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Les importations d’or du Cameroun vers le Rwanda chutent de 73 % en 2025

Les importations d’or du Cameroun vers le Rwanda chutent de 73 % en 2025 Afrique-Asie © afrique-asie.com
Les importations d’or du Cameroun vers le Rwanda chutent de 73 % en 2025 © afrique-asie.com
Le Rwanda a réduit ses achats d’or non monétaire en provenance du Cameroun à 1,8 tonne en 2025, selon les données du commerce international, malgré le maintien du Cameroun comme premier fournisseur déclaré.

Le Rwanda a déclaré avoir importé 1 817 kg d’or non monétaire brut du Cameroun en 2025, pour une valeur de 120,26 millions de dollars (environ 67,9 milliards de francs CFA au taux indicatif de 565 CFA pour un dollar). Ce chiffre affiche une baisse de 73,1 % par rapport aux 6 746 kg enregistrés en 2024, d’après les données du World Integrated Trade Solution (WITS) issues de la base UN Comtrade. En valeur, la diminution atteint 70,9 %.

Malgré cette chute, le Cameroun conserve la place de principal pays d’origine déclaré pour les importations rwandaises d’or non monétaire en 2025. Les achats attribués au Cameroun représentent 39,9 % du total des importations rwandaises sous le code douanier HS 710812, soit 301,1 millions de dollars. La Tanzanie suit avec 77,95 millions de dollars pour 1 729 kg, puis le Kenya avec 72,62 millions de dollars pour 1 341 kg. Le Burkina Faso et l’Afrique du Sud figurent aussi parmi les origines déclarées.

Contexte régional et divergences statistiques

La baisse des volumes venus du Cameroun s’inscrit dans une contraction générale des achats rwandais d’or non monétaire, dont la valeur totale est passée de 1,54 milliard de dollars en 2024 à 301,1 millions en 2025. Avant ce retournement, les importations rwandaises d’or attribuées au Cameroun avaient doublé entre 2023 (3 060 kg) et 2024 (6 746 kg), avant de tomber à 1 817 kg en 2025.

La situation diffère pour l’Ouganda, qui a déclaré avoir importé 3 321 kg d’or non monétaire du Cameroun en 2025, pour une valeur de 377,18 millions de dollars, contre 3 175 kg en 2024 (248,18 millions de dollars). Ensemble, le Rwanda et l’Ouganda ont rapporté 5 138 kg d’or importés du Cameroun en 2025, pour un montant cumulé de 497,44 millions de dollars (environ 281 milliards de francs CFA).

Écarts persistants entre les données douanières

Les écarts entre les statistiques du Cameroun et celles de ses partenaires commerciaux demeurent. Le rapport 2023 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) du Cameroun, publié en décembre 2025, indique que la douane camerounaise n’a enregistré que 22,31 kg d’exportations d’or en 2023, pour une valeur de 904,14 millions de francs CFA, à destination de l’Italie, des Émirats arabes unis, des États-Unis et du Portugal. Ni le Rwanda ni l’Ouganda ne figurent parmi ces destinations officielles.

Pour la même année, les données miroir de WITS montrent que l’Ouganda a déclaré 1 117 kg d’or importés du Cameroun, et le Rwanda 3 060 kg. Le rapport ITIE relève ces écarts, notant que les importateurs ont attribué 15 194 kg d’or au Cameroun en 2023 sous la rubrique HS 7108, une classification plus large que le code HS 710812 utilisé pour les déclarations de 2025.

Traçabilité et limites des données disponibles

La traçabilité de l’or reste un enjeu dans la région des Grands Lacs. Selon un rapport du Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC) publié le 28 janvier 2026, des flux d’or venus du Sud-Kivu (République démocratique du Congo) continuent d’alimenter le Rwanda, alors que les importateurs rwandais déclarent des provenances multiples, dont le Cameroun, mais pas la RDC. L’analyse du GI-TOC s’appuie sur des statistiques partielles de 2024, les chiffres de 2025 n’étant pas encore disponibles lors de la rédaction du rapport. Les données déclaratives des importateurs ne permettent pas d’établir l’origine réelle de l’or attribué au Cameroun, ni les routes empruntées ou les opérateurs impliqués. Une comparaison détaillée des déclarations d’importation du Rwanda et de l’Ouganda avec les enregistrements douaniers camerounais et les documents d’expédition serait nécessaire pour lever ces incertitudes.

Le ministère camerounais des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, ainsi que l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), rappellent régulièrement la nécessité de consolider les mécanismes de contrôle et de certification de l’or exporté afin de limiter les écarts statistiques et d’garantir une meilleure traçabilité. Cette question de traçabilité est aussi suivie par des institutions internationales telles que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui promeut des standards pour la diligence raisonnable dans les chaînes d’approvisionnement en minerais, notamment dans la région des Grands Lacs africains standards de l’OCDE.

La Banque mondiale, à travers ses rapports sur la gouvernance des ressources naturelles, met en avant l’importance de la transparence et de la coopération régionale pour lutter contre le commerce illicite de l’or et améliorer la collecte des recettes publiques analyse de la Banque mondiale.

Patrick Mbarga Cofondateur Afrique-Asie
Rédaction Afrique Asie

Patrick Mbarga

Patrick Mbarga est cofondateur d’Afrique-Asie. Il suit principalement l’économie, l’investissement et les infrastructures, avec une attention particulière portée aux entreprises, au commerce et aux transformations industrielles en Afrique.