La police sénégalaise a arrêté Amadou Sarang Diallo, ouvrier du bâtiment de 27 ans, à Nguékhokh, à 88 kilomètres de Dakar, après la diffusion sur TikTok d'une vidéo où il critiquait la présence d'athlètes israéliens aux Jeux olympiques de la jeunesse au Sénégal. La presse locale et la Division des investigations criminelles ont confirmé l'arrestation, survenue le vendredi précédant l'ouverture des Jeux, puis son transfert au parquet. Lors de son audition, Diallo a exprimé des regrets et qualifié ses propos d'" erreur de communication ", expliquant qu'il appelait à une protestation pacifique et non à des violences contre les sportifs israéliens.
Dans la vidéo, Diallo appelait les Sénégalais à " se lever " contre la participation israélienne, déclarant : " We call on all Senegalese to stand up and say no to the participation of Israeli athletes in these Olympic Games. The Israeli athletes will not find peace if they set foot on Senegalese soil. " Les autorités ont interprété cette phrase comme une menace potentielle envers les athlètes israéliens, mais Diallo a contesté cette lecture, affirmant vouloir soutenir une mobilisation politique non violente sur la question de Gaza. Il a reconnu une formulation maladroite, sans qu'aucun élément matériel d'agression ou d'organisation violente ne soit retenu.
Les Jeux olympiques de la jeunesse, organisés du 31 octobre au 13 novembre, accueillent environ 2 700 sportifs venus du monde entier et représentent le premier événement olympique sur le continent africain. Les médias sportifs et les organisateurs rapportent 153 épreuves médaillées dans 25 sports, ainsi que dix sports d'engagement sans médailles. La délégation sénégalaise atteint un niveau inédit pour le pays, tandis que la délégation israélienne concourt dans plusieurs disciplines, dont la boxe, l'athlétisme, le judo, la gymnastique artistique, l'escrime et le tir à l'arc. Lors du défilé d'ouverture, la délégation israélienne a été huée, illustrant un climat de contestation publique, selon la presse internationale.
Réactions et mobilisation de la société civile
Amidou Sidibe, coordinateur du Club Intermediaire, a précisé que la déclaration de Diallo sur TikTok, selon laquelle les citoyens israéliens " ne trouveraient jamais la paix au Sénégal ", a été comprise à tort comme un appel à la violence. Sidibe a souligné que, dans la langue wolof, cette expression n'a pas de connotation dangereuse et que la perquisition au domicile de Diallo n'a révélé aucun élément suspect ou dangereux.
La National Alliance for the Palestinian Cause a exprimé sa " profonde préoccupation " face à cette arrestation, rappelant que la liberté d'expression reste un droit fondamental dans toute société démocratique. L'organisation insiste sur le fait que l'expression pacifique d'une conviction politique ne justifie pas une privation de liberté. Seydi Gassama, directeur exécutif d'Amnesty International Sénégal, a aussi appelé à la libération de Diallo, affirmant publiquement que ce dernier n'a jamais eu recours à la violence et qu'il s'est engagé dans des actions pacifiques dénonçant la situation à Gaza, notamment lors de matchs au stade Abdoulaye-Wade.
Le débat autour de cette affaire s'inscrit dans un contexte de tensions accrues sur la cause palestinienne au Sénégal. Des militants sénégalais estiment que cette arrestation rompt avec la tradition pro-palestinienne du pays. Depuis octobre 2023, plusieurs manifestations de aide à la Palestine ont eu lieu, et en février, des artistes et travailleurs culturels ont adressé une lettre au gouvernement pour demander la rupture des relations avec Israël. En mai 2025, l'ambassadeur d'Israël, Yuval Waks, avait quitté l'Université Cheikh Anta Diop à Dakar après des protestations étudiantes contre sa participation à une conférence, les étudiants scandant " Free Palestine ", " Free Gaza " et " Israel is a war criminal " devant le lieu de l'événement.
Le statut final de la procédure judiciaire visant Amadou Sarang Diallo, qu'il s'agisse d'une éventuelle inculpation, d'une remise en liberté ou d'une condamnation, n'a pas été établi à ce jour par les autorités compétentes. Aucun communiqué officiel du ministère de l'Intérieur, de la police, du parquet ou d'un tribunal n'a précisé les motifs juridiques de l'arrestation ou la qualification pénale retenue. Les organisations de défense des droits humains, telles qu'Amnesty International Sénégal, continuent de demander le respect de la liberté d'expression dans le cadre des Jeux olympiques de la jeunesse.
Pour un aperçu des enjeux institutionnels récents au Sénégal, voir cet article.