Le 23 octobre 2026, la Commission des finances et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale sénégalaise a rejeté le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026, après une seconde séance où le gouvernement a tenté de convaincre. Les députés du groupe Pastef-Les Patriotes, sous la direction d’Ousmane Sonko, ont imposé ce rejet, profitant de leur majorité parlementaire. Cette crise institutionnelle s’inscrit dans une rupture politique entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, qui a abouti au remplacement de Sonko à la Primature par Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô le 22 mai 2026.
Le conflit ne se limite pas aux lignes budgétaires. Il révèle une lutte de pouvoir entre l’exécutif présidentiel, le nouveau gouvernement et la majorité parlementaire issue de Pastef. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a invité les députés à privilégier le dialogue institutionnel et à proposer des amendements, rappelant que l’obstruction du travail gouvernemental ne devait pas remplacer le droit d’amendement garanti par la Constitution.
Enjeux institutionnels et financiers
Le gouvernement doit composer avec une baisse attendue de 340 milliards de francs CFA de recettes, alors que les besoins supplémentaires atteignent 540 milliards de francs CFA, principalement pour financer les subventions énergétiques et consolider les moyens des forces de défense et de sécurité. Le report de dépenses à hauteur de 295 milliards de francs CFA s’explique par les moins-values de recettes liées au Programme de redressement économique et social (PRES). L’exécutif affirme que ces arbitrages découlent de contraintes financières et non d’un abandon des investissements publics, tout en devant contenir un déficit déjà jugé élevé. Cette situation limite sa marge de négociation avec les députés et ses partenaires financiers internationaux, notamment le FMI.
Le débat juridique s’articule autour des articles 68, 82 et 86 de la Constitution sénégalaise. L’article 82 garantit le droit d’amendement des députés, tandis que l’article 86 encadre la motion de censure, dont l’adoption entraînerait la démission du gouvernement après un délai de deux jours francs suivant son dépôt. L’article 68 prévoit que le chef de l’État peut mettre en vigueur par décret les dispositions de la loi de finances si le Parlement ne l’a pas votée dans les délais, mais son application à une loi de finances rectificative suscite des interrogations. Le Premier ministre a prévenu que, si le blocage persistait, l’exécutif utiliserait toutes les prérogatives que lui confère la Constitution.
La prochaine échéance déterminante reste l’examen de la LFR en séance plénière le mardi 27 octobre 2026 à 10 heures. Cette séance dira si le rejet en commission sera confirmé ou si des amendements permettront un compromis. Le refus de la majorité parlementaire risque de retarder les ajustements budgétaires nécessaires à l’exécution des politiques publiques et pourrait entraîner des retards de paiement envers les fournisseurs, les collectivités et certains bénéficiaires d’engagements publics. Le gouvernement cherche aussi à préserver le dialogue avec le FMI, alors que la trajectoire budgétaire et le niveau du déficit conditionnent les discussions financières internationales.
Positions politiques et conséquences sur les marchés
Ousmane Sonko, à la tête de Pastef, a publiquement appelé à ne pas voter le budget révisé lors d’une conférence de presse à Dakar le 19 octobre 2026, s’opposant à la position du gouvernement qui invite à privilégier les amendements écrits et précis. Le conflit s’est transformé en bras de fer entre une majorité parlementaire contrôlée par Pastef et un gouvernement nommé après la destitution politique de Sonko de la Primature. Guy Marius Sagna, député de Pastef, a qualifié le rejet du projet de LFR de « blocage de la vassalisation du Sénégal ».
La menace budgétaire a eu un effet immédiat sur les marchés financiers, avec une baisse des obligations sénégalaises observée le 19 octobre 2026, en lien avec les déclarations d’Ousmane Sonko contre l’adoption du budget révisé. Cette tension survient alors que l’exécutif tente de préserver la confiance des partenaires internationaux et de poursuivre les discussions avec le FMI. Les autorités sénégalaises, relayées par l’Agence de presse sénégalaise et Seneweb, insistent sur la nécessité de ne pas « punir le peuple » par un blocage politique et mettent en garde contre les conséquences d’une crise institutionnelle prolongée.
À ce stade, aucune solution constitutionnelle n’a été décidée : la dissolution de l’Assemblée nationale, l’engagement de la responsabilité du gouvernement ou la mise en œuvre par décret restent des options sur la table. Le Premier ministre n’a pas encore engagé la responsabilité de son gouvernement devant l’Assemblée, mais il a souligné qu’une motion de censure pourrait provoquer la chute du gouvernement et créer une situation institutionnelle délicate, alors que le Sénégal doit accueillir les Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026.
Le test politique immédiat reste la séance plénière du 27 octobre, qui déterminera la capacité du gouvernement à maintenir le dialogue avec le FMI et à préserver la continuité de ses politiques économiques, dans un contexte de forte tension institutionnelle et de pression sur les finances publiques.