Depuis août 2022, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et les autorités nationales ont accompagné plus de 4 740 Sénégalais dans leur retour volontaire au pays. Sur ce total, 4 050 personnes ont reçu au moins une aide directe à la réintégration, que ce soit dans le commerce, le transport, l’élevage, l’agriculture, les services de transfert d’argent ou la couture.
Le Mécanisme national d’orientation (MNO) structure ce dispositif pour éviter que les migrants de retour ne se retrouvent isolés ou confrontés à des démarches éparpillées. La question centrale reste la capacité à maintenir ce soutien lorsque les financements extérieurs diminuent ou s’arrêtent.
Un dispositif sous pression financière
Le MNO coordonne les acteurs impliqués, du pays d’accueil à la réinsertion sur le territoire sénégalais. El Hadj Abdoul Karim Cissé, directeur des Sénégalais de l’extérieur, insiste sur la nécessité d’un suivi dans la durée pour limiter les risques de ré-émigration. Il précise que les migrants de retour rencontrent des difficultés économiques, sociales, psychologiques ou sanitaires.
La survie du mécanisme dépend désormais de la capacité des institutions nationales à prendre le relais des partenaires techniques et financiers. Aïssata Kane, cheffe de mission de l’OIM au Sénégal, rappelle que l’État doit rester le moteur du dispositif, les partenaires techniques n’ayant qu’un rôle d’appui. Le ministère concerné a déjà commencé à intégrer une part de son budget à cet accompagnement, mais la répartition des responsabilités et la mobilisation de ressources propres restent à renforcer. Les données officielles montrent que le budget alloué par l’État sénégalais à la réintégration des migrants de retour a progressé depuis 2022, même si la majorité des financements provient encore de partenaires internationaux comme l’Union européenne et l’OIM.
Vers un plan de durabilité institutionnelle
Un atelier organisé à Dakar les 21 et 22 octobre 2026 réunit une cinquantaine d’acteurs publics et privés pour finaliser le plan de durabilité du MNO. Ce plan s’articule autour de quatre axes : institutionnel, financier, opérationnel et partenarial. Il vise à garantir une prise en charge continue des besoins des migrants de retour, qu’il s’agisse d’appui économique, de soutien psychosocial, d’accès aux soins, de formation professionnelle ou d’intégration communautaire.
La réussite du dispositif dépendra de la coordination entre les ministères, les services déconcentrés, les collectivités locales, la société civile, les associations de migrants et les bénéficiaires eux-mêmes. Les représentants régionaux devront agir dans un cadre cohérent, avec des procédures de référencement partagées et des rôles clairement définis. La prochaine étape consistera à traduire les orientations retenues lors de l’atelier en engagements institutionnels, financiers et opérationnels concrets. Le ministère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, en collaboration avec l’OIM, prévoit de publier un rapport annuel sur l’état d’avancement du dispositif, conformément aux recommandations formulées lors de la réunion de Dakar. Ce suivi institutionnel s’inscrit dans la dynamique impulsée par les autorités sénégalaises et les partenaires internationaux, à l’image des engagements pris dans le cadre du Pacte mondial pour des migrations sûres et des orientations du ministère de l’Intérieur français en matière de coopération migratoire.