Après une longue période sans nouvel enregistrement, Orchestra Baobab, figure de la scène musicale sénégalaise, annonce la sortie de l’album « Made in Senegal » ce vendredi. Ce projet introduit une nouvelle génération de musiciens dans le groupe, tout en préservant l’esprit qui a forgé la réputation de la formation depuis plus de cinquante ans.
Fondé à Dakar en 1970, Orchestra Baobab s’est imposé dès ses débuts comme un pilier des clubs et de la radio au Sénégal. Le groupe a bâti sa singularité sur une fusion entre la tradition griot wolof, la rumba congolaise, le mbalax sénégalais, le jazz et les rythmes afro-cubains. Après une séparation, la formation a repris ses activités au début des années 2000 et a gagné une reconnaissance internationale. L’album « Made in Senegal » rassemble les premières chansons originales depuis « Tribute to Ndiouga Dieng » en 2017, un hommage à l’un des chanteurs fondateurs disparus, ce qui explique l’intervalle de près d’une décennie entre deux albums de compositions inédites.
Le groupe, reconnu pour sa fusion entre rythmes afro-cubains, jazz, rumba congolaise, mbalax sénégalais et traditions wolof, a vu ses membres historiques transmettre le flambeau à des artistes plus jeunes. Parmi eux, la chanteuse Korka Dieng, première femme à rejoindre l’orchestre en 2023, incarne ce renouvellement. Elle souhaite préserver l’originalité qui a permis à l’ensemble d’atteindre son statut légendaire, tout en y apportant sa propre sensibilité. La majorité des nouveaux membres ont entre 30 et 40 ans, ce qui marque une transition générationnelle et une ouverture de la structure traditionnellement masculine du groupe.
Transmission et héritage musical
Le percussionniste Mountaga « Taga » Koite, dernier membre fondateur encore actif, souligne que les nouveaux venus, âgés pour la plupart de 30 à 40 ans, assurent la continuité du groupe. Selon lui, cette relève permettra à Orchestra Baobab de franchir le cap du centenaire. Le guitariste Yahya Fall, 76 ans, évoque une « fraîcheur » et une « nouveauté » dans les nouvelles compositions, sans trahir l’âme du collectif.
Le nouvel album comprend douze titres, dont environ la moitié sont des créations inédites, la plupart n’ayant jamais figuré sur les précédents albums du groupe. Parmi elles, « Gorgorlou », composée par le saxophoniste et tromboniste Wilfried Zinsou, rend hommage à la figure du travailleur acharné, le terme wolof désignant une personne qui lutte au quotidien pour subvenir à ses besoins. « Wida », signée par le guitariste « Bolero » Lagratte, fait référence au port historique d’Ouidah au Bénin et à sa « porte du non-retour », symbole de la mémoire de la traite transatlantique. Lagratte a rejoint le groupe après le décès du guitariste fondateur Barthelemy Attisso en 2021. Plusieurs figures historiques, dont Balla Sidibe, Rudy Gomis et Issa Cissokho, ont également disparu au début des années 2020. L’album s’ouvre sur « Anna Maria », une chanson associée à Rudy Gomis, reprise ici par Zacharia Koïté, dit Papino, ce qui souligne la volonté du groupe de préserver le lien avec son répertoire historique.
Un ancrage à Dakar et une ouverture nationale
Orchestra Baobab, qui a dominé la scène nocturne de Dakar dès sa création en 1970 avant de connaître une reconnaissance internationale dans les années 2000, continue de se produire dans la capitale sénégalaise. Le groupe prévoit aussi une tournée dans les régions du pays, une première dans son histoire, afin de présenter le nouvel album au public au-delà de Dakar, comme l’a annoncé le directeur musical Thierno Koïté le 20 octobre 2026. Lors d’un concert récent au club Just For You, la performance du morceau « Utrus Horas » a déclenché une vague d’enthousiasme parmi le public, illustrant la fidélité de ses admirateurs de toutes générations.
Pour de nombreux fans, l’orchestre reste un symbole de mémoire et de résilience. « Je dansais sur Orchestra Baobab à 15-16 ans et encore aujourd’hui », confie Moustapha Samb, 62 ans. La chanteuse Korka Dieng observe que le public prend conscience de la présence d’une nouvelle génération au sein du groupe, sans que l’identité musicale originelle ne soit diluée. Le précédent album de chansons originales, « Tribute to Ndiouga Dieng », remontait à 2017 et rendait hommage à un chanteur fondateur disparu. Selon Mountaga Koite, chaque nouveau musicien a su trouver sa place, et la magie opère toujours dès les premières notes.
Wilfried Zinsou, représentant la nouvelle vague du collectif, qualifie Orchestra Baobab de « patrimoine national » du Sénégal. Le groupe poursuit ses tournées à l’international, notamment en Europe, tout en adaptant son répertoire grâce à l’apport des jeunes musiciens et à la création de nouveaux titres, sans renier l’essence de son identité musicale. Ces évolutions sont régulièrement relayées par des médias de référence tels que France 24 et AllAfrica.