La décision d’annuler le certificat de nationalité d’Alassane Ouattara, ancien Premier ministre et candidat déclaré à la présidentielle de 2000, a bouleversé l’équilibre politique ivoirien. Cette mesure prive Ouattara et le Rassemblement des Républicains (RDR) de toute chance de concourir à la prochaine élection, alors que la tension politique s’intensifie à Abidjan et dans le reste du pays.
Avant le scrutin présidentiel d'octobre 2000, la Côte d'Ivoire a adopté une nouvelle constitution à la suite d'un référendum. Selon l'Uppsala Conflict Data Program (UCDP), ce texte a introduit un critère d'éligibilité inédit : pour briguer la présidence, les deux parents du candidat devaient être nés en Côte d'Ivoire. Cette règle, inscrite dans une politique dite d'« ivoirité », a servi à limiter l’accès au pouvoir des élites du nord et des soutiens d’Alassane Ouattara. Le Conseil constitutionnel a appliqué ce critère de façon stricte, écartant Ouattara de la course présidentielle en invoquant des doutes sur ses origines et sa nationalité, au-delà de l’annulation de son certificat de nationalité.
L’UCDP indique que cette nouvelle règle constitutionnelle a eu un effet massif sur la compétition électorale : environ 70% des candidatures à la présidentielle de 2000 ont été invalidées par le Conseil constitutionnel, qui a ainsi procédé à une large filtration juridique. L’opposition a vu dans cette procédure un instrument d’exclusion politique, la règle sur l’origine des parents remplaçant l’exigence de citoyenneté ivoirienne. Les droits politiques des candidats pouvaient être contestés même en présence de documents attestant de leur lien avec la Côte d’Ivoire.
Affrontements et répression autour du RDR
La tension a grimpé après l’arrestation de plusieurs responsables du RDR et de députés à l’Assemblée nationale, à la suite d’affrontements violents avec la police lors d’une manifestation organisée le 27 octobre. Les militants du parti avaient prévu une marche pacifique suivie d’un sit-in devant les locaux de la télévision d’État pour dénoncer le contrôle gouvernemental sur les médias nationaux. La confrontation a fait des blessés parmi les manifestants et les forces de l’ordre, et a causé d’importants dégâts matériels, dont la destruction de bus de la Société des Transports Abidjanais, l’attaque d’un commissariat, la dégradation du siège du journal Fraternité Matin et le saccage du quartier général du RDR.
Après l’exclusion d’Alassane Ouattara, la scène politique s’est rapidement polarisée. Laurent Gbagbo, leader du Front Populaire Ivoirien (FPI), est devenu le principal adversaire du général Robert Guéï, chef du régime militaire. Selon l’UCDP, à l’annonce des premiers résultats, Guéï a dissous la Commission électorale et s’est autoproclamé vainqueur, déclenchant de vastes manifestations des partisans de Gbagbo. Sous la pression de la rue et après des affrontements avec les forces de sécurité, Guéï a quitté le pouvoir, ouvrant la voie à l’accession de Gbagbo à la présidence. Les partisans du RDR, estimant que leur candidat avait été injustement écarté, ont exigé la tenue de nouvelles élections, ce qui a mené à des affrontements de rue entre militants du RDR et du FPI à Abidjan.
Réactions dans le nord et précédent historique
Dans le nord du pays, des voix dénoncent ce qu’elles considèrent comme une exclusion arbitraire de leur représentant. Des réunions ont été convoquées dans plusieurs localités pour discuter de la crise politique, tandis que des personnalités de Kong, ville d’origine du père de Ouattara, ont exprimé leur opposition à toute tentative d’écarter leur « fils » de la vie politique. Les partisans du RDR redoutent que leur leader subisse le même sort que Djeni Kobina Kouame Georges, fondateur du parti, que les autorités avaient déclaré ghanéen. Un comité intérimaire dirigé par le professeur Guede Guina, scientifique ivoirien reconnu, a été désigné pour assurer la direction du RDR.
La crise de légitimité née de l’exclusion d’Alassane Ouattara et de l’application du critère d’« ivoirité » a profondément marqué la vie politique ivoirienne, provoquant une escalade des tensions et des affrontements entre camps rivaux. L’Uppsala Conflict Data Program souligne que la séquence d’événements – de la réforme constitutionnelle à la vague d’invalidation des candidatures, en passant par les violences post-électorales – a contribué à installer une défiance durable envers les institutions et à fragiliser le processus démocratique dans le pays.
Pour approfondir la chronologie et les conséquences de cette crise, le dossier du Uppsala Conflict Data Program propose une analyse détaillée des décisions institutionnelles et de leurs répercussions sur la société ivoirienne.