En 2024, le Sénégal doit composer avec des coûts de production d’électricité parmi les plus élevés de la région, la facture oscillant entre 34 et 38 cents US par kilowattheure d’après l’U.S. International Trade Administration. L’État prend en charge une part importante de ce coût, tandis que les consommateurs règlent environ 24 cents par kilowattheure. Cette situation découle surtout de la forte dépendance au fioul lourd, qui pèse encore pour 72,5 % dans la production nationale d’électricité.
Pour répondre à la demande qui grimpe et limiter la pression sur les finances publiques, les autorités sénégalaises ont lancé une stratégie de diversification ambitieuse. Le plan Vision 2050 prévoit d’augmenter la capacité installée, qui passerait de 1,74 GW à 12 GW d’ici le milieu du siècle, tout en réduisant la part des carburants liquides au profit du gaz naturel domestique et des énergies renouvelables.
Conversion des centrales et nouveaux investissements
La conversion de la centrale de Bel Air, d’une capacité de 335 MW, pour fonctionner au gaz naturel liquéfié (GNL) marque une étape importante dans cette transition. En parallèle, le Sénégal a atteint une capacité installée d’énergies renouvelables de 624,8 MW en 2025, contre 56 MW en 2014. En 2023, le solaire représentait 49 % du mix renouvelable, l’éolien 35 % et l’hydroélectricité 16 %.
Plusieurs projets récents illustrent cette dynamique. AXIAN Energy a finalisé le financement de la centrale photovoltaïque NEA Kolda à Kolda, dans le sud du pays, pour un montant total de 90 millions d’euros. Ce projet, doté d’une capacité de 60 MW et d’un système de stockage de 72 MWh, doit fournir de l’électricité à plus de 235 000 foyers grâce à un contrat d’achat d’électricité de 25 ans signé avec Senelec. Dans les régions de Thiès et Louga, SEN’EAU et TotalEnergies ont inauguré deux centrales solaires destinées à alimenter des installations d’eau potable, couvrant jusqu’à 32 % de leurs besoins énergétiques.
Déploiement du gaz et ouverture à l’exploration
Le gouvernement a aussi ouvert 104 blocs pétroliers et gaziers à l’exploration, sur un total de 113 blocs réorganisés en mars 2026, pour attirer de nouveaux investisseurs. Quatre blocs sont déjà sous contrat et cinq font l’objet d’études techniques par Eni. Le Réseau Gazier du Sénégal (RGS), opérateur public, a lancé la première phase d’un réseau de distribution souterrain de 400 km, reliant le champ gazier offshore Greater Tortue Ahmeyim à une centrale électrique de 250 MW dans le nord du pays. RGS cherche par ailleurs 530 millions d’euros supplémentaires pour étendre ce réseau à d’autres centrales d’ici 2029.
Cette stratégie prolonge la politique « Gas to Power » de l’administration précédente, qui visait l’accès universel à l’électricité d’ici 2025 et un mix de 40 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2030. Selon les chiffres officiels, le taux d’accès à l’électricité a progressé à 84 % en 2023, mais l’objectif d’un accès universel reste à atteindre.
Enjeux sociaux et perspectives régionales
L’extension de l’accès à l’électricité, notamment en zone rurale, demeure un enjeu central pour le gouvernement. Cette question s’inscrit dans un contexte social marqué par des mobilisations contre la vie chère, comme l’a montré la grève générale récente. L’intégration régionale et la sécurisation de l’approvisionnement énergétique figurent aussi parmi les priorités affichées par les autorités sénégalaises.
Les données et annonces officielles citées dans cet article proviennent du gouvernement sénégalais, de Senelec, d’AXIAN Energy, de SEN’EAU, de TotalEnergies, du Réseau Gazier du Sénégal et de l’U.S. International Trade Administration. Pour des statistiques générales sur le secteur énergétique, la Banque mondiale propose une base de données accessible via World Development Indicators.