Lors d’un point presse à Accra, Edmond Kombat, directeur général de la Tema Oil Refinery (TOR), a présenté des échantillons de pétrole brut et de produits raffinés issus de l’activité de l’usine. Il a précisé que la raffinerie traite du brut ghanéen et d’autres bruts de la région. Selon lui, les affirmations sur l’incapacité de TOR à raffiner le pétrole extrait au Ghana relèvent d’une « propagande économique » qui vise à discréditer les institutions publiques.
Le responsable a expliqué que le bassin équatorial, de la Côte d’Ivoire au Nigeria, produit des bruts « medium sweet » avec une densité modérée et une faible teneur en soufre, adaptés à la changement en divers produits pétroliers. TOR a déjà raffiné du brut nigérian, ivoirien et ghanéen, dont le Sankofa et le Jubilee, ainsi que des cargaisons de Bonga, Baleine et Bonny Light. Depuis mai 2026, la raffinerie a reçu plusieurs cargaisons, notamment du Jubilee Medium Sweet livré par le navire MT Apache le 15 juillet 2026, et environ 950 000 barils de Sankofa fournis par la Ghana National Petroleum Corporation le 25 septembre 2026. Ces approvisionnements montrent que TOR peut traiter différents bruts régionaux, même si le fonctionnement à pleine capacité n’est pas encore atteint, comme l’indique la Ghana News Agency.
La Tema Oil Refinery a repris le traitement du brut le 19 décembre 2025, après une opération de maintenance générale de son unité de distillation (CDU), restée hors service depuis avril 2021. Cette remise en activité a nécessité une autorisation réglementaire de la National Petroleum Authority (NPA), ce qui souligne le rôle du régulateur dans la relance de l’activité industrielle. Malgré cette reprise, la raffinerie fonctionne actuellement à environ 28 000 barils par jour, alors que la capacité de la CDU se situe entre 45 000 et 55 000 barils par jour. Cette limitation découle principalement de l’état opérationnel de certains équipements, et non d’une incompatibilité avec les bruts légers et peu soufrés produits localement.
Un débat public a opposé la direction de TOR à des responsables du ministère de l’Énergie, notamment le conseiller technique Dr Yussif Sulemana, qui a estimé en mars 2026 que la raffinerie ne disposait pas de deux unités nécessaires pour traiter le brut des champs Jubilee, TEN et Sankofa. TOR a contesté cette analyse, rappelant que ses installations avaient été conçues pour des bruts légers et doux, et que les discussions portaient davantage sur la configuration optimale des unités pour un traitement fiable et économiquement efficace.
Produits raffinés et rôle dans l’économie locale
Parmi les produits issus du raffinage figurent la naphte, le fuel résiduel utilisé dans les centrales électriques, le gasoil lourd (diesel), le carburant prémélangé pour la pêche et le kérosène pour l’aviation. TOR fournit l’intégralité du carburant prémélangé utilisé par les pêcheurs le long de la côte ghanéenne, de Axim à Keta. Edmond Kombat a indiqué que la production de ce carburant a été multipliée par cinq récemment afin d’éviter toute pénurie pour les quelque trois millions de pêcheurs recensés.
Le directeur général a aussi mis en avant l’importance économique du raffinage local, estimant que cette activité permet de conserver la valeur ajoutée sur le territoire et de aider la politique de changement prônée par le gouvernement. Selon ses propos, « raffiner le brut ghanéen au Ghana maintient la valeur sur place et répond à la vision de valorisation du président ».
Pour augmenter sa capacité, TOR travaille à la mise en service du réchauffeur de brut F-61, en partenariat avec Verga Engineering, afin de porter le débit de traitement à une fourchette comprise entre 45 000 et 55 000 barils par jour d’ici fin octobre 2026. À plus long terme, la direction vise une capacité de 100 000 barils par jour dans un délai d’un à deux ans, objectif qui s’inscrit dans une stratégie de changement industrielle plus large. Ce programme prévoit aussi une extension brownfield de la raffinerie existante à 85 000 barils par jour et la construction d’une nouvelle unité greenfield de 115 000 barils par jour, pour une capacité totale potentielle de 200 000 barils par jour, selon les annonces relayées par la Ghana News Agency.
Le gouvernement ghanéen a fixé pour objectif de couvrir 70 % de la demande nationale de carburants par le raffinage local d’ici 2028, TOR étant au cœur de cette ambition. Toutefois, le débit actuel et les besoins d’investissement restent des difficultés majeurs pour atteindre cette cible, comme le rappellent les autorités nationales et les analyses sectorielles Ghana News Agency.
Ce positionnement intervient alors que la capacité opérationnelle de TOR fait l’objet de débats publics. Pour un aperçu des enjeux industriels régionaux, un article précédent évoquait les stratégies de coopération industrielle en Afrique de l’Ouest.