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Mauritanie : la tentative de coup d’État de juin 2003 plonge Nouakchott dans les combats

Accès temporairement restreint au site lematin.ma pour vérification de sécurité Afrique-Asie © afrique-asie.com
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Les 8 et 9 juin 2003, une tentative de coup d’État militaire secoue la Mauritanie. À Nouakchott, les combats s’accompagnent de pillages et d’une interruption de la radio nationale, tandis que le pouvoir affirme reprendre le contrôle.

Dans la nuit du 7 au 8 juin 2003, des affrontements éclatent dans plusieurs secteurs de Nouakchott. Des unités de l'armée mauritanienne tentent de renverser le président Maâouiya Ould Sid'Ahmed Taya, au pouvoir depuis près de dix-neuf ans. Les combats se concentrent autour des principaux bâtiments militaires et du palais présidentiel. Dès les premières heures, les autorités assurent que les forces restées fidèles au chef de l'État ont repris l'avantage. Sur le terrain, les échanges de tirs se poursuivent et la population demeure dans l'incertitude.

La radio nationale, silencieuse depuis le début des affrontements, reprend brièvement ses programmes dans la matinée du dimanche 8 juin. Son directeur général diffuse un message appelant les habitants à rester chez eux et affirmant que la situation est maîtrisée sous l'autorité du président Ould Taya. Cette intervention doit rassurer une capitale où circulent des informations contradictoires sur le déroulement du soulèvement. Quarante-cinq minutes plus tard, la station cesse de nouveau d'émettre, sans fournir d'explication.

L'interruption des programmes prive les habitants d'un canal officiel d'information au moment où les combats touchent le centre politique de la capitale. Les annonces gouvernementales ne suffisent pas à dissiper les interrogations sur le contrôle réel des installations stratégiques. Plusieurs témoignages signalent alors de nouveaux mouvements armés et des troubles dans les quartiers proches des institutions publiques.

Combats autour du palais présidentiel et pillages dans la capitale

Les affrontements concernent notamment les abords de la présidence, le quartier général de l'armée et une caserne abritant des véhicules blindés. Des tirs sont également signalés près des installations de la radio et de la télévision publiques. Les militaires insurgés disposent d'une partie des moyens blindés de l'armée, ce qui complique la riposte des forces loyalistes. Les échanges de feu se prolongent pendant la nuit et une partie de la journée de dimanche.

Au moins un avion survole à plusieurs reprises Nouakchott pendant les opérations. L'appareil, que des témoignages attribuent aux insurgés, provoque des tirs de défense antiaérienne lors de ses passages. Ces mouvements renforcent la confusion sur les positions effectivement tenues par chaque camp. Les combats se déroulent dans une ville où les principaux centres de commandement se trouvent relativement proches les uns des autres.

La désorganisation des services de sécurité favorise parallèlement des pillages. Des témoins rapportent que le bâtiment de la radio nationale, le ministère de l'Éducation et des installations douanières ont été saccagés. Des détenus de droit commun auraient participé à ces dégradations après s'être échappés de la prison civile voisine du quartier général de la gendarmerie. Les gardiens auraient abandonné leurs postes lorsque les combats se sont rapprochés de l'établissement pénitentiaire.

Dans la nuit, des responsables proches de la présidence déclarent que le soulèvement a échoué. Ils évoquent encore des groupes de militaires rebelles opposant une résistance dans certains secteurs de Nouakchott. L'entourage présidentiel affirme également que Maâouiya Ould Taya est hors de danger et dirige personnellement les opérations depuis le palais présidentiel. Ces assurances interviennent alors que des témoignages contradictoires continuent de circuler sur la situation de cette résidence officielle.

Le dimanche après-midi, les autorités n'ont toujours pas présenté publiquement les officiers soupçonnés d'avoir organisé le putsch. Les insurgés ne diffusent aucune déclaration radiophonique permettant d'identifier leurs responsables ou d'exposer leurs revendications. Le 9 juin, après de nouveaux affrontements, le président annonce finalement l'échec de la tentative de coup d'État. Il indique que les forces loyalistes ont dû neutraliser les blindés passés sous le contrôle des militaires rebelles avant de rétablir leur autorité dans la capitale.

Un soulèvement sur fond de tensions politiques et diplomatiques

Maâouiya Ould Taya dirige la Mauritanie depuis décembre 1984, date à laquelle il a pris le pouvoir à la faveur d'un coup d'État militaire. Le pays a ensuite adopté le multipartisme en 1991, avant l'organisation de l'élection présidentielle de 1992, remportée par le chef de l'État. Réélu en 1997, il s'apprêtait à briguer un nouveau mandat lors du scrutin fixé au 7 novembre 2003. La rébellion de juin constitue une rupture majeure dans les rapports entre le président et une partie de l'institution militaire.

La tentative de putsch survient dans un climat marqué par une campagne d'arrestations visant les milieux islamistes. Au début du mois de juin, la police a déjà interpellé plusieurs dizaines de personnes soupçonnées par les autorités de menacer la sécurité nationale. Selon les informations diffusées à l'époque, trente-deux d'entre elles ont été inculpées le 3 juin pour complot contre l'ordre constitutionnel, incitation à porter atteinte à la sécurité intérieure et extérieure du pays et création d'organisations non autorisées. Ces poursuites alimentent les tensions avec des mouvements religieux et des opposants au gouvernement.

La politique étrangère du président suscite également des contestations. Le rapprochement avec les États-Unis et les relations entretenues avec Israël ont provoqué plusieurs manifestations. Le 28 octobre 1999, la Mauritanie et Israël avaient officialisé l'établissement de relations diplomatiques complètes à Washington, lors d'une cérémonie réunissant leurs ministres des Affaires étrangères en présence de Madeleine Albright, alors secrétaire d'État américaine. Cette décision, documentée par le département d'État américain, avait placé Nouakchott parmi les rares capitales arabes entretenant des relations officielles avec Israël.

Les conséquences humaines du soulèvement apparaissent plus clairement après la fin des combats. Les autorités mauritaniennes annoncent un bilan de quinze morts, dont des civils, et de soixante-huit blessés, chiffres repris dans le rapport annuel d'Amnesty International consacré aux événements de 2003. La reprise du contrôle de Nouakchott s'accompagne ensuite d'arrestations de militaires soupçonnés d'avoir participé au mouvement.

Dans les semaines suivantes, la répression du putsch soulève de nouvelles préoccupations concernant les conditions de détention. Human Rights Watch indique dans une lettre du 2 septembre 2003 qu'environ une centaine d'officiers ont été arrêtés les 9 et 10 juin, plusieurs ayant été maintenus à l'isolement sans accès à leurs proches ni à leurs avocats. L'organisation demande le respect des garanties judiciaires pour les personnes détenues. Le président Ould Taya conserve le pouvoir après l'échec de cette rébellion, tandis que les poursuites visant les militaires accusés d'y avoir participé prolongent les répercussions politiques des journées de juin.

Aminata Diop Rédactrice Afrique-Asie
Rédaction Afrique Asie

Aminata Diop

Aminata Diop s'intéresse aux relations internationales, en particulier aux événements qui concernent l'Afrique, l'Asie et les pays du Sud global. À Afrique Asie, elle suit l'actualité mondiale, les crises politiques et le rôle des organisations internationales.