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Sahara occidental : le Polisario libère 300 prisonniers marocains après des décennies de captivité

Sahara occidental : le Polisario libère 300 prisonniers marocains après des décennies de captivité Afrique-Asie © afrique-asie.com
Sahara occidental : le Polisario libère 300 prisonniers marocains après des décennies de captivité © afrique-asie.com
Le 8 novembre 2003, 300 prisonniers de guerre marocains sont rapatriés depuis Tindouf. Leur libération, annoncée par le Front Polisario, intervient après une médiation libyenne. Plus de 600 captifs restent détenus.

Le 8 novembre 2003, trois cents Marocains détenus par le Front Polisario retrouvent la liberté dans la région de Tindouf, au sud-ouest de l'Algérie. Capturés pendant la guerre du Sahara occidental, certains avaient passé plus de vingt ans en captivité. Leur rapatriement vers le Maroc est organisé sous l'égide du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), après une initiative diplomatique libyenne. L'opération intervient douze ans après le cessez-le-feu de 1991, alors que le règlement politique du conflit reste bloqué.

Les anciens prisonniers sont conduits à l'aéroport de Tindouf après avoir été remis aux représentants de l'organisation humanitaire. Les préparatifs prévoient leur transport à bord de trois avions, avec une prise en charge assurée par les équipes du CICR. Les autorités libyennes mettent les appareils à disposition pour permettre leur retour au Maroc. Cette participation concrétise une médiation engagée auprès de la direction du Polisario avant l'annonce de leur libération.

Chaque prisonnier fait l'objet d'un entretien individuel avec les délégués du CICR. Les représentants de l'organisation vérifient notamment que les hommes souhaitent rentrer au Maroc de leur plein gré. Deux médecins participent à cette opération et assurent le suivi sanitaire des anciens captifs. Cette procédure précède leur embarquement et leur remise aux autorités marocaines. Après une détention aussi longue, la surveillance médicale constitue une part essentielle du rapatriement.

Une libération négociée avec l'intervention de Mouammar Kadhafi

Mohamed Abdelaziz, secrétaire général du Front Polisario, avait annoncé cette décision le jeudi 6 novembre 2003. Devant la presse, il avait expliqué que la libération répondait à une demande du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et intervenait à l'occasion du ramadan. Le responsable sahraoui présentait ce geste comme une décision humanitaire, conforme aux appels internationaux en faveur de la libération des prisonniers encore détenus après la guerre.

Saïf al-Islam Kadhafi, fils du dirigeant libyen, participe également aux démarches ayant précédé l'opération. Sa fondation travaille depuis plusieurs mois à obtenir cette remise en liberté. Le président algérien Abdelaziz Bouteflika rencontre Mohamed Abdelaziz et Saïf al-Islam Kadhafi avant le rapatriement. De son côté, le roi Mohammed VI reçoit un appel du dirigeant libyen l'informant de la prochaine libération de détenus marocains. Ces contacts mettent en évidence le rôle diplomatique joué par Tripoli dans cette opération.

Le transfert des trois cents hommes s'inscrit dans une série de libérations organisées au cours de l'année 2003. Une centaine de prisonniers avaient déjà été rapatriés en février, puis un groupe de 243 personnes avait retrouvé le Maroc au début du mois de septembre. Cette précédente opération est également documentée dans les archives photographiques du CICR, qui retracent le départ des anciens captifs depuis l'aéroport de Tindouf.

Avec le rapatriement de novembre, le nombre total de prisonniers marocains libérés sous les auspices du CICR depuis février atteint 643. L'organisation humanitaire indique toutefois que 614 hommes restent détenus par le Polisario dans la région de Tindouf. Plusieurs ont déjà passé plus de deux décennies loin de leurs familles. Pour eux, la cessation des hostilités en 1991 n'a pas entraîné la fin de leur captivité.

Le sort des prisonniers reste au cœur du conflit du Sahara occidental

Le conflit du Sahara occidental trouve son origine dans le retrait de l'administration coloniale espagnole en 1975 et dans les revendications concurrentes sur le territoire. Le Maroc en contrôle la majeure partie, tandis que le Front Polisario défend l'indépendance du Sahara occidental. Les affrontements armés prennent fin avec le cessez-le-feu de 1991, surveillé par une mission des Nations unies. Cette mission, connue sous le nom de MINURSO, est chargée d'accompagner le processus de règlement et l'organisation envisagée d'un référendum.

En juillet 2003, le Conseil de sécurité des Nations unies réaffirme son soutien aux efforts diplomatiques conduits par James Baker, envoyé personnel du secrétaire général Kofi Annan. Dans sa résolution 1495, il demande aussi au Polisario de libérer sans nouveau délai tous les prisonniers de guerre encore détenus, conformément au droit international humanitaire. Le Conseil appelle parallèlement les parties à coopérer avec le CICR pour éclaircir le sort des personnes disparues depuis le début du conflit.

Mohamed Abdelaziz affirme pour sa part que le Maroc détient 150 prisonniers de guerre sahraouis. Il évoque également environ 500 personnes dont le sort demeure inconnu ou qui auraient été enlevées. Ces chiffres constituent des déclarations du dirigeant du Polisario et s'inscrivent dans les accusations réciproques entourant les disparitions survenues pendant le conflit. La recherche des personnes manquantes reste un dossier distinct du rapatriement des prisonniers marocains.

Les visites régulières du CICR auprès des captifs encore détenus permettent de suivre leur état de santé et de maintenir des contacts avec leurs familles. L'organisation facilite notamment l'échange de messages Croix-Rouge et l'acheminement de colis. Le retour des trois cents hommes ne met donc pas fin à son intervention dans les camps de Tindouf, où plusieurs centaines de prisonniers attendent toujours d'être rapatriés.

Le 11 novembre 2003, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, salue officiellement la libération et le retour des trois cents prisonniers au Maroc. Il demande néanmoins que tous les autres captifs soient remis en liberté rapidement. Dans sa déclaration officielle, il appelle également à poursuivre les efforts destinés à établir le sort des personnes portées disparues. L'opération de novembre représente ainsi une avancée humanitaire tangible, mais laisse entière la question des 614 prisonniers marocains qui restent alors détenus par le Front Polisario.

Aminata Diop Rédactrice Afrique-Asie
Rédaction Afrique Asie

Aminata Diop

Aminata Diop s'intéresse aux relations internationales, en particulier aux événements qui concernent l'Afrique, l'Asie et les pays du Sud global. À Afrique Asie, elle suit l'actualité mondiale, les crises politiques et le rôle des organisations internationales.