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Le Cameroun relance le dialogue communautaire pour convaincre les combattants séparatistes

Le Cameroun relance le dialogue communautaire pour convaincre les combattants séparatistes Afrique-Asie © afrique-asie.com
Le Cameroun relance le dialogue communautaire pour convaincre les combattants séparatistes © afrique-asie.com
Le Premier ministre Joseph Dion Ngute a lancé une nouvelle initiative de dialogue communautaire dans les régions anglophones du Cameroun afin d’inciter les combattants séparatistes à déposer les armes, misant sur l’implication des chefs traditionnels et des leaders locaux.

Le Cameroun ouvre une nouvelle étape de dialogue communautaire dans ses régions anglophones, avec le lancement officiel de l’initiative par le Premier ministre Joseph Dion Ngute à Buea le 28 septembre 2026, puis à Bamenda le 15 octobre. Cette démarche mobilise les chefs traditionnels, les autorités religieuses et les représentants locaux pour tenter de convaincre les membres des groupes armés de quitter la lutte armée et de rejoindre le programme de Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR).

Lors de la cérémonie à Bamenda, Joseph Dion Ngute a admis que les opérations militaires ne suffisaient pas à atteindre tous les combattants. Il a souligné que les familles et les leaders communautaires entretenaient des liens directs avec ceux qui restent actifs. Selon ses propos rapportés par Cameroon Tribune, « Nous devons mettre fin à cette guerre insensée. [...] Personne ne le fera à notre place ».

Un retour à la stratégie de 2019 et un contexte sécuritaire fragile

Cette relance du dialogue communautaire s’inscrit dans la continuité de la mission menée par Dion Ngute en 2019, peu après sa nomination. À l’époque, il avait déjà sollicité l’appui des chefs traditionnels et religieux pour aider les combattants à sortir de la clandestinité. Depuis, le gouvernement met en avant la réhabilitation d’infrastructures scolaires et sanitaires dans le structure du Plan présidentiel de reconstruction et de développement, ainsi que la réintégration de certains ex-combattants passés par les centres DDR.

Malgré ces efforts, l’insécurité persiste dans les régions concernées. Le rapport n°86 de l’ONU (OCHA) pour avril-juin 2026 fait état de violences armées, d’enlèvements contre rançon, d’arrestations arbitraires et de barrages illégaux. Selon le Conseil danois pour les réfugiés, près de 4 000 personnes issues de 787 ménages ont été déplacées entre le 13 avril et le 13 mai à la suite d’attaques et de violences intercommunautaires.

Investissements publics et limites du dialogue

La reprise de certaines activités économiques et la réhabilitation d’infrastructures ne marquent pas la fin de l’insécurité. À Bamenda, le Premier ministre a reconnu que la circulation restait difficile vers certains villages. Les projets d’investissement public, comme la route Ekondo-Titi–Mundemba dans le Sud-Ouest, restent entravés : un appel d’offres de 44,98 milliards de FCFA a été lancé le 16 octobre 2026 pour 54,124 km de route, mais le chantier n’a pas encore débuté, la sélection du prestataire étant en cours.

Les cérémonies de lancement ont mis en avant la présentation d’ex-combattants ayant déposé les armes (environ 25 à Buea et 30 à Bamenda selon Cameroon Tribune), mais sans preuve de négociations directes avec les chefs des groupes armés encore actifs. L’avocat Nkongho Felix Agbor, présent à Buea, a plaidé pour que les consultations s’élargissent aux familles déplacées et aux femmes, aux jeunes ou aux enseignants, afin que leurs préoccupations soient prises en compte, selon Cameroon News Agency.

Patrick Mbarga Cofondateur Afrique-Asie
Rédaction Afrique Asie

Patrick Mbarga

Patrick Mbarga est cofondateur d’Afrique-Asie. Il suit principalement l’économie, l’investissement et les infrastructures, avec une attention particulière portée aux entreprises, au commerce et aux transformations industrielles en Afrique.