Le Front pour la Refondation de la Nation (FRN), coalition politico-militaire nouvellement formée, a été présenté le 12 octobre 2026 à Goma lors d’une déclaration à la résidence de Joseph Kabila, dans une zone contrôlée par le M23. Cette structure remplace l’Alliance Fleuve Congo (AFC), organisation politique liée au M23 depuis 2023. Joseph Kabila, président de la République démocratique du Congo de 2001 à 2019, prend la présidence du FRN. Sultani Makenga garde le commandement militaire du M23 et Corneille Nangaa, dirigeant de l’AFC, figure parmi les responsables politiques de la coalition. Cette annonce transforme une alliance rebelle régionale en un projet national affiché, qui vise à renverser le président Félix Tshisekedi.
Le FRN affiche son intention de mettre fin au pouvoir de Tshisekedi « par tous les moyens, y compris la force ». Cette déclaration intervient alors que Joseph Kabila, condamné à mort par contumace le 30 septembre 2025 par la justice militaire congolaise pour trahison, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, se présente désormais comme chef d’un mouvement armé. Cette condamnation, prononcée après la levée de son immunité parlementaire par le Sénat en mai 2025, a fortement limité ses options de retour politique légal à Kinshasa. Les accusations contre lui portent sur son aide présumé ou sa complicité avec la rébellion, ce que Kabila réfute.
Acteurs et chaîne de commandement
La direction du FRN associe Joseph Kabila à des cadres militaires et politiques du M23-AFC. Sultani Makenga, chef militaire du M23, figure parmi les adjoints de Kabila, tandis que Corneille Nangaa, dirigeant de l’AFC, occupe un rôle central de co-dirigeant politique. Cette organisation distingue une présidence politique confiée à l’ancien chef de l’État d’un commandement militaire assuré par les responsables du M23. Le FRN s’impose comme une reconfiguration institutionnelle de l’appareil AFC-M23, et non comme une entité totalement nouvelle sans lien avec la rébellion existante.
Contexte sécuritaire et territorial
Le M23 a repris Goma en janvier 2025 avec l’appui du Rwanda, selon les informations du NRC. La coalition contrôle aussi Bukavu et des territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ce qui lui donne une assise territoriale et politique plus large qu’une insurrection cantonnée à des zones rurales. L’annonce du FRN a donc eu lieu depuis une ville stratégique déjà sous contrôle rebelle, et non depuis une zone administrée par le gouvernement central. Cette implantation territoriale explique pourquoi l’annonce s’affiche comme une menace directe contre le pouvoir de Kinshasa et comme un facteur de complication pour les initiatives de paix, selon les analyses de l’Anadolu Agency et de la BBC.
Relations régionales et réactions internationales
Kinshasa accuse depuis longtemps le Rwanda de aider les opérations de l’AFC-M23, une position reprise par des experts des Nations unies et par des États comme les États-Unis. Le rapprochement public de Kabila avec les dirigeants du M23 renforce les soupçons de coopération entre l’ancien président et les réseaux rebelles soutenus par Kigali, alors qu’il niait auparavant tout lien avec le mouvement. La changement AFC-M23 en FRN donne à cette relation une dimension politique plus nette, en associant une figure institutionnelle nationale à une rébellion déjà implantée militairement. La Belgique a condamné le lancement du FRN, qualifiant ce mouvement de « déplorable » et soulignant l’internationalisation accrue du dossier congolais, comme le rapporte Africanews.
Position du gouvernement congolais et statut politique
Après l’annonce du FRN, le gouvernement congolais a accusé Joseph Kabila de préparer une offensive majeure contre le pouvoir. Kabila, pour sa part, conteste ces accusations et présente son mouvement comme une réponse à la gouvernance de Félix Tshisekedi, qu’il accuse de « tyrannie » et de ne pas avoir retenu ses propositions pour résoudre la crise dans l’est. Cette rhétorique marque le passage d’une opposition politique à une revendication assumée de changement de régime par une coalition politico-militaire. À ce stade, aucune décision gouvernementale détaillée concernant une nouvelle opération militaire, une négociation formelle avec le FRN ou une modification du structure légal n’a été signalée.
Chronologie politique et perspectives
Joseph Kabila, qui avait gardé une influence politique après son départ du pouvoir en 2019, n’avait pas publiquement assumé de lien avec le M23 avant l’annonce du FRN. Selon Africa Confidential, il avait été recruté en 2025 par Corneille Nangaa pour rejoindre l’alliance AFC-M23, sans toutefois la aider publiquement jusqu’à l’annonce d’octobre 2026. L’accession de Kabila à la tête du FRN intervient après une escalade judiciaire et politique qui a accru l’enjeu personnel de son retour dans le débat national. L’annonce du FRN, avec à sa tête un ancien chef d’État et des responsables militaires influents, ajoute une nouvelle dimension à la crise institutionnelle et sécuritaire qui touche la RDC et ses partenaires économiques, alors que la prochaine élection présidentielle est prévue en 2028 à la fin du second mandat de Félix Tshisekedi.
La situation reste tendue, avec une aggravation des tensions entre Kinshasa et la coalition rebelle, la fragilisation des perspectives de paix et une internationalisation croissante du dossier congolais, comme l’ont souligné l’Anadolu Agency et les autorités belges. Le FRN, qui revendique une changement nationale par la force, n’est pas reconnu comme parti civil et demeure une coalition armée opposée au gouvernement central.