Le groupe parlementaire Pastef-Les Patriotes, qui détient 130 des 165 sièges à l’Assemblée nationale du Sénégal, a annoncé le vendredi 23 octobre 2026 son refus d’adopter en l’état le projet de loi de finances rectificative (PLFR) pour 2026, à l’issue de deux jours d’examen par la Commission des finances et du contrôle budgétaire. Cette décision intervient alors que les finances publiques traversent une crise aiguë, avec une dette estimée à 132 % du produit intérieur brut à la fin 2024, selon les chiffres transmis par les autorités sénégalaises et le Fonds monétaire international.
Le texte examiné, identifié comme le projet de loi n° 40/2026, a été rejeté dans son ensemble par la commission, tout comme les deux amendements proposés par le gouvernement lors de la réunion du 23 octobre. Ce rejet ne mettait pas fin à la procédure législative, le calendrier parlementaire prévoyant un examen en séance plénière le mardi 27 octobre à 10 heures.
Le parti Pastef, dirigé par Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, a précisé que son opposition ne portait pas sur le principe d’une révision budgétaire, mais sur certains arbitrages, les modalités de financement et l’insuffisance des garanties fournies au Parlement. Ousmane Sonko avait déjà averti le 20 octobre que le projet n’était « pas acceptable » dans sa version présentée, contestant notamment la baisse des subventions aux produits pétroliers prévue par le gouvernement. Cette mesure est jugée particulièrement sensible car elle pourrait se répercuter sur le coût de la vie et le pouvoir d’achat des ménages sénégalais.
Le différend budgétaire oppose le gouvernement conduit par Ahmadou Al Aminou Lô à la majorité parlementaire Pastef. Le conflit porte à la fois sur la trajectoire de réduction des déséquilibres publics et sur la répartition des efforts entre subventions, dépenses sociales et financement de l’État. Pastef a fixé plusieurs conditions à une éventuelle évolution de sa position, portant notamment sur les arbitrages budgétaires, les modalités de financement et les garanties accordées à l’Assemblée nationale. Selon l’Agence de presse sénégalaise, la majorité parlementaire a formulé cinq exigences préalables, maintenant ainsi la porte ouverte à des discussions avant la séance plénière.
Le rejet du texte en commission illustre l’ampleur des désaccords internes à la coalition au pouvoir, malgré la majorité numérique de Pastef. Le groupe d’opposition Takku Wallu Sénégal s’est abstenu lors du vote, invoquant la nécessité de préserver le fonctionnement des institutions. Cette position distingue Pastef des autres groupes parlementaires, qui n’ont pas adopté la même ligne de fermeté.
Enjeux budgétaires et conséquences pour le Sénégal
La situation budgétaire du Sénégal est jugée critique par les institutions internationales. Le ratio d’endettement, à 132 % du PIB, constitue un obstacle majeur à la capacité du gouvernement à financer ses dépenses et à restaurer la confiance des créanciers. Ce déséquilibre a conduit les autorités à rechercher un nouveau programme d’aide auprès du Fonds monétaire international, avec un accord préliminaire portant sur 2,2 milliards de dollars (environ 1,93 milliard d’euros) sur 36 mois. Le gouvernement a également annoncé son intention de recourir à une version renforcée du mécanisme G20 Common Framework pour restructurer la dette, liant ainsi directement l’issue du vote parlementaire à la capacité du pays à engager les ajustements requis par les bailleurs internationaux.
Pastef demande la révision des coupes prévues dans les dépenses sociales, en particulier dans la santé, l’éducation, la formation et les infrastructures hydrauliques. Le parti réclame également la protection du pouvoir d’achat des ménages et une baisse durable des coûts de l’énergie. Il affirme rester ouvert au dialogue avec l’exécutif avant la séance plénière, tout en soulignant que le Parlement ne saurait être réduit à une simple chambre d’enregistrement.
Le rejet du projet de loi de finances rectificative en commission rend très incertaine son adoption lors de la séance plénière du 27 octobre. Selon Jeune Afrique, un échec parlementaire compromettrait la capacité du gouvernement à traiter la dette publique et à mettre en œuvre les ajustements associés au nouveau programme envisagé avec le FMI. Les discussions restaient ouvertes à la veille du vote, mais aucun compromis n’avait été confirmé par les parties prenantes.
Les arbitrages budgétaires, la gestion de la dette et la protection du pouvoir d’achat restent au cœur des débats, alors que le Sénégal cherche à restaurer la confiance de ses créanciers et à préserver la stabilité sociale. Les prochaines étapes parlementaires seront déterminantes pour l’avenir financier du pays, comme le soulignent les analyses de l’Agence de presse sénégalaise et des observateurs internationaux.