Le ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat (MINPMEESA) du Cameroun a indiqué le 20 octobre avoir ouvert des discussions avec des responsables britanniques pour soutenir la modernisation de l’industrie locale de transformation du bois. L’objectif consiste à faciliter l’accès au financement et aux équipements pour les PME du secteur, alors que l’industrie évolue et que la pression sur les exportations de grumes s’accentue.
La réunion a rassemblé le ministre Achille Bassilekin III, le conseiller forestier britannique Neil Scotland, la chargée d’affaires Samantha Smith et Euan McCarthy, conseiller régional Climat et Environnement pour l’Afrique centrale. Selon le ministère, les échanges ont porté sur le renforcement de la coopération bilatérale, le développement des PME forestières, la modernisation des équipements de production, le transfert de technologies et la mobilisation de financements adaptés aux besoins des entreprises camerounaises. Aucun engagement financier précis ni calendrier d’exécution n’a cependant été communiqué à ce stade.
Pression sur la transformation locale et mesures fiscales
Le Cameroun s’aligne sur la dynamique régionale lancée par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), dont le Conseil des ministres a fixé en février 2024 l’objectif d’un arrêt total des exportations de grumes à compter du 1er janvier 2028. Cette orientation vise à transférer la création de valeur et les emplois de la filière bois vers la transformation locale, notamment le sciage, le séchage et la fabrication de produits finis.
Pour accompagner cette transition, les autorités camerounaises ont augmenté les droits d’exportation sur les grumes de 17,5 % à 75 % de la valeur FOB entre 2017 et 2024, une mesure fiscale destinée à rendre l’exportation de bois brut moins attractive et à stimuler la transformation sur le territoire national. Parallèlement, l’exportation de 76 essences de bois a été restreinte, constituant un régime transitoire en attendant l’entrée en vigueur du bannissement régional. Selon les données de l’Institut national de la statistique, le Cameroun a exporté 762 007 tonnes de sciages en 2025, tandis que les exportations de grumes ont chuté à 349 611 tonnes, leur plus bas niveau en cinq ans. La valeur totale des exportations forestières s’est établie à 217,6 milliards de FCFA en 2025, soit une baisse de 12,8 % par rapport à l’année précédente, ce qui illustre le basculement progressif vers la transformation locale.
Un accord de partenariat a été signé le 6 octobre 2026 entre le MINPMEESA et la commune de Lomié pour développer le parc d’activités Wood’s Park dans la région de l’Est, destiné à soutenir les PME, artisans et acteurs de l’économie sociale du secteur bois.
Enjeux pour les PME et prochaines étapes
La principale difficulté structurelle du secteur réside dans la dépendance à l’exportation de matières premières et la capacité limitée des PME à financer des lignes de sciage modernes ou des équipements pour la production à forte valeur ajoutée. Le relèvement des droits d’exportation exerce une pression supplémentaire sur les entreprises historiquement tournées vers la vente de grumes, tandis que l’échéance régionale de 2028 réduit le temps d’adaptation des chaînes de production.
La démarche camerounaise vise à attirer des financements, des équipements et un savoir-faire technique pour renforcer la capacité de transformation locale, en particulier au bénéfice des PME. Toutefois, aucune annonce d’appui financier ou technique britannique n’a été formalisée à ce jour, et aucun calendrier de mise en œuvre ni liste de bénéficiaires n’a été publié. Les discussions en cours s’inscrivent dans une phase de mobilisation de partenariats, alors que les mesures effectives restent l’intensification du régime fiscal, la préparation au bannissement régional de 2028 et la révision de la feuille de route gouvernementale.
Le 19 octobre 2026, des représentants de la société civile, dont l’organisation Forêts et Développement Rural (FODER), ont interpellé les services du Premier ministre pour accélérer la préparation à l’interdiction d’exportation des grumes. À l’issue de cette rencontre, il a été décidé de mettre à jour la feuille de route gouvernementale et de réactiver un comité interministériel sous la coordination directe de la Primature, afin d’assurer le suivi technique de la réforme.
Le Cameroun s’inspire aussi des expériences régionales, comme celle du Gabon qui a interdit l’exportation de grumes dès 2010, ou de la République du Congo où des dérogations ont perduré malgré les restrictions, ce qui souligne la nécessité d’un contrôle rigoureux des autorisations et d’une capacité réelle de transformation locale.
La prochaine échéance majeure pour le secteur reste l’application de la restriction régionale sur les exportations de grumes au sein de la CEMAC à partir de 2028, une mesure qui exigera la pleine mobilisation des acteurs publics et privés pour garantir la compétitivité et la durabilité de la filière bois camerounaise.