Le 7 novembre 2026, Papa Saliou Ciss, connu sous le nom de Keylor, a quitté la prison de Rebeuss à Dakar après avoir purgé la partie ferme de sa peine, soit quinze jours de détention. Cette sortie intervient après la décision du tribunal des flagrants délits de Dakar, qui l'avait condamné le 4 novembre à six mois d'emprisonnement, dont quinze jours ferme, assortis d'une amende de 200 000 francs CFA (environ 300 euros selon les estimations de RFI). Le placement sous mandat de dépôt remontait au 23 octobre, soit douze jours avant le verdict.
L'affaire prend racine dans deux vidéos publiées sur TikTok, tournées dans des commerces de Dakar, où Keylor dénonçait l'indisponibilité de certaines marques d'eau et de produits locaux. Les images visaient, selon les comptes rendus judiciaires, des commerçants étrangers, notamment guinéens. Le parquet avait requis une peine plus lourde, soit six mois d'emprisonnement dont trois mois ferme. Le dossier opposait le créateur de contenu à la Fédération nationale des boutiquiers pour la modernisation, qui s'était constituée partie civile.
Le tribunal a retenu plusieurs chefs d'accusation : collecte illicite de données personnelles, atteinte à la vie privée, incitation à la discrimination ou à la haine raciale, conservation de données révélant l'origine raciale ou ethnique, ainsi que création et diffusion de messages à caractère racial ou xénophobe. Cette diversité de qualifications découle de la nature des vidéos, qui associaient captation d'informations dans des commerces et diffusion publique d'éléments susceptibles de révéler une origine raciale ou ethnique. L'ensemble des demandes civiles de la Fédération nationale des boutiquiers pour la modernisation a été rejeté par le tribunal, qui a débouté la partie civile.
Réactions et suites judiciaires
À sa sortie de prison, Papa Saliou Ciss a affirmé vouloir poursuivre son engagement, se présentant comme un " patriote " et un " nationaliste ", tout en annonçant une évolution de sa démarche afin de respecter la décision judiciaire, comme l'a rapporté la rédaction de Seneweb. La Fédération nationale des boutiquiers pour la modernisation, bien que déboutée de ses demandes de dommages et intérêts, a indiqué que la condamnation ne mettait pas fin à ses préoccupations concernant les vidéos et leurs conséquences. L'organisation a appelé ses membres à signaler toute menace aux autorités compétentes et a exclu toute forme de représailles, une position relayée par plusieurs médias sénégalais.
Ce dossier judiciaire s'inscrit dans un contexte où les réseaux sociaux occupent une place croissante dans les débats publics au Sénégal, illustrant les tensions autour de la régulation des contenus en ligne et de la protection des données personnelles. Les autorités judiciaires sénégalaises, par la voix du tribunal des flagrants délits de Dakar, rappellent ainsi les limites légales encadrant la liberté d'expression sur les plateformes numériques.