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Infantino confronté à la fronde des fédérations sur l’ouverture du capital des compétitions FIFA

Infantino confronté à la fronde des fédérations sur l’ouverture du capital des compétitions FIFA Afrique-Asie © afrique-asie.com
Infantino confronté à la fronde des fédérations sur l’ouverture du capital des compétitions FIFA © afrique-asie.com
La proposition de Gianni Infantino d’ouvrir le capital des compétitions FIFA à des investisseurs privés provoque une opposition ferme de l’UEFA, de la CONCACAF et de l’AFC, qui menacent de boycotter les prochaines éditions.

Le climat s’est tendu dans le football mondial après que Gianni Infantino, président de la FIFA, a annoncé son intention de céder une part des compétitions de l’instance à des investisseurs privés. Ce projet s’inscrivait dans le structure du FIFA Forward Enterprise (FFE), une structure regroupant les activités commerciales et opérationnelles liées aux compétitions FIFA, dont les droits de diffusion et de sponsoring de la Coupe du monde. D’après la FIFA, la proposition prévoyait que l’instance garde la main sur cette entité tout en ouvrant une participation minoritaire à des investisseurs privés, avec une valorisation implicite d’environ 20 milliards de dollars et un objectif de levée de fonds pouvant atteindre 4,2 milliards de dollars.

Frank Paauw, président de la Fédération néerlandaise (KNVB), a pris position publiquement contre le projet. Il a pointé des failles dans le processus, la gouvernance et le contenu. Il a exigé le retrait immédiat de la proposition, jugeant qu’elle met en péril l’équilibre du football international. Plusieurs dirigeants européens ont partagé cette analyse, dénonçant le manque de consultation des fédérations et le risque de changer des actifs collectifs du football international en instruments financiers.

Boycott envisagé par l’UEFA et les autres confédérations

L’Europe a réagi avec force : Frank Paauw a déclaré que les 55 associations membres de l’UEFA refuseraient de participer aux compétitions FIFA tant que le projet resterait sur la table. Cette contestation s’est traduite par une menace collective de boycott, qui a rapidement trouvé un écho hors d’Europe. La CONCACAF (Amérique du Nord, centrale et Caraïbes) et l’AFC (Confédération asiatique) ont aussi rejeté la proposition et menacé de boycotter les prochaines Coupes du monde, affichant ainsi une opposition intercontinentale à l’ouverture du capital ou des droits économiques des compétitions FIFA à des investisseurs privés. Les dirigeants de ces confédérations ont rappelé dans une lettre commune que le football « n’appartient à aucun individu », contestant toute concentration excessive du pouvoir autour du président de la FIFA.

Le différend ne se limitait pas à une opération financière, mais concernait aussi la compétence du président de la FIFA à porter un projet de cette ampleur sans accord politique préalable des confédérations et associations nationales. Selon le structure réglementaire, le projet devait encore obtenir l’aval du Conseil de la FIFA et le aide de la majorité des 211 associations membres avant toute mise en œuvre. L’abandon du projet, annoncé officiellement le 31 juillet 2026, a levé la menace immédiate de boycott, mais l’UEFA a continué à réclamer des explications formelles sur le processus et les garanties empêchant une relance du dispositif.

La crise s’est accentuée avec la démission immédiate de Carlos Cordeiro, conseiller principal d’Infantino et ancien président de la Fédération américaine de soccer. Cordeiro a qualifié le projet de « mauvaise affaire pour le football » et a estimé que la FIFA disposait déjà de ressources financières importantes, rejoignant ainsi les critiques sur la nécessité et la pertinence de l’opération. Son départ a donné une dimension personnelle et politique à la controverse, dépassant la simple opposition technique à une structure d’investissement.

Enjeux financiers et gouvernance contestée

La proposition FFE visait à monétiser une partie des revenus futurs des compétitions FIFA, notamment la diffusion internationale et les contrats de sponsoring, sans vendre directement la propriété de la Coupe du monde. Les estimations publiées faisaient état d’une valorisation d’environ 20 milliards de dollars et d’un financement potentiel de 4,2 milliards de dollars. Parallèlement, Gianni Infantino avait proposé d’augmenter de 3,4 milliards de dollars les fonds destinés au développement du football mondial, selon la BBC. Ces montants illustrent l’enjeu financier de la réforme, mais aussi l’opposition des fédérations qui réclamaient plus de garanties sur la gouvernance et l’affectation des recettes.

Le projet a aussi été associé à Thrive Capital, société d’investissement dirigée par Josh Kushner, ce qui a renforcé les interrogations sur l’identité des investisseurs et les conditions financières de l’opération. Après le retrait de FFE, des assurances ont été données que le projet ne serait pas relancé sous la même forme, mais l’UEFA a exigé de la FIFA des réponses à 42 questions précises sur le processus de décision et la gouvernance, avec une échéance fixée au 2 novembre.

Infantino en visite officielle au Maroc et réactions internationales

Malgré la contestation, Gianni Infantino s’est rendu à M’diq, au Maroc, pour participer aux célébrations de la Fête du Trône, marquant le 27e anniversaire de l’accession au trône du roi Mohammed VI. Il a été reçu officiellement par le souverain, alors que le Maroc doit coorganiser la Coupe du monde 2030 avec le Portugal et l’Espagne, des rencontres du centenaire étant prévues en Argentine, au Paraguay et en Uruguay. Lors de l’événement, Infantino a salué l’accueil du peuple marocain et du roi, qualifiant le pays de « plus beau de tous » et prédisant une édition 2030 exceptionnelle.

Après le retrait du projet, Infantino a affirmé bénéficier du aide de la « grande majorité » du football mondial et a rejeté l’idée d’une démission. Cette défense montre que la controverse s’est transformée en crise de confiance autour de son leadership, et non plus seulement en débat sur la structuration des droits commerciaux. La position de la KNVB constitue toutefois un contrepoint institutionnel explicite, puisque la fédération néerlandaise a déclaré ne plus avoir confiance dans la direction de la FIFA sous Infantino. D’autres fédérations, dont celles du Maroc et de plusieurs pays arabes, ont au contraire maintenu leur aide au président de la FIFA. Le rapport de forces apparaît donc fragmenté : opposition forte en Europe, aide persistant dans plusieurs autres zones, et absence d’indication d’une procédure formelle immédiate de destitution.

La situation actuelle montre que les choix stratégiques de la FIFA restent sous surveillance des fédérations et confédérations, dont l’adhésion demeure indispensable à l’organisation des grandes compétitions. Les tensions autour de la gouvernance du football mondial s’inscrivent dans la continuité des débats sur l’influence et la représentation, comme l’illustre un précédent dossier sur les choix de carrière des jeunes talents. Pour étudier davantage la question de la gouvernance sportive internationale, on pourra consulter l’analyse du Monde ou le dossier du Figaro sur la crise institutionnelle à la FIFA.

Grâce Kouamé Rédactrice Afrique-Asie
Rédaction Afrique Asie

Grâce Kouamé

Grâce Kouamé est rédactrice à Afrique-Asie. Elle couvre principalement le football africain et international, tout en suivant plus largement l’actualité sportive, notamment les compétitions féminines, les clubs, les sélections nationales et d’autres grands événements sportifs.