Afrique, Asie - informer, analyser, comprendre

Le running marocain cherche un nouveau souffle populaire

Le running marocain cherche un nouveau souffle populaire Afrique-Asie © afrique-asie.com
Le running marocain cherche un nouveau souffle populaire © afrique-asie.com
La pratique du running connaît un essor inédit au Maroc depuis la pandémie, mais l’accessibilité, l’égalité femmes-hommes et la santé des coureurs restent des défis majeurs pour transformer cet engouement en progrès durable.

Chaque semaine, des milliers de Marocains s’élancent sur les routes, dans les forêts ou sur les pistes, portés par un engouement pour le running qui s’est renforcé après la crise sanitaire. Cette vague touche aussi bien les grandes villes comme Casablanca, Marrakech ou Rabat que les zones rurales, et interroge sur l’accès effectif à ce sport pour tous les publics.

Le running s’est installé comme une discipline ouverte, pratiquée seul ou en groupe, sans exigence d’équipement sophistiqué ni d’infrastructure lourde. Pourtant, la hausse des inscriptions et la multiplication des courses urbaines mettent en lumière de nouveaux défis. Les organisateurs doivent composer avec une communauté issue des classes populaires et moyennes, pour qui le coût d’inscription peut peser. Selon l’analyse de Yabiladi, la tendance à calquer les tarifs sur les standards européens ou américains, alors que les organisateurs bénéficient de ressources publiques comme les routes ou les services d’urgence, pose la question de la responsabilité sociale et de la nécessité de maintenir des frais adaptés au niveau de vie local. L’influence de grandes enseignes comme Decathlon revient souvent dans les discussions sur la démocratisation de l’équipement, mais aucun indicateur officiel ne permet d’évaluer l’impact réel sur l’accessibilité financière.

Des courses à la croisée des enjeux sociaux

Les grandes épreuves nationales, soutenues par des fonds publics et organisées dans les principales métropoles, profitent d’infrastructures et de services municipaux. Leur mission première reste la promotion du sport amateur, ce qui implique de maintenir des frais d’inscription adaptés au niveau de vie local. L’organisation doit répondre aux attentes internationales sans écarter la diversité sociale des participants. D’après les chiffres avancés par la Fédération royale marocaine d’athlétisme (FRMA) et relayés par Yabiladi, le Maroc compterait 22 000 membres de clubs en 2024, avec un objectif affiché de 200 000 licenciés à moyen terme. Ces données, attribuées à la FRMA, illustrent l’écart entre la pratique informelle et l’adhésion structurée, les amateurs constituant un vivier essentiel pour l’avenir de l’athlétisme national, notamment chez les jeunes.

Dans un entretien accordé à LesEco.ma, Bouchta El-Fadel, impliqué dans l’organisation du marathon de Casablanca, indique que les priorités des grands événements urbains sont la qualité de l’organisation, la sécurité, l’expérience des participants et la mobilisation des partenaires. Cette approche montre que les courses majeures sont conçues comme des rendez-vous sportifs et citoyens, mais les détails sur les budgets, les tarifs d’inscription ou le soutien municipal ne sont pas publiquement documentés.

Égalité et sécurité au cœur de la pratique

La question de l’égalité femmes-hommes s’impose dans l’espace public. Si les femmes rejoignent de plus en plus les groupes de running, beaucoup hésitent encore à courir seules, en raison du risque de harcèlement. Selon Yabiladi, la sécurité des coureuses dépend d’une mobilisation collective : codes de conduite internes, procédures de signalement et campagnes de sensibilisation sont évoqués comme leviers pour garantir un environnement sûr. Des figures comme Nawal El Moutawakel et Nezha Bidouane sont régulièrement citées comme modèles pour faire progresser les droits des femmes dans la course à pied.

L’inclusion des enfants et des personnes en situation de handicap reste limitée. Les courses pour enfants sont rares et souvent payantes, ce qui freine la découverte du sport dès le plus jeune âge. Les personnes malvoyantes ou à mobilité réduite participent peu, faute de dispositifs adaptés. Une coopération renforcée avec la Fédération royale marocaine des sports pour personnes en situation de handicap (FRMSPSH) est attendue pour ouvrir la pratique à tous.

Prévenir les dérives et accompagner la progression

L’essor du running s’accompagne de nouveaux risques pour la santé des amateurs, notamment l’usage inapproprié de médicaments ou de substances dopantes. Un encadrement médical adapté et des campagnes d’information sont nécessaires pour prévenir les conséquences parfois irréversibles de ces pratiques. L’objectif affiché est double : bâtir une société plus saine et permettre aux jeunes talents, femmes et hommes, de franchir le cap de l’amateurisme vers la compétition en club ou au haut niveau.

Le running marocain, fort de son héritage — de Rhadi Ben Abdesselam à Hicham El Guerrouj, en passant par Nawal El Moutawakel —, se trouve à un tournant. Sa capacité à rester un sport populaire, accessible et inclusif déterminera l’avenir de l’athlétisme national et la santé de la société marocaine. Pour approfondir la réflexion sur les politiques sportives nationales, il est possible de consulter les analyses du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication ou les entretiens avec les organisateurs de grands événements comme le marathon de Casablanca.

Grâce Kouamé Rédactrice Afrique-Asie
Rédaction Afrique Asie

Grâce Kouamé

Grâce Kouamé est une figure éditoriale ivoirienne dont la spécialisation couvre l'actualité sportive, sans se limiter à une discipline particulière. Ses principaux centres d'intérêt sont les compétitions africaines et internationales, les parcours des athlètes et le développement des pratiques sportives.