourageant l’intégration industrielle et la création de chaînes de valeur régionales. Les partenaires prévoient d’organiser foires, salons spécialisés, missions commerciales et rencontres B2B pour cibler des entreprises et des projets précis, ainsi que des actions conjointes de prospection sur des marchés tiers, donnant au partenariat une dimension régionale, comme le rapporte PressAfrik.
Perspectives de coopération et initiatives institutionnelles
Samir Abid a mis en avant l’expertise acquise par les entreprises tunisiennes installées au Sénégal, qui pourrait servir de socle à de nouveaux partenariats. Il a aussi invité les sociétés sénégalaises à investir en Tunisie et à consolider leurs liens avec les entreprises tunisiennes. Les structures d’appui comme le Centre de promotion des exportations, les chambres de commerce et les organisations professionnelles jouent un rôle central dans la dynamisation des échanges, notamment par l’organisation de rencontres d’affaires, la participation à des salons spécialisés et l’échange d’expériences.
Le protocole prévoit une coopération active, incluant le partage d’informations commerciales, la conduite d’études de marché, l’organisation de manifestations économiques et le aide aux partenariats interentreprises. L’intégration du commerce électronique transfrontalier répond à l’évolution des canaux de distribution et vise à réduire la dépendance aux modes traditionnels. Les collaborations envisagées sur des marchés tiers pourraient aussi élargir la portée géographique des entreprises tunisiennes et sénégalaises.
Le ministre a cité la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) comme structure propice à l’expansion des échanges, suggérant d’utiliser le Sénégal comme point d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest pour les entreprises tunisiennes, et la Tunisie comme plateforme pour les sociétés sénégalaises visant les marchés européens et méditerranéens. Cette stratégie s’inscrit dans l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui vise à accélérer le commerce intra-africain et à consolider la position du continent sur la scène mondiale, selon la Commission de l’Union africaine.
Il a proposé d’élaborer une feuille de route pour structurer les partenariats institutionnels, identifier des projets pilotes dans les secteurs prioritaires et mettre en place un mécanisme de suivi et d’évaluation des résultats.
Engagements sénégalais et dynamique régionale
Le secrétaire général du ministère sénégalais de l’Industrie et du Commerce, Sidina Abou Bakr Seddik Ndiaye, a insisté sur la nécessité de consolider les échanges économiques et les investissements croisés pour élever le niveau des relations bilatérales. La réunion s’est déroulée en présence de représentants administratifs et professionnels des deux pays.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte régional où d’autres pays africains cherchent aussi à diversifier leurs partenariats industriels, comme l’a rapporté récemment Afrique Asie à propos du Cameroun.
En parallèle, la politique tunisienne d’exportation d’huile d’olive prévoit le maintien des aides au transport maritime et aérien jusqu’en 2027, avec une hausse de la prime au transport maritime de l’huile conditionnée de 50 % à 60 %. Un programme vise à doubler les volumes d’huile d’olive conditionnée et biologique exportés, et les textes réglementaires doivent être révisés pour étendre la prime à l’exportation aux emballages aussi de trois litres, jusqu’à cinq litres, selon la Présidence du gouvernement tunisien et l’Office national de l’huile. Cette stratégie vise à accroître la valeur ajoutée des exportations tunisiennes et à consolider leur compétitivité à l’international.