À Istanbul, en novembre 1999, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie ont conclu un accord intergouvernemental pour démarrer le projet de pipeline Baku-Tbilissi-Ceyhan (BTC). Ce pipeline doit transporter jusqu’à un million de barils de pétrole par jour depuis la Caspienne jusqu’à la Méditerranée. Selon la Baku-Tbilisi-Ceyhan Company, le projet vise à exporter le brut « de manière sûre et responsable ». Il s’inscrit dans une stratégie de contournement des infrastructures russes et iraniennes et cherche à renforcer l’indépendance énergétique des pays du Caucase et d’Asie centrale.
Le BTC s’étend sur environ 1 768 km, partant du terminal de Sangachal en Azerbaïdjan, traversant la Géorgie et aboutissant à Ceyhan sur la côte méditerranéenne turque. Sa capacité nominale atteint 1 million de barils par jour. Au plus fort du chantier, près de 22 000 personnes ont travaillé sur le projet, dont 80 % venaient des pays traversés. Plus de 110 millions d’heures de travail et 220 000 soudures de tubes ont été nécessaires, ce qui fait du BTC l’un des chantiers d’ingénierie majeurs de son époque, selon l’opérateur BP Exploration (Caspian Sea) Limited.
Contexte et enjeux économiques
Le BTC découle directement de la valorisation du gisement pétrolier Azeri-Chirag-Guneshli, dont les droits d’exploitation ont été attribués en 1994 dans le cadre du « Contrat du siècle » à un consortium international. Depuis, l’Azerbaïdjan a signé des accords de partage de production avec des groupes comme Exxon, Unocal et Pennzoil. Deux premiers pipelines avaient été construits : l’un vers Novorossisk en Russie, l’autre vers Supsa en Géorgie, ce dernier fonctionnant à pleine capacité depuis avril 1999. Le pipeline vers Novorossisk a subi des interruptions à cause de la situation en Tchétchénie.
En 1998, les présidents de Turquie, Géorgie, Azerbaïdjan, Kazakhstan et Ouzbékistan ont adopté la Déclaration d’Ankara, désignant Baku-Ceyhan comme principal axe d’exportation pétrolière et soutenant un projet de gazoduc trans-caspien. Le financement du BTC repose sur la participation d’un consortium international et sur le soutien d’institutions financières américaines telles que la U.S. Trade and Development Agency, l’Export-Import Bank of the United States et l’Overseas Private Investment Corporation. Un centre de coordination du financement a été installé à Ankara. Selon la Baku-Tbilisi-Ceyhan Company, le pipeline génère des revenus importants pour les pays de transit et renforce leurs liens énergétiques avec les marchés occidentaux.
Montage financier et prochaines étapes
Le coût total du pipeline Baku-Ceyhan s’élève à environ 2,4 milliards de dollars, dont 1,4 milliard pour la section turque, garantie par l’État turc via la société nationale Botas. La signature des accords intergouvernementaux et des contrats de construction pose le cadre légal du projet, mais la mobilisation des financements dépendra de l’engagement effectif des expéditeurs et de la ratification des accords par les parlements concernés. Les prochaines étapes incluent la sélection des contractants pour les tronçons azerbaïdjanais et géorgien, la tenue d’une « open season » pour l’engagement des volumes à transporter, puis la finalisation du montage financier, attendue pour la fin de l’année suivante ou début 2001.
Le calendrier initial prévoyait une mise en service en 2004, mais la décision finale de construction n’a été prise qu’en juillet 2002. Les travaux se sont achevés en mai 2006, soit près de six ans et demi après la signature de l’accord intergouvernemental, ce qui illustre la complexité des défis techniques, financiers et politiques rencontrés lors de la traversée de trois États souverains.
En parallèle, un projet de gazoduc trans-caspien reliant le Turkménistan à la Turquie, avec un accord de vente de 16 milliards de mètres cubes par an, progresse aussi, même si des questions de tracé et d’acquisition foncière restent à régler, notamment en Géorgie. L’objectif affiché vise un bouclage financier fin 2000 et une première livraison de gaz à la Turquie d’ici fin 2002.
Conséquences régionales et limites
Le choix du tracé du BTC répond à la volonté d’assurer un accès direct de la mer Caspienne aux marchés internationaux, en évitant le transit par la Russie et l’Iran. Ce corridor énergétique a renforcé le partenariat stratégique entre l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie, tout en s’inscrivant dans la politique américaine de soutien à l’indépendance des nouveaux États du Caucase. Les autorités turques ont rappelé en 2024 que l’exploitation du BTC reste régie par l’accord intergouvernemental de 1999 et que l’opérateur du tronçon turc n’intervient pas dans l’achat ou la vente du pétrole.
La stratégie américaine de diversification des routes d’exportation ne vise pas à exclure la Russie, qui reste impliquée via le Caspian Pipeline Consortium et la participation de Lukoil dans l’AIOC. Les responsables américains insistent sur la nécessité pour les pays de la région de disposer de plusieurs voies d’accès aux marchés mondiaux, sans dépendre d’un seul itinéraire. Cependant, la viabilité commerciale du pipeline Baku-Ceyhan dépendra de la capacité à réunir les volumes nécessaires, notamment en provenance du Kazakhstan, du Turkménistan et d’autres producteurs de la région. Les discussions sur la répartition des risques, la sécurisation des investissements et l’acquisition des terrains se poursuivent, et la réalisation effective du projet dépendra de la concrétisation de ces engagements dans les mois à venir.
Depuis sa mise en service, le BTC reste le principal axe d’exportation du pétrole azerbaïdjanais vers la Méditerranée. En septembre 2026, selon Trend News Agency, le tronçon turc du pipeline a transporté 16,078 millions de barils, soit une moyenne de 535 900 barils par jour, un volume inférieur de 3,9 % à celui de l’année précédente et nettement en deçà de la capacité nominale. Cette fluctuation traduit la dépendance du BTC à la production azerbaïdjanaise et à la disponibilité du brut régional.
En 2026, il a été annoncé que l’opérateur BP Exploration (Caspian Sea) Limited cédera la gestion du pipeline à SOCAR Midstream Operations LLC à compter du 1er juillet 2026, couvrant l’ensemble des tronçons en Azerbaïdjan, Géorgie et Turquie. Cette transition marque une nouvelle étape dans la gouvernance du corridor énergétique, comme l’a souligné le ministère turc de l’Énergie.
Pour plus d’informations sur les enjeux énergétiques régionaux, consulter l’analyse du Monde ou le dossier du Figaro.