Sur le plateau de « Le Jury du dimanche » sur iRadio, l’économiste et universitaire Chérif Salif Sy a livré un constat direct : les crises politiques récentes ont entamé la réputation du Sénégal auprès de ses partenaires et observateurs internationaux. Il considère que cette dégradation de l’image peut se corriger, mais qu’elle impose une réorganisation stratégique axée sur l’intelligence économique et la mobilisation des compétences nationales.
Chérif Salif Sy met l’accent sur l’urgence de resserrer les liens entre universités, décideurs publics et secteur privé pour que le pays retrouve sa place sur la scène internationale. Il rappelle que le Sénégal possède des atouts reconnus, comme la qualité de ses ressources humaines et la présence de personnalités sénégalaises à la tête d’institutions majeures telles que l’UNESCO ou la Banque africaine de développement. Il cite Amadou-Mahtar M'Bow, Jacques Diouf et Babacar Ndiaye pour illustrer cette influence passée.
Les archives institutionnelles de l’UNESCO confirment le rôle central d’Amadou-Mahtar M’Bow dans l’histoire du multilatéralisme. Plusieurs dizaines de documents officiels conservés par l’organisation retracent son activité et son influence, illustrant la place de l’expertise sénégalaise dans les réseaux internationaux. Ces archives évoquent aussi des collaborations entre le Sénégal, l’UNESCO et le Programme des Nations unies pour le développement, notamment à travers des projets de formation des enseignants et de consolidation des capacités pédagogiques. Ce partenariat historique a structuré le système éducatif sénégalais et renforcé la visibilité du pays dans les enceintes internationales, comme l’attestent les fonds institutionnels de l’UNESCO.
Expertise nationale et visibilité internationale
Pour l’économiste, la faible visibilité actuelle des experts sénégalais dans les débats internationaux représente un risque. Il s’interroge : « Où sont les Sénégalais ? Où est l’expertise sénégalaise ? » et regrette que les spécialistes du pays soient trop peu présents dans les instances où se décident les grandes orientations économiques ou diplomatiques. Il appelle à une stratégie plus active pour aider la mobilité et la participation des experts nationaux dans les réseaux d’influence mondiaux.
Chérif Salif Sy souligne aussi l’importance d’intégrer davantage les think tanks et les experts indépendants dans l’élaboration des politiques publiques. Il estime que les administrations seules ne suffisent plus à anticiper les évolutions et à proposer des stratégies de long terme. Il salue la création d’un bureau d’intelligence économique et de prospective à la Présidence de la République sous Bassirou Diomaye Faye, tout en insistant sur la nécessité de clarifier son rôle institutionnel et ses liens avec les ministères concernés.
La présence d’Amadou-Mahtar M’Bow dans les archives de l’UNESCO, telle que recensée par le service du catalogue institutionnel, atteste de l’héritage sénégalais dans les organisations multilatérales. Les notices officielles mettent en avant la contribution du Sénégal à la coopération internationale, notamment dans l’éducation et le développement. Cependant, aucune donnée chiffrée récente ne permet de mesurer l’évolution de la participation sénégalaise dans les grandes institutions ou d’établir un classement de l’influence diplomatique du pays.
Anticipation et coordination comme leviers de redressement
La capacité à anticiper les mutations économiques ou géopolitiques reste, selon Chérif Salif Sy, un enjeu central pour le Sénégal. Il met en garde contre une gestion focalisée sur l’urgence au détriment de la réflexion stratégique. Pour lui, le développement du pays dépend d’une organisation cohérente des ressources humaines et intellectuelles, ainsi que d’une coopération renforcée entre acteurs publics, privés et académiques.
Dans ce contexte, les tensions sociales et politiques récentes, comme la grève générale rapportée à Dakar, illustrent les difficultés à relever pour restaurer la confiance et l’influence du Sénégal à l’international. Les archives de l’UNESCO rappellent que la coopération entre le Sénégal et les institutions internationales a permis la création d’un institut de formation des enseignants du secondaire et des inspecteurs de l’enseignement primaire, ainsi que la formation de spécialistes de la pédagogie, en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement. Ce précédent historique montre l’importance d’une stratégie de long terme fondée sur la connaissance et la coordination institutionnelle.
Chérif Salif Sy conclut que le pays dispose encore des ressources nécessaires pour se redresser, à condition de placer la prospective et la mobilisation des compétences nationales au cœur de sa stratégie. L’exemple d’Amadou-Mahtar M’Bow, reconnu par l’UNESCO, reste une référence pour inspirer une nouvelle génération d’experts sénégalais à s’engager dans les réseaux internationaux et à consolider la voix du Sénégal sur la scène mondiale.