À Alger, les vitrines des opérateurs mobiles deviennent le terrain d'une concurrence de plus en plus visible. Le lancement commercial de Nedjma, le 25 août 2004, pousse Djezzy à multiplier les promotions pour défendre sa clientèle. Wataniya Télécom Algérie, nouvel arrivant sur le marché, mise sur ses boutiques et ses services pour séduire les abonnés. Mobilis, l'opérateur public historique, prépare également sa réponse. En quelques jours, les offres se succèdent et les consommateurs découvrent des conditions tarifaires qui évoluent rapidement.
Pour Djezzy, filiale de l'égyptien Orascom Telecom, l'enjeu consiste à conserver sa position dominante. Un représentant de l'entreprise présente les nouvelles promotions comme un moyen de fidéliser les abonnés tout en rendant les communications plus accessibles. L'opérateur met en avant l'étendue de son réseau, dont il affirme qu'il couvre près de 80 % du territoire national. La qualité des appels entre les différentes régions constitue un argument commercial important face à un concurrent qui commence tout juste à déployer ses services.
Djezzy introduit une carte prépayée à 500 dinars
La principale nouveauté concerne les offres prépayées. Djezzy commercialise la carte Allô, dont les recharges de 500 dinars algériens bénéficient d'une validité annoncée de trois mois. Cette durée doit permettre aux utilisateurs occasionnels de conserver leur crédit plus longtemps, sans avoir à multiplier les recharges. La formule s'adresse notamment aux personnes qui souhaitent maîtriser leurs dépenses téléphoniques sans souscrire un abonnement mensuel.
Selon les exemples tarifaires présentés par l'entreprise, un crédit de 500 dinars peut correspondre à environ 80 appels vers des numéros préférés, à 80 SMS destinés à ces mêmes contacts ou à 57 messages envoyés vers les réseaux concurrents. Ces possibilités dépendent du type de communication choisi et ne constituent pas des avantages cumulables. Djezzy met également en avant un tarif de 5 dinars pour trente secondes de communication dans certaines conditions. Le passage à une facturation par tranches de trente secondes fait partie des changements introduits dans les offres prépayées.
La nouvelle carte arrive dans un contexte de révision plus générale des formules commerciales. Le rapport annuel 2004 du régulateur algérien des télécommunications confirme le lancement d'Allô en août, avec des recharges à 500 dinars. Il retrace également les modifications de facturation appliquées par Orascom Télécom Algérie. Pour les consommateurs, la comparaison des offres devient plus complexe : le tarif d'une minute ne suffit plus à déterminer le coût réel d'une communication, qui dépend aussi de sa durée et du réseau appelé.
Djezzy accorde parallèlement une attention particulière aux communications avec le réseau fixe d'Algérie Télécom. L'interconnexion figure parmi les priorités évoquées par ses représentants. Elle doit permettre aux abonnés de joindre plus facilement des correspondants utilisant d'autres réseaux. À mesure que le nombre de clients mobiles augmente, les tarifs entre opérateurs et les conditions d'accès au téléphone fixe prennent une place croissante dans les décisions des utilisateurs.
Nedjma attire ses premiers clients dans les boutiques d'Alger
La riposte de Djezzy intervient quelques jours après l'entrée commerciale de Wataniya Télécom Algérie, dont la marque Nedjma a été lancée le 25 août 2004. Dirigée par René Patoine, la filiale du groupe koweïtien cherche à s'implanter durablement dans le pays. Son directeur général affiche l'ambition de faire de l'entreprise une compagnie algérienne, malgré l'origine étrangère de ses investisseurs. Pour convaincre le public, Wataniya ne se limite pas à présenter des prix. Elle cherche aussi à transformer ses points de vente en lieux d'accueil et de découverte des nouveaux services mobiles.
Dans la boutique de la rue Didouche-Mourad, au centre d'Alger, les visiteurs consultent les brochures et examinent les produits Nedjma. Des employées les orientent vers les différentes formules disponibles. L'établissement comprend également une cafétéria et un cybercafé équipé d'ordinateurs. Ces aménagements permettent aux personnes venues se renseigner de prendre le temps de comparer les offres. L'affluence ne se traduit pas toujours par un achat immédiat, mais elle témoigne de la curiosité suscitée par l'arrivée du troisième opérateur mobile.
Parmi les visiteurs, une cliente prénommée Fatiha étudie attentivement les documents commerciaux avant de choisir une formule Nedjma. Elle avait déjà entendu parler des avantages annoncés par Wataniya et souhaitait obtenir des renseignements plus précis. Son comportement illustre celui d'une partie des consommateurs algériens, désormais en mesure de comparer plusieurs réseaux. Les employées constatent une progression quotidienne de la clientèle, sans avancer encore de chiffre officiel sur le nombre d'abonnés.
La boutique de Didouche-Mourad doit bientôt être épaulée par d'autres espaces de vente. Un responsable commercial de Wataniya, présenté sous le nom de M. Rudolf, annonce que les nouveaux sites seront aménagés avant le 8 septembre. L'entreprise cherche ainsi à étendre rapidement son dispositif d'accueil, encore concentré dans quelques établissements. Le développement de ce réseau commercial doit accompagner celui des infrastructures techniques nécessaires à la fourniture des services mobiles.
Wataniya a obtenu sa licence de téléphonie mobile en décembre 2003, à l'issue d'une offre de 421 millions de dollars, pour une période initiale de quinze ans. L'autorisation définitive est intervenue en janvier 2004. Les éléments réunis dans un document de la Banque mondiale font également état d'un engagement d'environ 300 millions de dollars pour les premières infrastructures du réseau. Ce programme explique l'importance accordée par le nouvel opérateur à l'installation de ses équipements et à la conquête rapide de clients.
Sur le plan technologique, Nedjma met en avant des fonctions multimédias et la prise en charge de la technologie EDGE, destinée à améliorer l'accès aux données sur le réseau mobile. Ses offres prépayées introduisent également une facturation à la seconde après une première minute indivisible. Cette méthode constitue un argument supplémentaire face aux formules concurrentes. Le nouvel opérateur doit cependant démontrer sa capacité à assurer une couverture suffisante au-delà des premières grandes agglomérations desservies.
Mobilis prépare sa réponse à la concurrence
Face à Djezzy et Nedjma, Mobilis ne compte pas abandonner du terrain. L'opérateur public prévoit des ajustements tarifaires à partir de septembre 2004 et poursuit le renforcement de son réseau. L'extension des capacités techniques doit lui permettre d'accueillir davantage d'abonnés, alors que la demande de téléphonie mobile continue de progresser. La concurrence porte ainsi autant sur les prix que sur la disponibilité des lignes et la qualité des communications.
La présence de trois opérateurs transforme déjà les habitudes commerciales dans les principales rues d'Alger. Affiches publicitaires, brochures et vitrines détaillent les nouvelles conditions d'abonnement. Les clients peuvent désormais comparer la durée de validité des cartes prépayées, le prix des messages et les frais d'appel vers les autres réseaux. Cette multiplication des choix oblige chaque entreprise à revoir régulièrement ses arguments de vente.
À la fin du mois d'août 2004, les positions restent inégales. Djezzy bénéficie d'un réseau établi et d'une clientèle importante, tandis que Nedjma doit encore étendre sa couverture et son dispositif commercial. Mobilis conserve pour sa part une présence nationale qui lui permet de participer à la bataille tarifaire. Le lancement de la carte Allô à 500 dinars et l'ouverture des premières boutiques Wataniya marquent une nouvelle phase de cette concurrence, dont les premiers effets se font sentir sur les prix et les conditions d'accès au téléphone mobile.