Lors de la conférence Build 2026 à Abuja, organisée par le Nigeria AI Collective, le ministre nigérian des communications, de l’innovation et de l’économie numérique, Bosun Tijani, a dévoilé une proposition pour mutualiser les infrastructures de calcul en intelligence artificielle avec le Rwanda, le Sénégal et le Kenya. Cette démarche vise à donner aux chercheurs et développeurs africains un accès à une puissance de calcul suffisante pour concevoir et entraîner des modèles d’IA de grande taille, en regroupant les ressources GPU disponibles dans ces pays.
Selon Bosun Tijani, représenté à l’événement par Olubunmi Ajala, directeur national du National Centre for Artificial Intelligence and Robotics (NCAIR), l’initiative cherche à dépasser les limites techniques rencontrées par chaque pays pris séparément. Il a précisé que le projet relierait les GPU nigérians à ceux financés par la Gates Foundation au Rwanda, ainsi qu’aux ressources similaires au Sénégal et au Kenya. Cette mutualisation permettrait de traiter des tâches de calcul intensif, comme l’entraînement de grands modèles de langage, qui dépassent la capacité d’un seul pays.
Contraintes d’infrastructure et ambitions nationales
Le ministre a relevé que l’accès à l’électricité, la connectivité internet, le cloud computing et les puces spécialisées freinent le développement de l’IA sur le continent. Il a rappelé qu’environ 20 millions de Nigérians restent sans accès à Internet, et que le gouvernement poursuit un programme d’extension de la fibre optique pour améliorer la couverture. Concernant l’approvisionnement en puces avancées, Tijani a évoqué les difficultés liées à la disponibilité, au coût et aux enjeux géopolitiques. Il a aussi mentionné le projet de data park Nigeria-Togo à Egbe, où près de 60 % de la capacité électrique disponible ne serait pas utilisée, comme piste pour renforcer l’infrastructure régionale.
Le Nigeria entend soutenir ses propres besoins et ceux de l’Afrique de l’Ouest à travers cette stratégie. Tijani a indiqué que le pays a progressé dans l’AI Readiness Index d’Oxford, passant de la 103e à la 73e place en deux ans, et que la stratégie nationale vise à intégrer le top 25 % mondial en matière de préparation à l’IA. Selon le ministère nigérian des communications, cette progression s’inscrit dans le plan national pour l’économie numérique, adopté en 2020, qui prévoit des investissements dans les infrastructures numériques et la formation de 1 million de jeunes aux compétences numériques d’ici 2027.
Gouvernance et financement du projet collectif
La conférence Build 2026, selon Osasuyi Dirisu, directrice exécutive du Policy Innovation Centre (PIC), avait pour but de réunir les parties prenantes et innovateurs afin de concevoir des solutions concrètes pour l’infrastructure IA en Afrique. Le Nigeria AI Collective, qui porte l’initiative, bénéficie du soutien financier de Luminate, AI Collaborative, Ford Foundation et MacArthur Foundation. Sa gestion est assurée par le PIC, la Lagos Business School (LBS), Data Science Nigeria (DSN) à la Pan-Atlantic University, le Centre for Journalism, Innovation and Development (CJID) et le NCAIR.
Le projet s’inscrit dans une dynamique continentale visant à renforcer la souveraineté numérique de l’Afrique, comme le souligne le rapport de l’Union africaine sur la transformation digitale. Les discussions entre les gouvernements concernés devraient aboutir à la signature d’accords de coopération technique et à la mise en place d’un cadre de gouvernance partagé pour l’exploitation des ressources de calcul. Selon le ministère nigérian de l’innovation, la première phase opérationnelle pourrait débuter dès 2025, avec l’objectif de rendre accessible une plateforme commune de calcul haute performance à l’ensemble des chercheurs partenaires.
Pour accompagner cette ambition, le gouvernement nigérian prévoit d’augmenter les investissements publics dans les infrastructures numériques, conformément aux recommandations de la Banque mondiale et de l’Union internationale des télécommunications UIT, afin de réduire la fracture numérique et d’accélérer l’adoption de l’intelligence artificielle sur le continent.