Du 21 au 23 octobre 2026, Dakar a vu ses transports publics et ses services de santé tourner au ralenti sous l'effet d'une grève générale de 72 heures, lancée par le Front syndical pour la défense du travail (FSDT), qui rassemble treize centrales syndicales. Cette mobilisation a touché les secteurs public, parapublic et privé, avec des actions coordonnées dans l'éducation, la santé, la justice et les transports, perturbant de nombreux services essentiels au-delà de la capitale.
Le mouvement syndical a pris forme dans un climat de tensions sociales, quelques semaines après l'adoption par l'Assemblée nationale, le 18 août 2026, de nouveaux textes sur le Code du travail et le Code de la sécurité sociale, votés par 129 voix pour et quatre abstentions. Les syndicats, selon l'Agence de presse sénégalaise, dénonçaient « le vote récent du code du travail ainsi que celui du code de sécurité sociale » et portaient une plateforme revendicative de dix points, dont la révision du nouveau Code du travail, le versement de l'indemnité de logement, la baisse des prix des denrées et de l'eau, de l'électricité ou des hydrocarbures, ainsi que le relèvement de l'âge de la retraite à 65 ans.
Parmi les mesures les plus contestées figure la possibilité, introduite par la loi n° 2026-18 du 3 septembre 2026, de maintenir un salarié en contrat à durée déterminée (CDD) pendant quatre ans, disposition jugée inacceptable par les organisations syndicales qui y voient un facteur aggravant de précarité. Les syndicats réclamaient aussi la réintégration sans condition de travailleurs licenciés et une progrès de la gouvernance des institutions de prévoyance retraite et de la Caisse de sécurité sociale, tout en insistant sur le respect des accords sociaux antérieurs et le consolidation du dialogue social.
Réactions et tensions institutionnelles
Face à la mobilisation, le ministère sénégalais de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du Service public a contesté la légalité du mouvement, estimant qu'un seul préavis avait été adressé alors que la grève concernait plusieurs secteurs. Les autorités ont qualifié la grève d'« illicite » et d'« inopportune », rappelant que les irrégularités procédurales pouvaient entraîner des retenues sur salaire pour les journées non travaillées et des sanctions disciplinaires. Dans le secteur privé et parapublic, la notification préalable à l'inspection du travail ou à la Direction générale du travail était exigée par la nouvelle législation. Le gouvernement a demandé aux centrales syndicales de suspendre leur action et de poursuivre les discussions au moins jusqu'en janvier 2027.
Le calendrier de la grève coïncidait avec les jours précédant l'ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse, prévue le 31 octobre, ce qui renforçait l'enjeu institutionnel et logistique de la mobilisation. Les perturbations ont particulièrement touché Dakar, où les usagers des transports et les patients des structures de santé ont été directement affectés, mais des actions ont aussi été signalées dans d'autres régions du pays.
La première journée de grève, le 21 octobre, a été suivie dans plusieurs secteurs essentiels, notamment la santé, l'éducation, la justice et les transports. Les syndicats ont affirmé que la mobilisation avait été largement suivie, tandis que les autorités ont préféré insister sur la régularité juridique du préavis plutôt que de publier un taux officiel de participation. La contestation a aussi affecté la Senelec, dont les activités ont fait l'objet d'un suivi spécifique durant le deuxième jour de grève.
À l'issue des trois jours d'action, le vendredi 23 octobre, Mody Guiro, responsable syndical, s'est déclaré satisfait de la mobilisation. Malgré les menaces de réquisitions et de sanctions, les syndicats ont maintenu leur calendrier. Le ministère a toutefois maintenu son appréciation d'illégalité, ouvrant la possibilité de retenues salariales et de procédures disciplinaires contre certains agents. Les discussions entre les parties sont annoncées pour la période précédant janvier 2027, sans qu'un bilan chiffré consolidé des retards dans les transports, des consultations médicales annulées ou des pertes économiques n'ait été communiqué à ce stade.
Pour plus d'informations sur le contexte institutionnel et les réactions officielles, consulter le compte rendu de l'Agence de presse sénégalaise ou les analyses de l'Agence Anadolu.