Le Sénégal fait face à une impasse sur la gestion d’une dette publique qui atteint 132 % du PIB à la fin 2024, après le rejet du projet de loi de finances rectificative pour 2026 par la commission des finances et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale, le 23 octobre 2026. Ce refus, porté par la majorité parlementaire Pastef qui détient 130 des 165 sièges, bloque l’adoption du texte en séance plénière prévue le 27 octobre et complique la négociation d’un nouvel accord de financement avec le Fonds monétaire international.
La crise budgétaire actuelle s’inscrit dans le contexte de la révélation d’emprunts non déclarés ou sous-déclarés sous l’administration précédente, ce qui a conduit à une réévaluation massive de la dette publique sénégalaise. Selon le FMI, cette dette atteint désormais 132 % du PIB à la fin de 2024, un niveau record qui place la procédure budgétaire au cœur de la stratégie de restructuration financière du pays.
Le projet de budget rectificatif pour 2026 prévoit une nette dégradation des principaux indicateurs macroéconomiques. La prévision de croissance réelle du PIB a été abaissée à 2,7 % contre près de 5 % dans le budget initial. Le déficit public projeté s’élève à 7,6 % du PIB, contre 5,4 % précédemment. Cette détérioration est en grande partie due à la hausse des subventions énergétiques, qui passent de 250 milliards à 790,3 milliards de francs CFA, soit environ 1,36 milliard de dollars, selon les chiffres du gouvernement relayés par Reuters.
Pastef, par la voix de son président Ousmane Sonko, également président de l’Assemblée nationale, a exprimé ses réserves sur les arbitrages budgétaires, les modalités de financement et le manque de garanties apportées au Parlement. Le parti ne conteste pas le principe d’une révision budgétaire mais exige des modifications substantielles, notamment sur la transmission des accords conclus avec la Banque mondiale, la réduction du train de vie de l’État et l’encadrement des fonds spéciaux, souvent désignés comme « caisses noires ». Ces exigences témoignent d’un conflit qui porte autant sur la transparence et le contrôle parlementaire que sur le niveau du déficit.
Le bras de fer institutionnel entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, dirigeant de Pastef, cristallise un désaccord profond sur la trajectoire de désendettement et la répartition de l’effort budgétaire. La concentration des pouvoirs entre un exécutif dirigé par Faye et une majorité parlementaire contrôlée par Sonko transforme ce désaccord financier en affrontement institutionnel, bloquant un texte jugé indispensable à la stabilisation des finances publiques.
Enjeux financiers et calendrier sous tension
Le Sénégal a conclu début septembre 2026 un accord au niveau des services du FMI pour un programme de financement de 36 mois d’un montant de 2,2 milliards de dollars. Ce dispositif vise à aider le programme de réformes et à stabiliser les finances publiques après la réévaluation de la dette. Toutefois, l’approbation définitive de ce programme par le conseil d’administration du FMI reste en attente et dépend de l’adoption du budget rectificatif, condition importante pour rassurer les créanciers et enclencher la restructuration de la dette.
Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo a appelé publiquement Ousmane Sonko à présenter ses amendements et a demandé la poursuite du dialogue avant la séance plénière. Il a également averti que le gouvernement pourrait recourir à l’ensemble des instruments constitutionnels disponibles si le blocage persistait. L’enjeu immédiat est d’éviter le rejet du texte lors du vote du 27 octobre 2026, alors que la crédibilité du Sénégal auprès du FMI et des créanciers internationaux est en jeu.
Un rejet en séance plénière risquerait de retarder l’adoption du structure budgétaire sur lequel repose une partie du programme de redressement financier. Les conséquences potentielles concernent le calendrier du financement du FMI, la restructuration de la dette et la capacité du gouvernement à financer les subventions énergétiques prévues. Le budget rectificatif est également lié à la crédibilité des nouvelles hypothèses de croissance et de déficit après la découverte d’emprunts non déclarés, comme l’indiquent les analyses de Jeune Afrique.
La prochaine étape institutionnelle sera donc l’examen du projet de budget révisé en séance plénière, alors que l’exécutif et la majorité parlementaire cherchent un compromis pour éviter une crise budgétaire durable. Les observateurs soulignent que la résolution de ce blocage est déterminante pour la stabilité financière du pays et la poursuite du programme de réformes soutenu par le FMI.