Afrique, Asie - informer, analyser, comprendre

Trente-deux personnes poursuivies pour actes contre nature au Sénégal pendant les Jeux olympiques de la jeunesse

Trente-deux personnes poursuivies pour actes contre nature au Sénégal pendant les Jeux olympiques de la jeunesse Afrique-Asie © afrique-asie.com
Trente-deux personnes poursuivies pour actes contre nature au Sénégal pendant les Jeux olympiques de la jeunesse © afrique-asie.com
Alors que les Jeux olympiques de la jeunesse se déroulent au Sénégal, la justice a renvoyé 32 personnes devant le tribunal pour des accusations liées à l'homosexualité et à la transmission délibérée du VIH.

Le 15 octobre 2026, un juge d'instruction de la haute cour de Louga a ordonné le renvoi de 32 personnes devant la juridiction compétente pour des faits présumés d'" actes contre nature " et de transmission volontaire du VIH. Le procureur de Louga a confirmé cette décision le 30 octobre, en précisant que les chefs d'accusation incluent l'association de malfaiteurs, la mise en danger de la vie d'autrui, la collecte illicite de données personnelles et le harcèlement sexuel. Une audience spéciale est prévue le 12 novembre 2026, selon le parquet et des médias sénégalais comme Seneweb, cités par Le Monde et Reuters.

Ce dossier judiciaire intervient alors que le cadre législatif s'est durci. Le 11 mars 2026, l'Assemblée nationale sénégalaise a adopté à une très large majorité (135 voix pour, aucune contre, trois abstentions) une réforme du code pénal doublant la peine maximale pour les actes qualifiés d'" actes contre nature ", désormais passible de dix ans d'emprisonnement. La loi vise aussi la " promotion " de l'homosexualité, le soutien ou le financement de personnes et d'organisations LGBT, avec des peines additionnelles pouvant atteindre sept ans, comme l'a analysé Human Rights Watch dans son rapport du 12 octobre 2026.

Entre février et juillet 2026, au moins 212 personnes ont été arrêtées dans le cadre de cette campagne de répression, selon les chiffres compilés par la RADDHO (Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme) et relayés par Human Rights Watch. Certaines estimations militantes évoquent plus de 300 arrestations sur la même période, mais ce chiffre n'a pas été vérifié de manière indépendante. Les arrestations se sont accompagnées de détentions, d'intimidations et d'obstacles à l'accès à la représentation juridique.

Human Rights Watch indique que des dépistages du VIH ont été imposés à des détenus sans leur consentement, certains résultats positifs ayant servi à ajouter des poursuites pour transmission volontaire du virus. Des militants sénégalais des droits humains signalent que la peur d'être identifiés a poussé des personnes vivant avec le VIH à réduire ou interrompre leur traitement, ce qui pose un risque de santé publique. La criminalisation et la divulgation forcée d'informations médicales freinent l'accès au dépistage et aux soins.

Procédure judiciaire et contexte olympique

La dernière vague de répression a eu lieu à Louga, dans le nord-ouest du pays, où le parquet a confirmé le renvoi de 32 personnes devant la juridiction compétente, avec une audience prévue le 12 novembre 2026. Les chefs d'accusation rapportés par le parquet incluent la conspiration criminelle, les actes contre nature, la transmission intentionnelle du VIH/sida, la mise en danger de la vie d'autrui, la collecte illégale de données personnelles et le harcèlement sexuel. La qualification exacte de la juridiction appelée à juger l'affaire reste à préciser, certains comptes rendus évoquant un tribunal correctionnel, d'autres une chambre criminelle.

La tenue des Jeux olympiques de la jeunesse à Dakar, première compétition olympique organisée sur le continent africain, coïncide avec cette actualité judiciaire. L'événement rassemble plus de 2 600 jeunes athlètes, avec une parité totale entre les sexes dans les quotas, disciplines et épreuves, selon l'AFP. La Charte olympique interdit toute discrimination, notamment en raison de l'orientation sexuelle. Le Comité international olympique a assuré à Le Monde que cette charte serait " pleinement respectée " pendant les Jeux. Toutefois, aucune mesure publique du CIO n'a été prise pour suspendre ou déplacer l'événement après l'adoption de la réforme pénale sénégalaise.

Human Rights Watch a demandé aux autorités sénégalaises de mettre fin à la répression des relations homosexuelles avant l'ouverture des Jeux, estimant que les arrestations massives, les tests forcés du VIH, les entraves à la défense et les conditions de détention dégradantes sont incompatibles avec les engagements du mouvement olympique en matière de droits humains. L'organisation a contacté le ministère sénégalais de la Justice, la gendarmerie et la police nationale au sujet de ces allégations, sans obtenir de réponse à la date de publication de son rapport.

Pendant la période des Jeux, les athlètes et délégations bénéficient de la protection des règles olympiques, mais les poursuites nationales visant des personnes non couvertes par leur statut sportif restent engagées. Le maintien de Dakar comme ville hôte, malgré le durcissement législatif, a suscité de vives critiques de la part des défenseurs des droits LGBT. La controverse met en lumière la tension entre la politique pénale sénégalaise et les principes de non-discrimination du mouvement olympique.

Un précédent article a évoqué l'arrivée des délégations étrangères à Dakar pour cet événement sportif, comme l'a signalé récemment.

Aminata Diop Rédactrice Afrique-Asie
Rédaction Afrique Asie

Aminata Diop

Aminata Diop est rédactrice à Afrique-Asie. Elle couvre principalement les relations internationales, la diplomatie et les questions de sécurité, avec une attention particulière portée aux développements politiques en Afrique.